Dans la catégorie « Post », je demande Cult Of Luna. Incomparable, presqu’inqualifiable, la formation suédoise a toujours su attirer l’attention avec une musique secrète, honnête, complète, conjuguant à elle seule plusieurs états d’âme. Et ce n’est pas The Long Road North qui va nous faire mentir. Quelques semaines après sa parution via Metal Blade, nous avons échangé avec Johannes Persson, l’un des principaux compositeurs du groupe.

Propos de Johannes Persson (chant, guitare) recueillis par Axl Meu


Cette année (interview réalisée en décembre 2021, NDLR), Cult Of Luna a proposé un nouvel EP, The Raging River. C’était un EP assez spécial qui comprenait des morceaux que vous aviez gardés de l’ère A Dawn To Fear… Pourquoi n’aviez-vous pas gardé ces morceaux pour l’opus à venir, The Long Road North ? 

La réponse est toute simple, et il ne fait aucun doute que tu comprendras notre démarche quand je vais te parler du nouvel opus. En fait, quand nous nous étions lancés dans le processus d’écriture d’A Dawn To Fear, nous ne savions pas vraiment quelle direction prendre. Nous composions inlassablement et continuellement, à un tel point que même une fois A Dawn To Fear dans la boîte, il nous restait encore pas mal de morceaux ! Cela ne nous a pas empêchés de continuer d’écrire. C’était, comme je te disais, vraiment continuel. C’est pourquoi nous avons sorti cet EP, The Raging River. Et finalement, sans vraiment le savoir, nous étions en train de composer les morceaux qui allaient figurer sur The Long Road North. Donc, voilà, ce nouvel opus contient à la fois des morceaux tirés de l’ère A Dawn To Fear, des morceaux que nous avons bien sûr pris le temps de revoir, mais aussi des nouveautés. D’ailleurs, nous ne sommes jamais vraiment arrêtés. 

Vous aviez invité Mark Lanegan à chanter sur The Raging River… Un commentaire à ce sujet ? 

Nous sommes tous fans de sa musique au sein du groupe ! D’ailleurs, à l’époque de l’album Somewhere Along The Highway, j’avais déjà eu l’idée de l’inviter sur le dernier morceau de l’opus (« Dark City, Dead Man »… Mais nous étions tous très jeunes à l’époque et nous manquions de confiance en nous ! Pour tout t’avouer, nous avions peur de lui demander… Mais là, pour l’EP, nous avions ce morceau « Inside of A Dream » et nous savions que son timbre irait parfaitement à l’opus ! Nous lui avons tout simplement demandé et il a accepté ! 

Parlons à présent de ce nouvel opus pour Cult Of Luna, The Long Road North. Chacun de vos opus est spécial… Pour commencer, est-ce que tu pourrais me le présenter ? 

Je ne le vois pas comme un album spécial en fait ! Pour moi, nos trois dernières sorties, A Dawn To Fear, The Raging River et The Long Road North forment un tout. Cela dit, je peux comprendre que les fans le trouveront différent. Globalement, The Long Road North sonne plus « gros » et son approche est peut-être plus cinématographique ! Je ne sais pas trop comment l’expliquer. C’est comme ça ! D’ailleurs, pour ce nouvel opus, nous avons recruté Colin Stetson, un superbe auteur-compositeur, mais aussi un saxophoniste de talent, connu d’ailleurs pour avoir bossé avec The Arcade Fire, Bon Iver et Tom Waits. En ce qui concerne les paroles, je dois dire que je me suis vraiment inspiré de la nature, de ce qui m’entoure, de la grandeur du nord de la Suède. 

Quid du titre, The Long North Road. Quelle est l’idée derrière ce nom ? 

L’idée de ce morceau vient de l’album du même nom. C’est l’un des premiers que nous avions composés pour l’album. Il fait allusion aux émotions auxquels j’étais en proie au même de sa conception. Sur le plan des émotions, je me suis rendu compte à quel point je me sentais bien là où je me trouvais. Comme si j’avais trouvé mon habitat naturel avec mes proches, ma famille. Une stabilité mentale pour finir ! 

