Encore simple curiosité il y a quelques années, Zeal & Ardor est depuis devenue une formation bien installée. Avec une patte désormais reconnaissable qui le place quelque part entre Black Metal et Negro Spiritual, le groupe vient de nous livrer son troisième opus, un album éponyme. Engagé, intrigant et progressiste, Manuel Gagneux nous en dit plus.

Propos de Manuel Gagneux (tous les instruments, sauf la batterie) recueillis par Axl Meu


Salut Manuel ! Comment te portes-tu en ce moment ? L’année dernière, Zeal & Ardor était revenu sur le devant de la scène avec un EP, Wake Of A Nation. Si mes souvenirs sont bons, le message développé sur ce dernier était très fort. Peux-tu y revenir ?  

Oui, j’ai sorti cet EP en réaction aux violences policières qui ont gangréné les États-Unis ces derniers mois. Je pense notamment au meurtre de George Floyd et les autres qui sont survenus ces derniers mois. C’est pour cette raison que j’ai décidé de ne pas inclure les morceaux de cet EP à notre nouvel opus et de les mettre à part. C’était plus cathartique pour moi. Je ne sais pas si tout le monde a compris mon propos, mais, je dois dire que ces derniers temps, j’ai été très inquiet pour ma famille qui réside aux États-Unis. 

Zeal & Ardor revient donc avec un nouvel opus. Tu as tout simplement décidé de l’intituler… Zeal & Ardor ! Est-ce que l’on peut dire que cet opus synthétise bien ce qu’est devenu Zeal & Ardor au fil des années ? 

Oui. Clairement. En fait, pendant le confinement, nous avons eu le temps de nous poser, de réfléchir et de comprendre ce qui rendait ce projet si spécial. Et la pandémie nous a vraiment poussé à donner le meilleur de nous-même. 

Naturellement, l’opus s’ouvre sur le morceau éponyme. Pourquoi ? C’est l’un des premiers que tu as composés pour l’album ? 

Oui, c’est l’un des premiers. À l’époque de sa conception, je réfléchissais aux atmosphères et aux sonorités que nous allions entreprendre, et ce morceau est le fruit d’une premières expérimentations avec des synthétiseurs agressifs et ce qui s’ensuit. 

Cet opus est sans doute le plus éclectique que vous ayez sorti à ce jour. Il n’y a pas un morceau qui se ressemble, tant au niveau des atmosphères que de la vélocité… 

Oui. Tout est une question de contraste. En fait, si les sonorités ne sont que joyeuses, ça ne surprendra plus. Il faut jouer sur les contrastes pour que l’album s’écoute du début jusqu’à la fin. 

Les morceaux sont également relativement courts. Le plus long, c’est « Hold Your Head Low » qui culmine pourtant à quatre minutes et des poussières. Est-ce que tu penses composer des morceaux plus longs à l’avenir ? 

Peut-être. Qui sait ? Quand j’estime avoir épuisé le sujet sur un morceau, je passe au suivant. Je ne veux pas me répéter. En plus, je m’ennuie très facilement, et très rapidement. (rires) C’est pour ça que mes morceaux sont assez courts ! 

Quel est le point de départ d’un morceau de Zeal & Ardor ? À quoi penses-tu quand tu prends ta guitare ? 

En fait, ça dépend. Par moments, je commence par les guitares, par moments avec les paroles, par moments avec un rythme de batterie. C’est une façon pour moi de faire en sorte que les choses restent stimulantes. Je construis mes morceaux un peu comme on construit un Lego. J’assemble les pièces ensemble. Je commence par les riffs, puis je greffe les batteries à tout ça. 

Est-ce que le style est vraiment important pour Zeal & Ardor ? Je veux dire, on y trouve vraiment de tout dans ta musique ; du gospel, du black metal, de l’électro, de l’ambient… 

Non, le style n’est pas important. Mon intention n’est pas d’évoluer dans tel ou tel style. Tout n’est que coïncidence ! J’applique tout simplement des idées qui, je pense, vont bien se greffer au reste du morceau. 

Zeal & Ardor: “I just want to take people by surprise”

« Le style n’est pas important. Mon intention n’est pas d’évoluer dans tel ou tel style. Tout n’est que coïncidence ! »

On peut quand même parler de Metal ? 

