Pour son grand retour après les annulations dues à la pandémie le Durbuy Rock Festival avait frappé fort en septembre dernier. Réussite à la fois humaine et artistique le festival avait été une immense fête qui avait fait du bien. Six mois plus tard, le festival est déjà de retour, mais retrouve en fait ses dates habituelles de début avril. Nous sommes donc de retour dans la salle du Sassin dans une ville de Bomal-sur-Ourthe qui a – en partie – pansé ses plaies des inondations. Le format reste le même sur deux jours avec deux scènes extérieure et intérieure et avec un programme encore bien chargé avec un beau patchwork entre groupes locaux et formations reconnues.

Par Franck Lasselle

Crédit photos : Moris DC


Tout démarre le vendredi 8 avril, pour des raisons personnelles, nous n’avons pu assister aux premières prestations de la journée. Notre premier groupe de la journée est un gros poisson avec Caliban qui lance son concert à 20h. Le festival n’affiche pas complet, mais la foule est dense dans la salle du Sassin pour accueillir un habitué des lieux mais qui n’était pas venu depuis dix ans. La formation Metalcore allemande revient pour la quatrième fois et garde une bonne base de fans en Belgique où elle se fait plutôt rare. De fait l’ambiance est assez chaude dès l’entame avec « Dein R3. Ich ». Ce titre parfait mixe de puissance et de mélodie met le feu à un public remuant. La suite avec notamment « Paralyzed » ou « We Are The Army » est toute aussi bonne. Le son est puissant et de qualité et dans la fosse pogos et slams se lancent dans tout les sens. Chanté en allemand « Nebel » est ensuite une bonne claque taillée dans le meilleur du genre. « Inferno » avec sa mélodie entêtante et son chant clair est toute aussi prenante et confirme la force du groupe pour mixer force et mélodie. Andreas est un frontman parfait qui sait se mettre le public en poche. Le petit jeu sur « Intoleranz » faisant son effet, ce titre bien bourrin ne faisant pas de quartiers. Dans le final « Sonne », la reprise de Rammstein, fait un carton énorme. Après notamment un « Ich Blute Für Dich » féroce le groupe achève son concert en beauté avec « Nothing Is Forever ». Le public monte sur scène, le drapeau de l’Ukraine est mis en avant et on ne peut que savourer ce bel esprit de fraternité. Caliban a frappé fort, il a montré qu’il demeurait une valeur sure du Metalcore et qu’en live il bottait les culs avec une énergie énorme.

La suite se passe dehors pour les plus courageux. La météo est peu clémente, il souffle un vent glacial et la température dépasse à peine le zéro. Mais cela n’effraye pas Betraying The Martyrs, la formation française retrouve la scène et ses fans et est ultra motivée. Ce concert est aussi l’occasion pour le groupe de faire mieux connaître son nouveau chanteur, Rui Martins, qui a remplacé Aaron Matts en octobre 2021. Après une intro soft la tempête est lancée avec le duo formé par « The Great Disillusion » et « Lost For Words ». Ces titres permettent de retrouver l’excellent Metalcore du groupe. Riu est bien en place et son growl fait son effet. On retrouve aussi le chant clair de Victor qui apporte au clavier la touche symphonique qui fait le charme du groupe. Tout cela est très efficace et charme le public. Derrière le groupe balance son nouveau single, « Black Hole ». Sympa et ouvert Riu est très à l’aise et communique à merveille avec le public. Le titre est convaincant en forme de parfait mélange de puissance et de mélodie. Le début est réussi et l’affaire est dans la poche pour Riu et le groupe. La suite du concert va être un parfait best of avec un bon équilibre entre les albums. Ainsi avec ‘Parasite’, « Life In Precious » ou « Eternal Machine », le groupe balance ses meilleurs titres avec une force de frappe énorme, la touche au clavier si prenante et la voix claire efficace. En fin de prestation avec « The Resilient » le concert s’achève en beauté. Toujours aussi épique et puissante, la chanson achève de convaincre de la pertinence du nouveau line-up. Betraying The Martyrs a réussi son pari. Riu est un choix très intelligent. Il s’intègre parfaitement à la formation et donne même l’impression d’être là depuis longtemps. Le groupe a convaincu et bravé les conditions climatiques avec brio, on attend à présent la suite de ses aventures avec curiosité et impatience.

