Il avait fallu être patient pour assister à la neuvième édition du Headbanger’s Balls Fest. Quelques mois plus tard, tout est rentré dans l’ordre et le festival retrouve sa place dans le calendrier pour une dixième édition. Le lieu est identique, la salle De Leest d’Izegem dans la région de Courtrai et dès l’ouverture le public est bien présent. L’événement n’est pas sold out mais la salle sera bien remplie lors de chaque concert.

Par Franck Lasselle / Crédit photos : Moris DC


An Evening With Knives vient des Pays-Bas, il a commencé sa carrière en 2015 et œuvre dans un Stoner teinté de Doom. Après une longue intro intimiste le trio lance son concert avec « Endless Night ». La sauce Stoner est envoyée « cash » avec un côté bien gras à la guitare. Au chant Marco balance un ton tout aussi gras avec puissance. La facette Doom ressort un peu dans son chant tandis qu’un côté aérien se dégage d’un excellent solo. Avec « On Your Own » et « Levitate », le groupe confirme ses qualités. La première est une claque Stoner teintée psychédélique qui permet de savourer l’excellence musicale du trio. La deuxième voit Marco se mettre à genoux en quasi transe et est tout aussi réussie avec encore un énorme niveau technique. Après un speech sympa « Sacrifice » puis « Thoughts & Regrets » confirment la capacité du groupe à mixer un côté aérien planant avec un côté écrasant de force. Le final avec l’instrumental « Drowning In Daybreak » est  parfait dans un même esprit Stoner teinté de Doom. An Evening With Knives a montré une efficacité redoutable et a proposé un voyage aérien et puissant qui a marqué les esprits.

Avec Sons Of A Wanted Man nous retrouvons une formation belge qui évolue dans un post black teinté de hardcore. En peu de temps le groupe a su se faire un nom et a signé chez Les acteurs de l’Ombre. Les fans sont au rendez-vous dans une salle à présent remplie. Le concert se lance doucement avec une intro mélancolique acoustique à fleur de peau. Une fois le groupe au complet « Amor Fati » lance les hostilités. Le ton est méchant avec un esprit Black Metal féroce porté par un chant d’écorché vif. Quelques nuances se font entendre au milieu de la furie avec un esprit mélancolique dans un pur esprit post black. Avec « Under A Lightless Sky » et « Dodenleer », le concert se poursuit idéalement. La première est un parfait équilibre entre black costaud et post hardcore, elle voit Jan allez au contact du public avec hargne. La deuxième est dans un esprit post avec un travail sur les ambiances et un côté hardcore affirmé. « Black Day Black Dust » et « Serpentine » font leur effet avec un côté crépusculaire qui donne le frisson. On y retrouve l’esprit méchant du genre. « Absent » et « Kemona » achèvent la prestation avec le même charme vénéneux et une brutalité d’une rare intensité. Dans le final Jan va jusqu’aux barrières avec charisme et chauffe le public avec efficacité. Sons Of A Wanted Man a proposé une belle prestation. Il a montré qu’il n’était pas un simple groupe de Post Black de plus avec une capacité certaine à mixer les styles.

La suite est belge avec Liar qui remplace King Hiss initialement prévu. Avec dans ses rangs un membre de King Hiss, le groupe fait son retour aux affaires après un bon début de carrière fin des années 90. Après une intro qui emprunte le thème de Star Wars, le groupe balance la sauce. « Stormwind », « Winterseason », « Battlecries » et « Sleepless » sont des courts brûlots Thrash/Hardcore qui décapent tout sur leur passage. Le rythme est intense, Hans va directement au contact aux barrières, des pogos se lancent dans une fosse bien chaude. Chacun appréciant un ton oscillant entre Slayer et Hatebreed. La suite va être bouillante, Hans est en communion avec un public qui explose. Il tend même son micro aux fans et derrière avec en vrac « New Born Fire », « Heavenshore » ou « Natural Order », le groupe cartonne. Le ton Thrash Hardcore replonge dans les années 90 avec ce groove typique de l’époque. Le final avec « Shatter » est impressionnant de force. Les musiciens sont en forme et parfaitement au point. Le charisme d’un Hans heureux d’être sur scène aura grandement contribué à la réussite du concert. Liar a montré qu’il restait pertinent malgré le temps passé. Il a proposé une prestation de haute volée qui a fait un carton auprès d’un public bouillant. Ce concert restera clairement un des meilleurs de la journée.

