Comme pour tant d’autres festivals il aura fallu s’armer de patience pour assister à la cinquième édition du Dreamer Fest. Mais l’attente est terminée et chacun est de retour dans la Salle Vauban de St Omer. Par rapport à l’affiche initialement prévue en 2020 il y a quelques changements. Entombed A.D. n’est plus présent suite à disparition de LG Petrov début 2021. Un bel hommage lui est d’ailleurs rendu dans la salle. Mais le festival n’a pas perdu au change avec Immolation avec en accompagnement une sélection mettant toutes les formes du Death Metal à l’honneur.

Texte : Franck Lasselle // Photos : Moris Delciotto


Les hostilités débutent sur le coup de 16h avec Insane Order. Originaire de Valenciennes, le groupe officie depuis 2015 dans le Grindcore et a sorti son deuxième album, Overraped, juste avant le festival. Le public est déjà bien présent pour soutenir les musiciens. D’entrée le groupe ne fait pas de quartiers et balance un missile en pleine tronche. Le son est bon et entre un growl féroce digne des grands du genre et un rythme intense chacun est assommé. La suite est aussi féroce, le niveau technique est remarquable et tout cela motive un public qui apprécie la leçon. La nouveauté présentée fait son effet en forme de parfaite tarte Grindcore. Le groupe enchaîne les titres à toute allure et ne fait pas semblant de faire mal. L’intensité dégagée est énorme. Dans la suite une autre nouveauté, « Maximum Benefits Exploitation », fait son effet avec un growl collant au mur. Insane Order a ouvert la journée avec classe. Son Grindcore est brutal, intense et maîtrisé. Il a ravi son monde et fait plaisir avec un mot sympa pour le festival et les organisateurs.

Avec Devour The Fetus il est aisé de deviner que le ton va rester brutal. Les parisiens oscillent entre Grind et Slam Brutal Death et niveau thématique sont totalement dans l’esprit Grindcore. La salle est remplie et prend un uppercut d’entrée. Le groupe n’est pas là pour faire dans la finesse ou la douceur et « bastonne » son monde. Le chant de Renan ressemble au cri du cochon qui cherche de la compagnie en sortant d’un asile. A côté ses compères tissent un ensemble brutal death teinté d’un côté Slam assez groovy avec un rythme énorme. Antoine qui joue son premier concert avec le groupe en tant que guitariste connaît un parfait baptême du feu. La suite est sans pitié, la bestialité et la méchanceté sont les maîtres mots et le groupe s’amuse à tabasser son monde. Les noms de titres sont improbables, en forme de yaourt avec un côté fun et barge. La violence dégagée est jouissive dans un esprit slam teinté de core. Le groupe envoie la sauce sans se préoccuper de proposer un quelconque message et cela fonctionne auprès du public avec quelques slams et un circle pit. Devour The Fetus a fait dans le bourrin avec peu de finesse et a réussi son coup.

Après une telle entame, il y aurait de quoi être groggy mais le public est chaud et prêt à continuer la fête Death. Avec Embrace Your Punishment il va être servi. Depuis 2009 les Français enflamment les scènes avec un brutal Death Metal teinté de hardcore et de sludge qui emprunte autant à Crowbar qu’à Dying Fetus ou Misery Index. D’entrée le groupe balance la sauce sans crier gare. Le rythme est intense, au chant Vivien impressionne avec un growl qui défrise. Le rythme est énorme avec un côté hardcore qui ressort. Le public est bouillant et apprécie le mélange explosif. Un circle pit se lance , l’ambiance est excellente et la suite est savoureuse. Sur « Black Storm » Lukas de Stillbirth débarque, après un souci technique vite réglé le titre fait son effet en forme de claque Deathcore porté par un duo de choc. Derrière avec « Alone In The Pit », « Allegiance » ou « Nameless King », le groupe balance de belles tartines. Il montre une parfaite capacité à mixer Death et Hardcore. La demi-heure allouée passe à toute vitesse et la pression ne retombe pas. Sur « Master Of Hate », le public se déchaîne totalement. Des titres comme « Fear The Wolves » ou « Dark Passenger » auront fait le même effet avec une sauvagerie délicieuse. Embrace Your Punishment a réussi son coup avec un concert intense, il a fait bouger les têtes de belle manière avec un Deathcore de toute premier ordre. 

