Des visages et des corps empreints de fragilité mais qui, pourtant, nous laissent craintifs : c’est ainsi que Celeste nous invite à rentrer dans son œuvre atrabilaire. Assassine(s), un album plus doux, mais qui gagne aussi en noirceur témoigne d’une nouvelle étape de franchie pour la formation. Car c’est chez Nuclear Blast que sort ce dernier méfait. Alors afin de comprendre ce tortueux cheminement de sa musique et en marge de son concert au Grand Mix de Tourcoing le 8 mars prochain (avec Conjurer !), nous avons discuté avec Johan, sa voix.

Propos de Johan (chant) recueillis par Thomas Deffrasnes.


Assassine(s) marque un tournant dans la carrière de Celeste.

Tout à fait ! Cet album, dont chaque détail a été abordé sous un angle plus attentif et maîtrisé, est placé sous le signe du professionnalisme. Contrairement à nos précédents albums qui offraient une part à l’improvisation et à la spontanéité, ici, tout a été plus réfléchi. Nous sommes passés par un processus de pré-production, ce qui est inédit pour Celeste. Ainsi, nous sommes sortis de notre zone de confort, ce qui fait surgir une musique non pas à l’identité différente, mais sous une expression nouvelle.

Cinq années séparent Infidèle(s) d’Assassine(s)… Comment appréhende-t-on à nouveau la composition ?

Quand on sort un album, on est très heureux de le présenter en live et on profite de cette parenthèse pour ne pas composer durant plus ou moins un an. Ainsi, lorsqu’on se remet à écrire, on questionne sa méthode, on redécouvre son instrument… Il s’en suit évidemment une phase de doute, mais l’inspiration finit par revenir et on en tire le meilleur pour créer une nouvelle matière. On a repris la composition il y a quatre ans. Ça a pris un peu de temps, car on testait de nouvelles choses… Mais ce qui a fait la grosse différence, ça a été l’apparition de la COVID. Ça nous a isolés les uns des autres et, par conséquent, il nous a fallu trouver une nouvelle façon de travailler. On a donc appris à faire du « home studio » !

Du fait de cette évolution musicale, doit-on appréhender Celeste comme de la musique, ou pompeusement, comme une expérience ?

Depuis le début, on a voulu que notre musique soit une expérience, ‘’jusqu’au boutiste’’ et très immersive. On s’est très vite éloigné de cet aspect FM, qui fait que chaque titre peut se dissocier d’un autre, même si finalement, on y tend avec Assassine(s). Lorsqu’on lance un album de Celeste, la frontière entre les morceaux est poreuse, on est retenu par la musique, dans la musique… C’est donc une vraie expérience finalement. Et ça va au-delà du son. Cela passe également par le choix du titre de l’album, des thématiques abordées, de la pochette… On essaie toujours de se dépasser, car l’auditeur se questionne aussi…

Vous avez travaillé avec Chris Edrich (Gojira, LeProus, The Ocean), reconnu dans la scène. Qui est à l’initiative de cette collaboration ?

Au départ, nous devions travailler avec Will Putney, un Américain qui travaille beaucoup le Metal Moderne. Mais du fait de la pandémie, on n’a pas pu aller aux États-Unis, alors il a fallu trouver une autre solution. On a directement pensé à Chris Edrich. On le connaissait déjà, il a de bonnes références, il a bossé avec The Ocean qu’on apprécie beaucoup, il connaît parfaitement le son. Ça a été une belle rencontre artistique et professionnelle. Il nous a énormément challengés. Il ne nous a pas fait de cadeaux, on a dû faire un paquet de prises (rire) !

« Lorsqu’on lance un album de Celeste, la frontière entre les morceaux est poreuse, on est retenu par la musique, dans la musique… »

L’artwork fait écho aux précédents. C’est là que Celeste exprime encore toute a symbolique. Comment s’est déroulée sa conception ?

C’est moi qui m’en occupe depuis le début du groupe. Créer un artwork est un processus singulier… Je me mets en mode « réflexion » et je m’inspire de beaucoup de choses. Je suis attentif, je pense… La première étape, c’est de trouver l’idée. Puis vient alors sa conception. Parfois, on est loin du réalisable. Et pourtant, il arrive qu’on se surprenne, comme pour Infidèle(s) avec tous ces modèles. En revanche, même si je fais de la photo de mon côté, je souhaite toujours travailler avec des photographes qui ne me laissent pas indifférent. Il me faut donc trouver l’artiste qui marie à la fois « esthétique » et « technique ». Il arrive que cela soit même frustrant ! Je suis très difficile et j’ai des goûts très arrêtés (rire). Mais, lorsque j’ai rencontré l’artiste bulgare Mira Nedyalkova, ça a été un véritable coup de foudre. Je lui ai expliqué le projet, et finalement ça a fait mouche ! Je suis donc allé la rejoindre en Bulgarie pour superviser le shooting avec elle, et le résultat est là. Ce sont justement ces codes iconographiques, textuels et symboliques qui font aussi l’identité de Celeste.

Enfin, quelques mots au sujet du morceau « Cœur Noir Charbon » où tu prêtes ton micro à une voix féminine ?

C’est inédit pour nous. Pour ce morceau, le chant féminin s’est avéré être une option intéressante… Cette chanson est vraiment importante pour moi. Alors je voulais lui amener un cachet supplémentaire. Je ne me sentais pas apte à chanter en voix claire, car je ne sais que ‘’gueuler’’. Là aussi, trouver la voix idéale n’a pas été chose simple. J’ai donc fait appel à Émilie. Le mariage entre nos deux voix apporte une puissance supplémentaire au morceau… Il y a cette fameuse montée, le « climax », puis la rupture.


Celeste, c’est :  

Royer : Batterie

Guillaume : Guitares

Johan : Chant

Sébastien : Guitares

Discographie :

Pessimiste(s) (EP-2007)

Nihiliste(s) (2008)

Misanthrope(s) (2009)

Morte(s) Nee(s) (2010)

Animale(s) (2013)

Infidèle(s) (2018)

Assassine(s) (2022)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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