Les terres belges sont toujours à la page en termes de musiques extrêmes, et comptent dans leurs écuries Evil Invaders. Le quatuor belge est en pleine ascension et dévoile son troisième album Shattering Reflection. L’Alcatraz Festival les met encore à l’honneur cette année, mais en attendant l’été, voici les propos de Joe, guitariste et chanteur du groupe…

Propos de Joe (chant, guitare) recueillis par Thomas Deffrasnes


Que de renouveaux pour cet album qui succède à Feed Me Violence !

Shattering Reflection est notre troisième album, et une transition évidente se fait sentir puisque cinq ans séparent cet album de Feed Me Violence. Durant cette demi-décennie, on a grandi en tant que musicien, que ça soit dans la composition des titres, mais aussi la technique, les paroles… tout a été élevé au niveau supérieur. Ainsi, c’est l’album le plus varié en conséquence. Forcément, tes impressions sont justifiées.

D’ailleurs qu’est-ce que a signifie Shattering Reflection ?

En fait, loin d’être traditionnelle, l’idée était de d’abord créer un artwork pour que le nom qui en découle fasse corps avec ce que l’on voit. On a ici le logo qui explose un gros miroir. Au-delà de cet aspect visuel, il y aussi tous les symboles : la réflexion ramène aux pensées, mais aussi aux souvenirs du passé. Alors, l’idée est de dire peut-être qu’il faut s’émanciper de ce passé qui nous retient parfois. Ainsi tu peux voir des détails des albums précédents qui se glissent ici et là dans la pochette. Comme dit précédemment, c’est un nouveau départ pour le groupe et c’est notable. En quelque sorte, c’est un clin d’œil à tout ça que le nom « Shattering Reflection » sous-entend.
 
Tu te mouillerait à dire que c’est l’album de la maturité ?

Et on pourra dire ça du prochain aussi, et de celui qui suit encore ! (rire) Disons qu’on ne se pose pas ce genre de question. Être musicien, c’est aussi grandir continuellement et accepter l’idée qu’on peut toujours mieux faire. Alors, aujourd’hui, c’est l’album le plus mature qu’on ait fait, c’est certain, mais il le sera toujours moins que le prochain.

La structure de l’album est limpide, et au milieu du disque « Realm Of Shadows » vient séparer le sujet en deux parties distinctes.

Créer la tracklist de cet album a été l’une des choses les plus compliquées à faire. D’ordinaire, c’est assez simple pour nous. Mais cette fois, nous avons écrit des chansons durant cinq ans, et nous avons dû faire un choix : « Quel titre plus qu’un autre ? Comment garder de la cohérence malgré les approches différentes ? » Beaucoup de questions ont trouvé leur réponse dans cette balance qu’est « Realm Of Shadows ». Comme si l’on pouvait faire coexister deux albums différents par le lien de cette courte piste.

« Être musicien, c’est aussi grandir continuellement et accepter l’idée qu’on peut toujours mieux faire« 

Ta voix aussi a gagné en maturité.

J’ai longtemps été frustré de ne pas savoir chanter les parties vocales que j’avais en tête. Le manque d’expérience ne m’a pas gâté ! J’avais l’envie de proposer des parties bien plus mélodiques et moins agressives. Mais la volonté l’a emporté lorsque les années blanches du COVID nous ont offert une parenthèse de travail intensive. J’ai fait en sorte d’avoir une voix qui me permettrait de mettre en œuvre mes idées. Puis, il faut aussi savoir que j’ai enregistré les voix chez moi. Du fait des confinements, aller en studio était impossible. Et finalement, c’était génial car je n’avais pas la pression du temps, du studio, de la fatigue. J’ai pu faire ça à mon rythme et reprendre autant de fois que nécessaire les pistes vocales, et même parfois réécrire certaines paroles pour obtenir un résultat toujours plus convainquant.

Tu t’es donc créé un laboratoire musical ! Je sens presque une intention théâtrale dans la diction des textes.

Tout à fait, j’ai pu expérimenter des choses, comme des harmonies vocales à la Judas Priest ! Pour être tout à fait honnête, je m’amusais tellement à faire ça. Puis comme tu le dis, je parviens à jouer avec ma voix et les effets procurés sont parfois théâtraux, dramatiques en quelque sorte ! Ainsi, les chansons sonnent comme elles se doivent de sonner.

C’est aussi de nombreuses chansons mid-tempo, avec une approche plus FM.

C’est ça, comme le titre « Forgotten Memories ». Ma copine m’a dit : « Regarde la vidéo de Max sur Instagram ».  Et là j’ai envoyé à Max : « Mec! Pourquoi tu  ne m’as pas montré ce riff avant ? ». Et j’ai bossé sur des idées qui n’étaient pas du tout les miennes, que j’ai dû apprendre à appréhender différemment. Ainsi, j’ai pu proposer des choses plus nuancées, en prenant parfois Queen comme inspiration ! Puis, les titres ont tendu vers ce côté FM que tu décris. Mais ça reste quelque chose de très spontané.

Je me suis entretenu avec Athenar de Midnight dernièrement. Celui-ci me confissait que les groupes actuels ne l’inspiraient pas du tout. Est-ce que toi aussi tu n’as pour inspiration et références que les groupes « old-school » ?

J’écoute toujours les mêmes vieux groupes, car je pense que ce sont eux qui ont écrit la meilleure musique, celle dont on a hérité et dont on doit continuer de s’inspirer. Malgré tout le respect que j’ai pour les groupes actuels, il y a un fossé énorme entre Scorpions et Airbourne. Et les groupes de Metal moderne ne nous offrent plus ce que tous les classiques nous ont offert. Aujourd’hui, il y a une quête aveugle de la brutalité dans la musique, du son le plus lourd, des concerts les plus violents. Et qu’en est-il de l’écriture, des paroles, des émotions suscitées ? Les albums d’aujourd’hui ressemblent a une longue morceau qui ne laisse pas respirer l’auditeur. Et tout le monde veut sonner pareil… Bref, j’aime le bon vieux Heavy Metal ! 


Evil Invaders, c’est

Joe : Chant, guitare

Senne Jacobs : Batterie

Max : Guitare

Joeri : Basse

Discographie :

Evil Invaders (2013-EP)

Pulses Of Pleasure (2015)

Feed Me Violence (2017)

Shattering Reflection (2022)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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