Album parfait pour certains, un joyau du Black Metal médiéval pour d’autres, Par le Sang Versé, le deuxième opus de Véhémence, avait fait beaucoup parler à sa sortie. Absent des radars depuis sa sortie en 2019, le groupe français est revenu trois années plus tard et reprend son ascension avec Ordalies. Ici Véhémence continue d’évoluer dans l’univers médiéval imaginé par nos deux seigneurs Tulzcha et Hyvermor toujours accompagné du batteur autrichien Thomas Leitner. 

Propos de Tulzcha (Guitares, Basse, claviers, Flute) et Hyvermor (chant, flute) recueillis par Alan Dujardin


Tulzcha, tu es le fondateur de Véhémence. Peux-tu me parler de la genèse du groupe ?

Tulzcha  (Guitares, Basse, claviers, Flute) : J’ai lancé Véhémence en 2013, car les groupes dans lesquels je jouais ne me correspondaient plus. Je ne me sentais pas assez libre artistiquement. J’ai, de ce fait, eu le désir de monter mon groupe. Assiégé, le premier album, est donc né comme une intuition avec des morceaux très bruts. L’esthétique médiévale est ensuite venue d’elle-même. Après la sortie du premier album, j’ai eu la chance de rencontrer Hyvermor, fondateur du label Antiq. Il est devenu parolier, chanteur et artiste visuel du groupe. 

Comment avez-vous préparé votre retour après la sortie de Par le Sang Versé qui, à sa sortie, avait beaucoup plu ?

Tulzcha : Nous n’avons rien changé au processus de composition. Nous voulions tout d’abord laisser vivre Par le Sang Versé avant de reprendre l’aventure. Néanmoins, je voulais des riffs plus travaillés et aussi laisser cette sensation de spontanéité. Aussi, tout en restant dans la continuité de Par le Sang Versé, j’ai eu envie de mêler des parties folkloriques à des parties typées « Black Metal », ce que tu retrouves sur les morceaux « La Divine Sorcellerie » et dans « Un Contre Mille », 

Hyvermor (chant, flute) : Nous nous sommes engouffrés dans notre Moyen-Âge personnel et, de cette façon, nous avons voulu donner quelque chose de plus précis. Un moyen-âge plus fantastique et rêvé. Par la même occasion, nous avons encore plus appris à nous connaître avec Thomas Leitner (batterie, NDLR).

Comment avez-vous rencontré Thomas Leitner, votre batteur ?

Hyvermor : Un ami ingénieur son m’a orienté vers lui pour le précédent album. Ça s’était très bien passé donc nous avons re-signé pour Ordalies

Avez-vous eu la sensation d’être en droit d’expérimenter d’avantage après avoir posé les bases avec Par le Sang Versé ?

Hyvermor : Nous sommes autodidactes. Ce côté autodidacte nous permet de bondir d’une plateforme à l’autre. Thomas s’est vraiment amélioré et il a pu faire profiter de son talent pour les parties de batterie d’Ordalies. C’est un processus qui ne s’arrête jamais avec des différences encore plus ténues avec le temps.

Tulzcha : Hyver a un large panel de voix. Il vit ce qu’il chante et sa voix est reconnaissable entre toutes. Et ça change tout. On s’est servie de Par le Sang Versé pour affiner la vision mais nous n’étions pas dans l’optique de faire mieux ou de le surpasser.

Comment avez-vous imaginé les boxs et les t-shirts ?

Hyvermor : J’ai demandé à Danyl qui a fait les artworks de Passéisme car le style colle bien. C’est intéressant d’avoir la vision de l’Art Noir Médiéval par plusieurs personnes. Le chevalier ardent est un personnage qui doit transcender son créateur. Pour ce qui est de nos box, c’est le même type qui réalise les boîtes à clefs Mercedes (rires). C’est notre presseur de vinyle qui m’a dirigé vers lui. Avec les connexions du business, on arrive à faire de beaux objets, ce qui est très important pour Véhémence à mon sens. C’est une épopée, une longue histoire donc nous voulons aller jusqu’au bout de nos ambitions. Cela crée un rapport très puissant avec l’objet comme avec un vieux livre en cuir.

« Tout en restant dans la continuité de Par le Sang Versé, j’ai eu envie de mêler des parties folkloriques à des parties typées « Black Metal » »

Un split avec Passéisme est-il envisageable ?