Derrière on retrouve des habitués des festivals. Les Belges de Carnation écument les festivals et notamment pas plus tard qu’une semaine auparavant au Dreamer Fest de Saint-Omer que nous avons couvert. Nos fidèles lecteurs se souviennent bien sur du résumé de leur prestation. Celle de ce soir ne sera guère différente, la setlist est quasi identique. Et comme à Saint-Omer les belges vont montrer une sacrée belle forme avec un bon vieux Death Metal des familles qui emprunte autant à Cannibal Corpse qu’à Entombed et Bolt Thrower. Les titres vont s’enchaîner sans guère de pitié et faire leur effet sur un public bouillant. Le groupe joue quasi à domicile et les fans sont massés devant la scène. Dans le florilège présenté on fera ressortir des brûlots comme « Reincarnation », « Plaguebreeder » ou « Hellfire » qui ont bousculé tout le monde dans la première partie du concert. Dans la deuxième moitié l’enchaînement entre « Napalm Ascension », « Fathomless Depths » et « Supposed To Rot » aura été intense en forme de claque Death old school. La reprise du classique d’Entombed fait son effet et est un bel hommage au regretté LG Petrov. Le final avec le furieux « Where Death Lies » achève en beauté une prestation épatante. Carnation a frappé un grand coup. Il a été excellent à et confirme qu’il est un digne héritier des grands du Death avec une idée à l’ancienne respectée.

Après cette tempête, place à un groupe très attendu par une grande majorité du public. Il faut dire qu’en peu de temps Wiegedood s’est fait un nom au sein de la scène Black. Membre du collectif Church Of Ra aux côtés d’Amenra, il fait partie de cette nouvelle génération Black qui bouscule le genre. Ils amènent un côté plus cérémonial dans un esprit teinté d’ésotérisme avec un côté mystique. Le concert se lance dans la pénombre, sur scène l’ambiance est posée comme si une cérémonie allait débuter. Derrière avec « FN Scar 16 », la leçon débute méchamment. Le titre est une décharge sonore Black métal teintée de post. Le trio semble sorti des enfers et en impose, le côté lugubre ressort dans le chant d’un Levy comme possédé. « And in Old Salamano’s Room, the Dog Whimpered Softly » et « Until It Not » sont tout aussi lugubres. Les hurlements de damnés en imposent et dans le même temps les mélodies post black s’avèrent redoutables et amènent un côté mystique qui prend aux tripes. Le groupe tisse sa toile, l’ambiance de fin du monde est palpable. « Noblesse oblige richesse oblige » ou encore « Nuages » et « Now Will Always Be » sont des tartes en pleine tronche taillées dans un esprit Black Metal semblant sorti des abîmes de l’âme. Le final avec « Carousel » est tout aussi prenant et achève un public reste calme tout le long de la prestation comme possédé par la force noire dégagée. Avec cette prestation Wiegedood a frappé fort. Il a confirmé son statut de grand nom de la scène Black tout en restant à part et underground.

