Il a fallu prendre son mal en patience et l’attente en a valu la peine. Deux ans après le début de la pandémie, le Hellfest a décidé d’offrir à ses festivaliers une édition XXL scindée en deux parties, en deux week-ends, histoire de pallier le manque de concerts de ces derniers (et ils étaient, une nouvelle fois, venus du monde entier). 

Le Hellfest a joué la carte de la diversité en mettant à l’honneur tous les styles et les groupes de tout envergure. Ainsi, les formations prometteuses (Stengah, Existance, Heart Attack) ont pu côtoyer le haut du panier, à l’instar de Volbeat, Deftones, Scorpions, Guns N’ Roses et… Metallica, et ainsi prouver à la face du monde que le renouveau du Metal était en marche.

La rédaction d’Heretik Magazine a participé à une partie de ce marathon « live » et vous livre ses impressions, ses coups de cœur et ses claques.

Texte : Axl Meu

Crédit photos : Moris DC


VENDREDI 17 JUIN : 

Notre périple commence avec la performance de Heart Attack, jeune formation cannoise qui s’est dernièrement fait remarquer suite à sa signature chez Atomic Fire Records pour la sortie de son troisième opus : Negative Sun. Désormais dans la cour des grands, elle peut prétendre attirer un public plus large, comme ce fut le cas le 17 juin dernier sur la Mainstage 2. En trente minutes, la formation, d’abord masquée, a donné une sommaire idée de ce qu’elle avait dans le ventre : de l’énergie encore et toujours.  

De l’autre côté, sous la Temple, se prépare Mortis Mutilati, vainqueur du tremplin The Voice Of Hell, bien déterminé à défendre son Black Metal traditionnel épaulé par une voix féminine. Ça passe plutôt bien, les dernières compositions sont bien exécutées, malgré un manque évident d’originalité.

Vu la chaleur, nous privilégions les concerts sous les tentes, ce qui nous conduit au concert de Necrowretch (que nous avions vu à Lille, à la Bulle Café, en mai dernier). Pas de grandes évolutions, juste une formation qui, malgré ses allures lucifériennes, prend beaucoup de plaisir à délivrer son Black/Thrash occulte à l’ensemble à la paroisse. La rigueur est de mise et la Altar, conquise. Nous continuons sur notre lancée et assistons avec attention à la performance de Numen, formation espagnole, protégée du label Les Acteurs de l’Ombre Productions, qui déroule sa partition mêlant tradition et efficacité sans rencontrer le moindre problème.

Première formation Thrash/Crossover à se produire, Enforced était attendu au Hellfest. Après un deuxième album, Kill Grid, remarqué, il était temps pour la formation américaine de récolter le fruit de ses efforts et de revenir en France. Et en ce début d’après-midi, Enforced a convaincu. Il faut dire que les titres, souvent ravageurs, ne sont pas sans rappeler un certain Power Trip à l’affiche du Hellfest en 2019. La réaction de la fosse est la même, ça tourne et ça s’entretue. Une vraie claque. 

Après la claque « Crossover », nous enchaînons avec Mephorash, formation de Black Metal atmosphérique / occulte. Une fois le décor en place, l’encens brûlé, la messe peut avoir lieu. La formation, masquée, nous livre ici une performance en demi-teinte : celle livrée dans le cadre du Tyrant Fest était de meilleure facture. À revoir dans le cadre d’une nouvelle tournée des salles, car il est clair les circonstances (en plein jour, dans un four) n’ont pas été aidé à l’appréciation du concert. 

Plutôt que de nous laisser emporter par la musique de LeProus (à 14h20, à l’heure de la sieste, sur la Mainstage 2), nous décidons malheureusement d’assister au concert de Cadaver. Malheureusement, car elle a nous laissé de marbre, car assez linéaire dans l’ensemble. Elle nous a fait regretter de ne pas être allés voir Elder qui, d’après ce que l’on nous a dit, a fait un carton sous la Valley. Ça nous apprendra. 

Ce n’est plus un secret pour vous : on a adoré le dernier album de Seth, La Morsure du Christ. Aujourd’hui, l’enjeu est donc de promouvoir ce nouveau répertoire, tout en revenant sur les classiques de Les Blessures de l’Âme (souvenez-vous, déjà programmée pour l’édition 2020, la formation aurait dû l’interpréter dans son intégralité). Cet après-midi, on a eu droit à un mix des deux, ce qui n’est pas pour déplaire. Il fait chaud, c’est l’Enfer sur scène, comme dans la fosse. Les candélabres brûlent, et les corpse-paint ne tiennent plus. Et pourtant, malgré ces fâcheux détails, tout était là : l’intensité du Black Metal et un groupe qui va au bout de sa démarche : tout simplement excellent. Seth est grand. 

