Après une expérience malheureuse avec son ancien label, Hangman’s Chair a su repartir du bon pied en signant chez Nuclear Blast pour son nouvel album : « A Loner ». Un opus introspectif, lourd, aérien qui devrait sans doute ouvrir pas mal de portes aux Franciliens. En marge de sa sortie, nous nous sommes entretenus avec Mehdi Birouk Thépegnier et Julien Rour Chanut, respectivement batteur et guitariste du groupe.

Par Axl Meu et Thomas Deffrasnes


Comment vous portez-vous depuis l’explosion de la pandémie ?

Mehdi Birouk Thépegnier (batterie) : Cette période a été très riche en changements. Nous avons changé d’équipe et nous travaillons désormais avec Nuclear Blast. Malgré tout, il y a eu beaucoup de belles choses, ce qui nous a permis de nous projeter. C’est vrai que cette pandémie a retardé la sortie de l’opus… Il est prêt depuis un an ! On a tout simplement suivi les conseils de notre label et décidé de faire paraître l’album en février. Attendre nous a également permis de développer notre promotion à l’étranger !

Votre arrivée chez Nuclear Blast coïncide avec le rachat du label par la société française Believe. Comment avez-vous été approché par ce label ?

Nuclear Blast avait déjà un œil sur nous depuis un bon moment. Le label souhaite se renouveler, se remettre aux goûts du jour et suivre des formations plus actuelles. Le rachat de la structure a permis d’intégrer de nouvelle formation française et de les  placer sur le plan international. Ça a été notre porte d’entrée ! On fait désormais partie du même roster qu’Alcest et Celeste

Julien Rour Chanut (guitare) : Nuclear Blast souhaite s’orienter vers le digital. C’est pourquoi on nous a demandé de faire trois clip, afin de créer cet effet d’annoncer et de se faire connaître davantage à l’étranger ! Notre dernière expérience de label a été un peu délicate… Et le fait de pouvoir rebondir, et rapidement, avec Nuclear Blast, ça nous a vraiment fait du bien ! 

Parlons désormais de Loner : un sentiment de solitude émane de l’opus… Elle me rappelle la période étrange que nous avons traversée. Quel a été l’angle d’attaque de cet opus ? 

Mehdi Birouk Thépegnier : Ce ne sont pas les confinements à répétition qui ont initié ce sentiment, mais plutôt des événements personnels que nous avons vécus juste avant. En conséquence, nous nous sommes un peu repliés sur nous-mêmes. Nous avons connu la dépression. Et c’est pour ça que, paradoxalement, le confinement nous a fait beaucoup de bien. L’idée de pouvoir arrêter l’horloge et le fait de pouvoir prendre du recul sur les problèmes que nous avons rencontrés m’ont réconforté. 

Depuis deux albums, votre approche est de plus en plus éthérée, plus lumineux. Peut-on dire que Loner est la suite logique des deux opus qui l’ont précédé, à savoir Banlieue Triste et This Is Not Supposed To Be Positive.

Mehdi Birouk Thépegnier : C’est la suite logique, car le processus reste assez naturel. À travers notre musique, on souhaite exprimer nos sentiments, mais aussi faire plaisir. En somme, c’est quelque chose de très honnête. Aussi, le fait d’avoir également exploré notre matériel nous a aidés à faire évoluer notre son et a apporté de nouvelles nuances, de nouvelles textures à notre son. Ça nous fait sortir de notre zone de confort. On voulait quelque chose d’assez spectral et théâtral d’entrée de jeu pour ensuite finir sur un morceau long et très évasé (« A Thousand Miles Away »). Ce qui débouche sur une fin d’album riche en émotions. L’album a été pensé comme une sorte de « storytelling sombre ».

Julien Rour Chanut : Je pense qu’on a toujours voulu apporter ces touches lumineuses à note musique. C’est même devenu comme une nécessité. C’est pourquoi ça se ressent plus sur cet opus ! C’est même paradoxal avec la volonté des labels actuels. Nous, on cherche à raconter une histoire et créer un album structuré à partir de nos sentiments et nos sensibilités. Dans notre cas, la démarche promotionnelle imposée voulait que l’on présente notre travail de manière déstructurée, sous forme de vignettes, à travers des clips. Ça peut être un peu frustrant, même si, soulignons-le, on nous laisse quand même une grande liberté artistique.   