Oui, même si j’adore piocher dans d’autres styles. D’ailleurs, c’est cool, parce que ça nous permet de nous produire dans des festivals comme le Hellfest et d’autres, plus éclectiques, comme le Mad Cool Festival (Espagnol) qui programme des groupes comme Muse, Idles et ainsi de suite.

En tant que compositeur, as-tu remarqué d’éventuelles évolutions dans ta manière de composer par rapport à Stranger Fruit et Wake of a Nation ? 

Oui ! Mes morceaux sont de plus en plus agressifs… Et tu sais, depuis la sortie de Stranger Fruit, Zeal & Ardor a donné quelque chose dans l’ordre de 120 concerts. Je trouve que je m’améliore en tant que guitariste et je ne cesse de m’améliorer dans tout ce qui est « expérimentation ». 

Qu’en est-il de la thématique abordée sur cet opus ? Y en a-t-il ? 

Bien sûr, il y a des messages, mais si tu veux, tu peux écouter la musique pour ce qu’elle est. Pas forcément pour ses messages. Il y a toujours des messages politiques, mais aussi d’autres idées qui touchent plus à l’occultisme. Mais, personnellement, je trouve ça plus « fun » de découvrir un morceau pour ce qu’il est vraiment, pour ses sonorités, plus que pour son message. Souvent, les idées politiques sont mal comprises, donc… 

Quid de la chanson « Church Burns » ? 

Pour te rassurer, ce morceau n’invite personne à aller brûler des églises ou je ne sais quoi ! (sourire téléphonique) Si ça avait été le cas, je pense que j’aurais eu tout un tas de problèmes ! Ce morceau invite quiconque à se renouveler. L’image de l’église qui brûle est une métaphore. Quand une église brûle, c’est tout un système imposé de base qui brûle. En quelque sorte, on peut dire que ce morceau symbolise la liberté. Après, chacun a son interprétation de la chose. 

Quel est le message des morceaux « J.M.B. » et « A.H.I.L. » ? 

Le dernier veut dire : « All Hope Is Lost » et c’est sans doute l’une des chansons les plus tristes que j’ai jamais écrites. En fait, quand je crée mes maquettes, je les nomme n’importe comment. Parfois, je n’utilise que des initiales. Pour l’une d’elles, le titre était « Jazz Metal Blues ». Je ne pouvais pas mettre ça. Du coup, je l’ai simplement appelé « J.M.B. ». (Sourire téléphonique)

Quand as-tu commencé à réfléchir à cet opus ? Quand l’as-tu enregistré ? 

En mars 2020, au tout début de la pandémie. Je l’ai enregistré chez Marc Obrist, qui est aussi dans le groupe. En fait, on a monté un studio ensemble. Enfin, c’est plus lui que moi qui l’a monté. Mais bon. (sourire téléphonique). Comme ça, on peut même enregistrer d’autres amis. C’est mieux d’avoir son confort à soi, plutôt que d’investir dans un studio très cher ! 

La pandémie a eu un impact sur ta manière de travailler ? 

Non, pas vraiment. Je suis seul. Quand je travaille, je commence à 9 heures, j’enferme jusqu’à minuit. Et il se trouve que beaucoup ont suivi mon exemple pendant le confinement (sourire téléphonique). Donc, non, je dirais que ça n’a pas trop changé. Je continue d’enregistrer la plupart des instruments et Marco (Von Allmen, NDLR) s’occupe de la batterie. 

Maintenant que l’opus est prêt, quel est ton plan ? Il me semble que vous allez tourner avec Meshuggah qui devrait passer le 24 mai à l’Aéronef de Lille… 

Oui, il y a cette tournée en compagnie de Meshuggah qui doit passer par Lille ! Mais pour le moment, je ne peux rien promettre. Tout peut être annulé du jour au lendemain. Mais on y croit ! 


Zeal & Ardor, c’est : 

Manuel Gagneux : lead vocals, lead guitar, guitar rythmique, claviers, programme 

Denis Wagner : backing vocals

Marc Obrist : backing vocals

Tiziano Volante : guitare rythmique, lead guitar 

Lukas Kurmann : basse 

Marco Von Allmen : batterie 

Discographie : 

Devil Is Fine (2016) 

Stranger Fruit (2018) 

Zeal & Ardor (2022)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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