Le Black Metal est une ramification singulière du Metal. Toujours sous le joug du démon, cette musique flirte avec grandiloquence et discrétion, misanthropie et secte, tradition et modernité, forêts glaciales et grand feu. Le mystère autour de celui-ci est tel qu’un de ses adeptes a voulu percer la volonté de cette musique par le prisme d’un événement hexagonal, Les Feux de Beltane. Dans son film, Nous Sommes Les Nouvelles Chimères, Mathias Averty donne la parole aux différents acteurs et spectateurs de cette scène et nous invite à comprendre la philosophie de ce moment. Revenons sur cet objet cinématographique, véritable prisme d’un événement et d’une musique hors du commun, que vous pourrez revoir ce week-end dans le cadre du Tyrant Fest au KINO.   

Propos de Mathias Averty recueillis par Thomas Deffrasnes


Le film s’ouvre sur un rituel. C’est une approche scénarisée qui implique des connaissances en sorcellerie… Comment t’y es-tu pris pour écrire et réaliser cette scène ? 

Je viens de la fiction et non pas du documentaire, alors j’étais frustré de ne pas pouvoir développer une scène par un processus créatif. Je voulais raconter comment une personne pouvait s’abandonner au Black Metal et ainsi inviter les gens à mieux comprendre l’aspect cathartique et lumineux de cette musique sombre. Car bien qu’effrayante au premier abord, cette musique finit par te faire grandir et faire atteindre un autre niveau spirituel. Donc finalement c’est ça que j’ai voulu raconter Je me suis approché de Quentin Foureau, le compteur qui fait pas mal parler de lui dernièrement (qui fait partie du projet La Faim du Monde, avec T.C. de Regarde Les Hommes Tomber, NDLR), et sa connaissance des rites a permis de créer cet acte, avec le feu comme élément principal. Ce qui n’est pas un hasard, car c’est ce même feu qui est le symbole de Beltane. Luper Kahlia, qui joue la sorcière, et Henry Lemaigre (Madmax) nous ont accompagnés dans une ferme qui se situe entre le Finistère et le Morbihan C’était un moment très intense ! Deux nuits de tournage compliquées, car il pleuvait, souci de costume…  Mais le résultat est là, avec le ton et la dimension attendus. 

Le deuxième acte nous amène loin de là, dans un décor urbain qui embrasse les témoignages. 
Le film a été construit autour des témoignages ! La matière initiale, c’est vraiment leur discours. Puis, j’ai eu envie de mettre en relief les propos, à travers les bâtiments bétonnés, mais aussi avec les personnes. J’ai presque mis en scène les activités de chacun, vu ce qu’ils avaient exprimé : faire ses courses, rouler dans la nuit. C’est là qu’on a développé ce côté atmosphérique, en influençant le réel. Raconter le vrai, avec une romance. 

L’arrivée à Beltane est sublimée par un morceau de Pénitence Onirique. Ce nom est très symbolique à mes yeux. La pénitence c’est le regret d’avoir offensé les dieux, et l’onirisme est une invitation au rêve. Est-ce que Beltane se trouve au croisement de ces deux notions ? 

Oui, tout à fait ! Cet événement m’a fait remettre le sacré au centre de ma vie. J’ai toujours eu une quête de mystique et d’ésotérisme. Le concert de Sektarism y a fortement contribué par exemple. On est aussi porté par une utopie. On peut travailler moins, avec plus de bienveillance, … Et on se demande pourquoi ? Ne pas vivre plus libre et plus épanoui.  Ainsi, remettre le sacré au centre ce n’est pas vivre plus longtemps ou avec des pouvoirs magiques mais vivre des choses plus belles et prendre conscience de leur valeur, des uns et des autres. 

« Je voulais raconter comment une personne pouvait s’abandonner au Black Metal et ainsi inviter les gens à mieux comprendre l’aspect cathartique et lumineux de cette musique sombre. »

Nous sommes les nouvelles chimères, une référence à Till d’Hyrgal. Dis moi tout. 