Avec l’arrivée de Sublime Cadaveric Decomposition le rythme ne va pas retomber. Cela fait plus de 25 ans que le groupe détruit tout et même si ses titres ont des paroles depuis quelques années, il ne s’est pas assagi pour autant. La foule est au rendez-vous pour accueillir la légende du Grindcore français qui va se faire un plaisir de tabasser son auditoire. D’entrée le rythme est énorme, au micro Seb est déchaîné et balance un growl sauvage. L’ensemble est maîtrisé et n’est pas juste du bruit, aux côtés de Seb les musiciens montrent un niveau technique remarquable. Le rythme est dingue et on ne peut que saluer le fait de balancer des paroles à une telle vitesse. Derrière la tension ne retombe pas, le groupe est implacable et est là pour faire mal. « Schakles Of Terrorism » est jouissive, cette brutalité si maîtrisée fait plaisir à savourer et le public se remue. La suite va être prenante, la violence dégagée prend aux tripes et on ne peut que saluer le growl d’un Seb sympathique et charismatique, qui sait se faire audible. Entre Grind et Brutal Death le groupe met le feu au public avec notamment un « The Day They Dissect Me » d’une rare intensité. Le final avec « Raping Angels In Hell » est bouillant avec des pogos en pagaille dans une ambiance de feu. Sublime Cadaveric Decomposition a fait un joli carton, il a montré une grande forme et confirmé qu’il demeurait une référence hexagonale en matière de Grindcore.  

Il y a à peine le temps de souffler qu’il faut repartir au combat avec  Carnation. En quelques années les belges se sont imposés en héritier de grands noms du Death comme Entombed, Bolt Thrower ou Cannibal Corpse. Après une intro époque le groupe balance la purée avec ‘Reincarnation’. Le titre est une tuerie Death Old Dchool avec une voix d’outre tombe parfaite, le groove typique du style et un côté majestueux. Il y a aussi un côté accrocheur se mixant parfaitement à un sentiment écrasant de puissance. Derrière avec « Iron Discipline » et « Plaguebreeder », la leçon continue. Carnation a tout du vieux briscard qui maîtrise son art, le rythme est intense et le public apprécie la claque. « Malformed Regrowth » et « Necromancer » enfoncent le clou avec brutalité mais aussi avec une capacité à séduire au travers de refrains efficaces. La dernière partie avec notamment « Napalm Ascension » et « Supposed To Rot » est toute aussi appréciable, la reprise d’Entombed faisant aussi de bel hommage aux patrons du genre. Enfin avec « Sepulcher Of Alteration » et « Where Death Lies », le concert s’achève en beauté. Les slams s’enchaînent dans une belle ambiance, ces tartes confirmant la force du groupe pour un Death classieux. Avec ce concert Carnation a séduit son monde et a montré qu’il avait tout en main pour devenir l’un des grands du genre.

Avec Stillbirth nous partons en Allemagne à la rencontre d’un groupe qui oscille Deathcore et Brutal Death Metal. La salle est remplie et chacun attend une nouvelle tempête. Le groupe lance les hostilités sur « Ultimum Exitium » et fait un carton. Brut de chez brut le titre est une pure déflagration taillée dans le meilleur d’un Deathcore costaud au rythme intense possédant ce groove typique. La suite avec « Open Up This Fucking Pit » est aussi méchante, le groupe tabasse son auditoire avec hargne et met en avant sa facette death au travers d’un growl caverneux énorme. Après un speech sympa qui met le feu au public, le groupe enchaîne sans pitié. Avec « Panem Et Circencess », « Global Error » ou « Revive The Throne », il dégage une hargne énorme dans un esprit souvent proche du Grindcore. Il n’y a pas de temps morts et l’ambiance est énorme, au détour d’un wall of death, Lukas va même au plus prêt du public. Tout s’enchaîne sans pitié, le groupe manie la poudre à merveille et des pogos se lancent dans tous les sens. Avec « Eating Flesh Of The Objector » il balance une tarte Deathcore. Avec « Degraded To Mutiliation » et « Strain Of Gods » le concert s’achève avec férocité et prouve que le Deathcore sait être méchant. Stillbirth a proposé un concert intense. Il a mis le feu au public avec classe et a confirmé qu’il était un grand leader du genre.