En faisant venir Fleddy Melculy, le festival a eu le nez creux. La formation belge a changé de statut en peu de temps, passant de groupe parodique à sensation métallique. La preuve de cette montée en puissance est visible avec des lights énormes et de grands panneaux lumineux. Après une intro cinématographique, les hostilités sont lancées avec « Slaap ». Ce concentré de Thrash/Crossover est un carton d’une sacrée intensité qui met le feu. « Ik Ben Kwaad » et « Stop! » confirment la tendance. On retrouve un esprit Thrash qui fait sautiller dans un esprit 90’s entre Slipknot et Korn. L’ambiance est énorme et va monter avec des bombes comme « Fuck Uw Vrienden », « Geen Vless Wel Vis » et « God Is Eeen Kapper ». Les refrains sont efficaces et repris en chœurs par une foule enthousiaste. « De Wereld Is Wondermooi » fait le même effet avec un côté Thrash plus prononcé qui ne fait pas de quartiers. Derrière un souci technique va interrompre le concert mais cela ne va pas gâcher la fête. Une fois le problème réglé, le concert reprend de plus belle avec « 668 ». Dans un pur esprit Neo Metal le titre fait son effet avec un refrain balancé sur les panneaux lumineux. « Freddie » est l’occasion d’un speech sympa pour Queen et derrière le titre fait un malheur avec le même côté néo métal . La suite avec « Backstage » et « Nicks » fait mal dans un esprit Crossover/Thrash. « Geen Tidj Voor Spijt » et « Brood » enchaînent avec un côté bourrin savoureux. Le grand moment arrive avec « T-Shirt Van Metallica » qui fait fureur dans une fosse en délire. « Varken » achève les hostilités en beauté avec un ton Neo Crossover. Mais la leçon n’est pas finie, des bruits de voiture se font entendre et les rappels débutent avec un « Pinker »  dans l’esprit néo métal. Après un dernier speech montrant la joie des musiciens d’être là le concert s’achève en avec « Voor Altijd Jong ». La fosse explose une dernière fois, un circle pit se lance et tout le monde « jump ». Fleddy Melculy a fait forte impression, il a montré une énorme aisance scénique et une belle capacité à faire bouger la foule. Le groupe franchit les étapes avec une classe insolente et a les cartes en mains pour aller plus haut encore rapidement.

Il est tard, mais il reste un gros morceau pour achever la journée. Ce final vient de Pologne et se nomme Decapitated. Le groupe célèbre ses 25 ans entre Death classique et Death « groovy » plus moderne et a su se créer une solide discographie. La foule est bien dense et l’entame va être furieuse. D’entée le groupe balance « Cancer Culture », son nouveau single. Moderne et groovy, le titre est une tarte portée par un chant hargneux et une batterie en mode mitraillette. Rafal bouge le public et des circle pit sont lancés.  « Pest » et « Mother War » font un carton avec un ton violent dans un esprit Death old school. Le groupe est en forme et enchaîne les titres sans temps mort. « Carnival Is Forever », « Lying And Weak » et « Babylon’s Pride » assomment le public avec notamment un growl féroce qui en impose. Rafal remue  la foule et derrière « Earth Scar » dans un ton plus moderne fait son effet. Après ce court moment moins bourrin, Decapitated relance la machine à baffes avec un trio de choc. « The Blasphemous Psalm To The Dummy God Creation », « Names » et « Point Organic » sont des tartines Death. Le groupe fête ses 25 ans de la meilleure des manières avec des coups secs dans la tronche. La dernière ligne droite est entamée et le rythme ne faiblit pas. Avec en vrac « Day 69 », « Never » ou « Kill The Cult » le groupe balance de sacrés missiles avec un bon groove et des soli furieux. Les dédicaces sont prenantes, l’Ukraine est évoquée et sur « Sphere Of Madness » la mémoire de Vitek, le frère de Vogg le guitariste disparu en 2007, est saluée avec pas mal d’émotion. Porté par une belle mélodie, le titre est un parfait moment de Death Groovy. Le concert se termine de manière puissante avec « Nine Steps », le titre est féroce et remue une dernière fois un public en grande forme. Derrière « Paradise City » des Guns N’Roses retentit et siffle la fin des hostilités. Decapitated a balancé un concert brillant en forme de best-of de sa riche carrière. Il a montré une grande forme et a confirmé qu’il était un des grands noms du genre tout à fait apte à assurer le rôle de tête d’affiche. 

Il nous reste à remercier chaleureusement les équipes du Headbanger’s Ball pour leur accueil et leur parfaite organisation. 

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