Le moment où est hurlé « Nous Sommes Les Nouvelles Chimères », ça me donne des frissons, car il y a une sorte de manifeste dans cette phrase. Puis, ça rappelle aussi le propos du film. La chimère est une sorte de créature hybride, composée de plusieurs animaux. Celle-ci fait peur autant qu’elle conseille ; en un mot elle fascine, à l’image du Black Metal qui nous attire malgré la crainte qu’il suscite. C’est aussi une musique qui se réinvente en permanence, et ainsi elle invite à l’onirisme. 

Mais c’est aussi là que l’on s’étonne. Beltane prouve qu’une musique qui est supposée mettre à distance les hommes, peut aussi les faire communier. Tu considères que le Black Metal à une dimension universaliste ? 

Tout à fait ! Que ce soit la magie, les rites obscurs, défier les dieux sont des choses qui peuvent parler à presque tout le monde, du moins ceux qui ont encore une âme. C’est sans doute la partie la plus universelle du Black Metal. Puis, il y a l’autre versant qui évoque plus la tristesse, d’autres qui se réunissent dans la haine… Moi ce qui me parle le plus c’est l’approche ésotérique et sacrée ; l’idée de se réunir devant quelque chose de terrifiant et d’ancestral. Je n’écoute plus forcément du black épique le poing levé. Aujourd’hui c’est presque pour méditer et m’évader très loin que le black metal m’accompagne.

Malgré tout, ce n’est pas une musique que l’on peut aisément embrasser. J’ai le sentiment – après avoir vu ton film et les témoignages – que le Black Metal arrive dans nos vies lorsqu’on est à un point de rupture. 

Au même titre que la magie ou l’ésotérisme ont la volonté de soigner quelque chose, le Black Metal a sans doute lui aussi ces vertus curatives. Sortir de soi pour atteindre un état de transe et de méditation pour prendre du recul sur sa vie. C’est pourquoi nombre d’auditeurs sont des personnes dépressives, avec des problèmes d’intégration sociale et d’autres être écorchés. Cette musique est là pour ramasser les gens et leur offrir de nouvelles perspectives. Le film met en relief cette idée que les « Blackeux » ont tous vécu à un moment ce fameux point de rupture que tu évoques. Puis, Beltane est aussi un lieu de rupture en soi : revenir à une autre approche de la vie, de la communauté, de la nature… La rupture sociale est évidente, et même loin de Beltane elle existe. Tout à l’heure, j’écoutais du Inquisition dans mon casque tout en marchant dans la rue. La musique s’empare de toi à un point tel, que tu ne peux plus appréhender la rue comme n’importe quel autre passant. En tout cas, on n’arrive pas au Black Metal par hasard. 

Il y a une scène « post-générique » qui contraste avec le reste du film. Elle n’est pas sans rappeler les vieux clips d’Immortal à l’approche un peu loufoque. On a ri ! 

C’est ça qui m’a étonné ! Le jeu d’Henry est sans doute un peu comique et ça prête à rire. Ce n’était pas ma première intention. Mais en réalité, une nouvelle lecture du film émerge avec cette scène… Et on se rend compte que ce n’est pas dangereux, ce n’est que de la frime. C’est presque comme se réveiller d’un mauvais rêve. Ce film est une prise de conscience aussi, qui peut s’avérer lourde, et finir avec cette légèreté nous invite aussi à prendre de la distance avec ce qu’on vient de voir.

Les acteurs de la scène Black Metal française sont présents dans ce film. Je pense notamment à Came Roy de Rat qui a réalisé l’affiche du film. 

J’étais fatigué des gravures, ou des artworks noir et rouge qu’on ne cesse de nous présenter. J’ai donc discuté avec Came Roy de Rat, le graphiste des Acteurs de l’Ombre Productions, et je lui ai donné bien des idées ; les vieilles affiches de films de Giallo, un peu « vintage »… Et il est venu avec cette composition en aquarelle, très diluée et éclatante, qui n’est pas sans rappeler l’élément central du film, à savoir le feu.

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Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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