La suite nous embarque vers les États-Unis avec Skeletal Remains. Le ton redevient plus death à l’ancienne dans l’esprit de Death, Obituary et Pestilence. Après une intro glauque qui amène une ambiance idéale, le groupe dévaste tout. L’entame est parfaite avec un ton trempé dans un pur death old school. Chris excelle avec un ton gras et profond semblant venu des derniers cercles de l’enfer.  Le son est parfait et chacun savoure le niveau technique avec des soli et riffs parfaits. La suite est toute aussi grasse et poilue, le groupe balance des tartines Death avec l’esprit des grands anciens qui plane dans la salle. Le public apprécie la charge, la curée est totale et au détour d’un « Tomb Of Chaos » il encaisse une pure tartine bien grasse. Avec un rythme intense, des riffs de mammouth et un chant caverneux qui prend aux tripes, le groupe ne fait pas semblant de faire mal. Le public est chaud et remue de belle manière. Derrière la leçon va continuer sans aucune faiblesse. Le final va être intense avec une impressionnante force dégagée. Avec ce concert Skeletal Remains a fait impression, il a confirmé qu’il était un des poids lourds du Death Metal et a parfaitement préparé le terrain pour le final de la soirée. 

En attirant Immolation les organisateurs ont frappé un grand coup. Du haut de ses 30 ans de carrière, le groupe est une légende du Death Metal qui n’a jamais dévié de sa route. De plus, il s’agit de sa première prestation en Europe depuis 2019. Il est à noter que malgré ce statut de légende, le groupe reste accessible. Plus d’une fois, les musiciens se sont baladés dans la salle en toute décontraction. L’ambiance est chaude dès l’intro et  avec « An Act of God », le groupe envoie la sauce. L’impact dégagé est énorme dans un esprit death métal pur et dur. Le niveau technique est bluffant, au micro Ross est impressionnant de force et dégage un charisme énorme. Derrière avec « Age Of No Light » et « Majesty And Decay », le groupe confirme son parfait début. Il est là pour faire mal et le fait avec précision. Après un speech sympa qui montre le bonheur du groupe d’être sur scène, la leçon reprend. Entre « Noose Of Thorns », « Father You’re Not A Father » ou « Everlasting Fire » et « Swarm Of Terror », le public en prend plein la tronche. Chacun de ces titres est une claque Death Metal avec une  intensité qui fait peur. La deuxième partie du concert va être aussi réussie. Le groupe affiche une forme éclatante et met le feu avec des brûlots comme « Broken Prey », « Kingdom Of Conspiracy » ou « Immolation ». Il déroule un savoir-faire impressionnant, la brutalité et la méchanceté sont au rendez-vous mais avec une totale maîtrise dans un pur esprit Death Old School. Le final avec « Apostle » est un grand moment qui achève un public en transe, un peu usé mais au taquet. Immolation a frappé un grand coup. Il s’est dégagé une majesté et une classe qui forcent le respect. Les américains ont prouvé qu’ils restaient un des maîtres du genre. Avec ce long concert, ils ont fait honneur à leur statut de tête d’affiche.

Cela achève de la meilleure des manières une journée parfaite. L’organisation a été professionnelle et sympathique et tous les groupes ont assuré. Avec cette 5ème édition, le Dreamer Fest confirme son statut de grand festival Death Metal, on lui souhaite plein d’autres belles éditions. 

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