« On a grandi avec le Hip-Hop, et on n’a jamais revendiqué une quelconque appartenance à la niche du Metal.« 

La pochette évoque également cette solitude… 

La photo initiale a été saisie par Christopher de Béthune, dont on admire le travail. Nous lui avons fait parvenir le concept de l’album et lui, il nous a proposé une série de clichés. Une fois la photo choisie, on l’a présentée à Dehn Sora qui s’est ensuite occupé du reste. Cette démarche était assez inédite, pour lui comme pour nous. C’était la première fois qu’il effectuait un travail aussi lumineux alors qu’il évolue surtout dans des sphères plus sombres. À partir de là, il s’est débrouillé avec cette photo pour faire catalyser le sentiment qu’on souhaitait

Julien Rour Chanut : On souhaitait également proposer une nouvelle histoire, une nouvelle expérience artistique… Et ça passe forcément par de nouveaux codes visuels. 

Il y a quelque chose d’urbain dans votre musique. Dans quelle mesure l’environnement dans lequel vous évoluez vous inspire-t-il ? 

C’est vrai qu’avec Banlieue Triste, on avait vraiment posé ce décor. Ici on a plutôt souhaité réorienter l’énoncé vers la notion de solitude..

Julien Rour Chanut : On n’a plus besoin de se démarquer avec ça aujourd’hui. C’est vrai qu’au début c’était essentiel de dénoter avec les codes du genre. Sans pour autant que ce soit volontaire ! On a grandi avec le Hip-Hop, et on n’a jamais revendiqué une quelconque appartenance à la niche du Metal. Mais, désormais, on est passé sur une dimension plus introspective. 

Justement, c’est cette non-appartenance à la scène « Metal » qui vous a amené à travailler avec Joey Starr ?

Avouons-le, avant tout c’est une histoire entre le management et le label. Mais on a été très séduits par ce projet ! Deezer nous a proposé d’habiller Gang Stories de Joey Starr, c’était une belle perspective artistique, et ça a débouché sur un échange de sens. On le connaissait vaguement personnellement, et lui ne connaissait pas Hangman’s Chair. Mais le résultat de cette rencontre est très agréable.

Pour le clip, « Cold & Distant », vous avez fait appel à  Béatrice Dalle ! Quelques mots sur cette collaboration ? 

On a travaillé avec un réalisateur qui s’appelle Oscar Bizarre sur notre premier clip. En discutant, on a appris qu’il avait déjà travaillé avec elle. Il nous a expliqué qu’elle écoutait du Metal et que ça pourrait l’intéresser. L’idée de collaborer avec elle a été évoquée sans grandes attentes. Oscar a pris les devants, et un jour en studio on a reçu un appel : « C’est ok pour elle ! » Et en l’espace de deux semaines le projet a pris forme ! On est très heureux de sa participation et de sa prestation.

À quoi devons-nous nous attendre de votre prochaine collaboration avec Regarde Les Hommes Tomber prévue dans le cadre de la prochaine édition du Roadburn Festival ?

On avait déjà fait une collaboration avec eux pour un concert collaboratif organisé par Førtifem (c’était dans le cadre du Red Bull Music Festival qui s’est déroulé du 20 au 29 septembre 2019, NDLR). Le but était de mettre en scène un set avec deux groupes qui mélangent leurs univers. Ça n’a pas été simple mais on a fait un super concert. On va refaire ce set sur la scène du Roadburn en 2022 ! 


Hangman’s Chair, c’est :

Clément Hanvic : Basse 

Cédric Toufouti : Chant, Guitares 

Mehdi Birouk Thépegnier : Batterie 

Julien Rour Chanut : Guitares 

Discographie : 

(A Lament for…) The Addicts (2007) 

Leaving Paris (2010) 

Hope///Dope///Rope (2012)  

This Is Not Supposed to Be Positive (2015)  

Banlieue triste (2018)   

A Loner (2021)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.