Tulzcha : Pour moi carrément ! Il faudrait des compositions exclusives qui soient explosives ! Fut un temps, nous voulions réunir tous les groupes de Medieval Black Metal français sur un disque avec : Sunhpfoer, Darkenhöld, Grylle et Véhémence. Hélas, ça ne s’est jamais fait.

Hyvermor : Effectivement, ça aurait du sens et je pense qu’ils seraient chauds. Sortir un truc à la « Panzer Division » de Marduk ! 

Pouvez-vous m’expliquer le concept de l’Art Noir Médiéval ?

Hyvemor : L’art noir médiéval vient de Véhémence, mais ne s’arrête pas à Véhémence ! C’est une manière de concevoir poétiquement le médiéval dans le Black Metal. S’il y a des candidats, nous serions heureux de leur faire passer les « Ordalies » nécessaires (Rires). À l’origine, ça vient d’une longue discussion et d’un long processus créatif entre Tulzcha et moi. Il est aussi symbolisé par un personnage à tendance féminine qu’on retrouve dans le vinyle. Une femme qui tient un cœur arraché et une épée qui est une allégorie.

L’album est plus mélancolique et plus lourd, notamment sa fin avec « Un Contre Mille »…

Tulzcha : Le morceau est un baroud d’honneur, c’est le dernier coup dans la bataille avant de périr. Oui, il y a un côté plus dramatique et mélancolique sur l’ensemble de l’album, mais pour être honnête ce n’est pas voulu. Quand je compose, je me mets dans l’humeur du moment. C’est vrai que Ordalies est moins « triomphant » que son prédécesseur.

Hyvermor : Le personnage est à relier à celui de « Un Contre Mille » qui passera sa vie en tant que guerrier. C’est une dimension de destin et de challenge dont le nom Ordalies. « Notre Royaume Cendre » symbolise bien cette idée, car le royaume est en feu, tu ne peux rien y faire. Le titre a été composé peu de temps après l’incendie de Notre Dame.

L’ordre des morceaux a changé entre la diffusion sur Black Metal Promotion et sa sortie…

Tulzha : Il y a eu des changements de dernières minutes et comme il faut envoyer l’album très tôt au gérant de Black Metal Promotion, ce dernier n’a pas pu changer. C’était juste un simple accident technique rien de plus (Rires).

Est-ce que vous pensez à réenregistrer Assiégé dans le futur avec le line-up actuel ?

Tulzcha : Il n’est pas exclu qu’il y ait un ré-enregistrement, mais si ça doit se faire ça sera plus poussé. Nous apporterions des modifications qui se traduiraient comme un nouveau départ pour cet album que j’avais composé seul avec une batterie électronique.

J’ai entendu dire qu’une tentative de live avait été envisagée avec certains membres de Griffon…

Tulzcha : En effet, cette idée a été envisagée. Le problème est que Hyver est en Bretagne, moi à Paris et qu’il faudrait qu’on se voie très régulièrement pour répéter. On voudrait faire un spectacle complet avec des costumes, une belle mise en scène. Les gars de Griffon veulent que je table toutes les compositions et je n’ai pas le temps ni l’envie, car je compose tout au feeling.

Hyvermor : Niveau batterie et guitare, il faudrait des musiciens en capacité de pouvoir jouer les morceaux. Je ne sais pas si Thomas Leitner arriverait à tenir le coup. Pour moi, ça reste un beau rêve car on ne veut pas se présenter sur scène pour faire un show à moitié bien fait. Soit on atteint la perfection, soit on ne le fait pas. 

Tulzcha : C’est peut-être pour ça qu’on devrait faire du Doom épique ou du « playback ». (rires)

Hyvermor, tu as évoqué dans une interview qu’il y avait des indices, des références cachées dans la pochette d’Ordalies. Peux-tu m’en dire plus ?

Hyvermor : On retrouve des corrélations avec le précédent album, surtout au niveau des couleurs. Il y a deux chevaliers sur la pochette, mais est-ce qu’ils s’affrontent vraiment ? Ne font-ils pas  »uns » pour finir ? Le premier challenge du chevalier céleste est de s’affronter lui-même. 


Véhémence, c’est :

Tulzcha : Guitares, Basse, claviers, Flute

Thomas Leitner : Batterie

Hyvermor : chant, flute

Discographie :

Assiégé (2014)

Par le sang versé (2019)

Ordalies (2022)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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