Dans la salle l’ambiance va être très brûlante avec l’arrivée de Skindred. La légende du Raggae-Metal est connue pour mettre le feu partout où elle passe. La foule est au rendez-vous pour se prendre une bonne décharge taillée le meilleur des mondes entre dub, metal et reggae. Les intros avec « Thunderstruck » d’AC/DC puis avec « la Marche Impériale » de John Williams à la sauce « Dubstep » font monter l’ambiance de plusieurs crans. Benji débarque sur scène et en impose fortement avec son costume à paillettes, ses lunettes de soleil et ses célèbres dreadlocks. Avec « Stand For Something », puis « Rat Race », le concert se lance parfaitement, Benji a chauffé le public grimpé sur les retours et on ne peut que savourer un énorme son qui mixe les styles avec une force rare. Le public est déjà au taquet et la chaleur de la musique fait remuer tout le monde. Par son charisme, Benji bouffe toute la scène mais ses collègues ne sont pas de simples faire valoir. Ils balancent un son énorme où guitares et parties programmées se mixent parfaitement. La suite est toute aussi énorme, la complicité entre groupe et public est parfaite. Avec « Sound The Siren » ou « Doom Riff », le groupe colle de belles tartes musicales. Avec « Pressure », il propose des samples savoureux empruntées au thème des Mandolorian et à « Back In Black » d’AC/DC et met le feu. Toute la salle jumpe dans une ambiance chaude et bon enfant et la suite avec « That’s My Jam » et « Ninka » accentue toute cela. Skindred sort l’artillerie lourde et confirme son côté de bête scénique. Le mixe entre « Jump » de Van Halen et « Jump Around » d’House Of Pain est jouissif, Benji fait s’accroupir le public pour le faire exploser. En fin de prestation « Kill The Power » et « Nobody » sont toutes aussi chaleureuses et puissantes. Les rappels avec « Big Tings » et « Warning » avec un bout du « Duality » de Slipknot en mode dubstep sont parfaits et achèvent tout le monde de belle manière. Skindred a fait un carton, il a fait oublier le froid quasi polaire régnant dehors et a entraîné tout le monde dans son univers avec une classe folle.

Dehors le froid est encore plus intense, mais il en faut plus pour décourager Do Or Die et sa cohorte de fans. L’histoire récente du légendaire combo de Hardcore belge a été compliquée. Il existe deux versions du groupe avec une querelle intense sur les réseaux sociaux quand à la légitimité de l’une ou l’autre. Cela est accessoire pour les fans qui veulent surtout encaisser une bonne dose de son. Nous retrouvons ainsi Chris, chanteur d’origine du groupe, avec à ses côtés un line-up renouvelé avec notamment un deuxième chanteur. Tout ce petit monde est chaud comme la braise et envoie la sauce d’entrée de jeu sans chichis ni intro inutile. L’énergie dégagée est énorme et chacun dans la fosse prend une bonne dose de hardcore en pleine tronche. Tout ce petit monde occupe pas mal de place sur scène et la sauce prend parfaitement. Les deux chanteurs sont en harmonie et hurlent dans leurs micros avec une hargne certaine. À leurs côtés, les musiciens taillent un bel ensemble dans un pur esprit hardcore à l’ancienne. Le froid ne semble pas les affecter tout comme cela ne semble guère déranger des premiers rangs qui se remuent avec une énorme énergie. Tout le monde sautille en beauté et l’ambiance est virile mais dans un état d’esprit remarquable avec l’idée de fraternité hardcore bien présente. Les conditions étaient délicates à plusieurs niveaux, mais Do Or Die a relevé le défi avec classe. Le futur reste assez flou mais cette version du groupe a montré une cohérence certaine et semble posséder un coup d’avance sur la concurrence.

Dans la salle, le final aurait du être envoyé par Barbar’O’Rhum mais ces derniers ont dû annuler en dernière minute. En lieu et place, le festival est allé chercher un habitué de lieux Aktarum, qui a mit le feu au même endroit lors de la dernière édition. Le groupe est bien plus qu’un simple remplaçant et le retrouver est l’assurance d’un bon moment placé sous le signe d’un Folk Metal festif et entraînant. Certains esprits chagrins pourraient se plaindre de son omniprésence mais les fans s’en moquent et se massent devant la scène avec l’envie de se remuer. De plus le groupe vient de sortir son nouvel album, Trollvengers, et va proposer une setlist largement remaniée. Après une intro épique le groupe envoie la sauce avec une sacrée énergie malgré l’heure tardive. Les trolls sont à l’honneur et l’entame est parfaite. On retrouve un Folk Metal musclé avec un côté Black Metal en avant notamment dans le chant. En parallèle, le côté Folk et frais est assuré par le claver et le mélange fonctionne à plein régime. Dans la suite le groupe propose des choses plus festives pas loin de l’esprit d’Ensiferum et rencontre un énorme succès. La fosse est en feu, le public se remue dans tout les sens dans une ambiance agréable, fraternelle et amicale. Au hasard des titres « The Trolls And The Dwarvez », extrait du nouvel album a fait un carton. Le mixe entre un bon côté Black, que ne renierait pas Finntroll, et un côté festif entraînant est parfait et confirme que le groupe a franchit un gros palier. Aktarum a proposé un concert remarquable d’un bout à l’autre. Le groupe grandit de plus en plus et d’édition en édition chacun a pu constater des progrès remarquables. Désormais très professionnel il possède les armes pour franchir un palier supplémentaire et aller concurrencer les ténors du genre.

Ceci conclut notre première soirée au Durbuy Rock Festival. Le programme a été copieux sans temps morts ni faiblesses avec toujours une parfaite organisation. Cette bonne entame a mit le public dans les meilleures conditions et chacun a fortement hâte de revenir pour une journée de samedi qui s’annonce dantesque.

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Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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