Après cette claque Black Metal, place à la claque Death Metal avec Gatecreeper que nous avions vu la même semaine au Théâtre du Poche de Béthune. Ici, nul besoin de faire dans la redite : nous nous contenterons de quelques commentaires tout de même. Cette nouvelle prestation témoigne une nouvelle fois de l’énorme potentiel des Américains qui ont été biberonnés par les meilleurs : Celtic Frost, Entombed et bien sûr… Obituary, sans oublier Power Trip. On ne peut qu’adhérer.  

Après le show routinier de The Great Old Ones qui se sert de son Black Metal Atmosphérique pour rendre hommage à l’œuvre d’H.P. Lovecraft, nous continuons notre périple sous les tentes et nous nous retrouvons devant Necrophobic. Trop kitsch et très peu convaincante, la prestation nous pousse à rejoindre les abords de la Mainstage 2 où se produisent Opeth et Mikael Åkerfeld, qui nous avoue souffrir sur scène. Peut-être que le choix des morceaux a divisé (le public n’a eu droit qu’à un seul morceau de l’excellentissime In Cauda Venenum), mais cette nouvelle prestation – soignée et exigeante – a eu le mérite de souligner le caractère intemporel du Death Metal progressif d’Opeth.

Nous quittons la Mainstage 2 avant la fin du concert d’Opeth (il fait VRAIMENT chaud) afin de reprendre notre souffle sous la Temple et d’assister au concert de Rotting Christ. Si les fans n’ont rien eu de nouveau à se mettre sous la dent depuis The Heretics (2019), ils accueillent toujours Sakis Tolis (chant/guitare) de la meilleure des manières, avec engouement ! Il faut dire les Grecs, toujours dynamiques sur scène, savent comment faire plaisir à leurs fans, en leur offrant des classiques… Et ils n’en manquent pas : « Fire, God and Fear », « Dies Irae », « Grandis Spiritus Diavolos » !

De l’autre côté, sur la Mainstage 2, c’est Mastodon qui se prépare, et la formation américaine est très attendue. Après le carton de son dernier opus, Hushed and Grim, il était temps de confirmer l’ensemble sur scène, au Hellfest, en plein cagnard. La formation, accompagnée depuis peu par un clavier sur scène, livre une performance agréable qui fait la part belle au meilleur du groupe : les albums Blood Mountain et Leviathan sont aussi représentés, même si l’accent est mis sur le dernier opus. On gardera d’ailleurs un superbe souvenir de la prestation de « Gobblers of Dregs » dont une partie du chant est assurée par le batteur de la formation, Brann Dailor. La Classe, avec un grand C, et un membre dans la foule, un !

Après la performance bien immersive assurée par Primordial, nous rejoignons Baroness qui a bien envie de faire oublier sa fâcheuse aventure de 2018. Souvenez-vous, la formation américaine avait dû se contenter d’un set acoustique, suite au départ « express » de son batteur parti régler des problèmes familiaux. Aujourd’hui, pas de problèmes et surtout une formation au top de sa forme qui nous livre un beau condensé de sa carrière : un peu de Blue Record, un peu de Red Album, un peu de Yellow & Green, un peu de Cold & Grey et surtout, « Shock Me » de l’album de Purple. Rares sont les formations qui nous poussent à manquer une grosse partie d’un concert de Death Metal (At The Gates est alors en train de se produire sous la Altar), et pourtant, Baroness l’a fait ! Chapeau bas ! 

Le soleil s’est couché, et Abbath se produit sous la Temple. Particulièrement sceptique à l’idée de retrouver l’ex-frontman d’Immortal (on ne reviendra pas sur ses frasques et ses performances ratées du MetalDays, Motocultor et des 20 ans de Garmonbozia), la rédaction a décidé de lui donner une nouvelle chance. Il faut dire que son nouvel opus est plutôt pas mal ! Et contre toute attente, le frontman est sobre, sérieux et particulièrement efficace sur scène. On avoue même prendre du plaisir à le voir reprendre quelques classiques d’Immortal (« One by One », « In My Kingdom Cold », « Withstand the Fall of Time ») et de I (« Warriors). Ça fait vraiment plaisir de le voir reprendre du poil de la bête. 

C’est à peine remis de nos émotions que nous enchaînons avec le concert d’Electric Wizard sous la Valley. Classiques, mais souvent très agréables, les performances de Jus Osborn nous permettent de nous rendre compte à quel point sa musique est essentielle. Naturellement, les classiques estampillés Doom Metal se sont enchaînés sans discontinuer (« The Chosen Few », « Black Mass » sans oublier « Funeralopolis ») laissant alors les adeptes dans un état de semi-méditation.

Et pour finir, un petit Mayhem, un poil décevant, il nous faut l’avouer : la setlist est vraiment très classe (elle est découpée en trois actes, selon les époques représentées… « Daemon », « De Mysteriis Dom Sathanas », « Deathcrush »…), mais le son nous a clairement fait regretter de ne pas être allés voir Suicidal Tendencies (qui, d’après notre photographe, a livré un concert d’anthologie sur la Warzone).

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Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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