« Quand tu travailles avec des artistes comme Mariam Wallentin, les frères Mazzalai et Laurent Brancowitz, tu n’es jamais au bout de tes surprises ! »

The Long Road North est un opus dense appelé à être redécouvert à chaque écoute. Tu nous prouves qu’une fois encore tout n’est qu’émotions. Une certaine mélancolie s’y dégage même… Que voulais-tu délivrer sur cet opus ? 

Je pense que je ne peux pas répondre à ta question, car ce que tu dis laisse sous-entendre que tout est intentionnel chez Cult Of Luna. Or, ce n’est pas le cas. Et finalement, c’est beaucoup plus simple que tu le croies. Il n’y a pas vraiment d’explication. Ça arrive comme ça. C’est tout. Et nous ne savons jamais vraiment à quoi le résultat final ressemblera. Après, il faut dire que quand tu travailles avec des artistes comme Mariam Wallentin (qui intervient sur le morceau « Beyond I », NDLR), les frères Mazzalai (du groupe Phoenix qui interviennent sur le morceau « Blood Upon Stone », NDLR) et Laurent Brancowitz, tu n’es jamais au bout de tes surprises. Et c’est vraiment ça qui rend les choses excitantes ! 

Quand savez-vous qu’un morceau est vraiment fini ? 

Ça peut paraître bizarre, mais quand un morceau est fini, tu le sais, c’est tout. Pour être honnête, des moments, tu penses en être venu à bout, mais non. Quand tu composes un morceau, tu dois trouver une bonne dynamique. C’est véritable voyage émotionnel dans lequel l’auteur se perd. Pour retrouver sa route, il nous faut assembler correctement les pièces du puzzle. Mais la clé du problème est souvent résolue très tardivement… Il arrive toujours de faire des modifications de dernière minute. On enlève des idées, on en ajoute, mais l’idée de base reste là. Ce n’est pas si compliqué que ça pour finir ! 

Quel est le rôle des morceaux « Beyond (I) » et « Beyond (II).  En quoi ces morceaux sont-ils importants ? 

Vous serez amené à comprendre tout ça dans un futur proche. Disons que ces deux premières parties en appelleront d’autres par la suite. 

Qu’en est-il des paroles ? Beaucoup de tes textes sont imagés… Peux-tu m’en dire plus à ce sujet ? 

Je n’aime pas trop expliquer le sens de mes paroles. C’est ainsi que je conçois la musique et l’art en général. L’art est un domaine qui est censé nous dépasser. Ce que j’essaie de te dire, c’est que l’on perdrait quelque chose si je devais passer mon temps à tout expliquer. Regarde, pourquoi un magicien devrait-il expliquer ses tours de magie ? Ça enlèverait quelque chose au spectacle s’il le faisait, tu ne crois pas ? Je pourrais t’expliquer comment je fais. Mais je ne vois pas pourquoi je devrais le faire. Quand j’ai commencé à écrire ma propre musique, je me suis posé, j’ai écouté la musique qui me plaisait, et j’ai essayé de comprendre ce « truc » qui faisait qu’un morceau était différent d’un autre, ce qui le rendait si spécial. J’ai essayé de comprendre leur fonctionnement, et ainsi de suite. Et pour ce qui est des paroles, on va dire que j’essaie de créer des images, d’en peindre…


Cult Of Luna, c’est :
Magnus Lindberg : Guitares, Percussion
Johannes Persson : Guitars, Chant
Andreas Johansson : Basse
Thomas Hedlund : Batterie
Fredrik Kihlberg : Guitares, Chant
Kristian Karlsson : Claviers, Chant

Discographie :
Cult of Luna (2001)
The Beyond (2003)
Salvation (2004)
Somewhere Along the Highway (2006)
Eternal Kingdom (2008)
Vertikal (2013)
Mariner (2016)
A Dawn to Fear (2019)
The Raging River (EP-2021)
The Long Road North (2022)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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