Le nouvel opus de Nostromo, Bucéphale, est disponible depuis le 28 octobre dernier et témoignage de la bonne forme d’une formation qui a su se mettre au goût du jour en proposant une musique à la fois hargneuse, mais aussi lourde et sombre. Quelques jours après sa sortie, nous avons recueilli les propos de Lad Agabekov, nous permettant alors d’un savoir un peu à son sujet.

Propos de Lad Agabekov (basse) recueillis par Axl Meu


Enfin ! Ça faisait un moment qu’on attendait le nouvel album de Nostromo. Que s’est-il passé pendant tout ce temps ? Je me souviens, vous aviez sorti en EP en 2019, mais les fans en attendaient plus de votre part.

Écoute, honnêtement, lors de la reformation du groupe avec Maik Gudehus à la batterie, on était parti dans l’optique de faire un nouvel opus, puis des événements et contretemps se sont succédé. On a enregistré un « deux-titres » et un EP, mais nous n’avions jamais réussi à faire un album, car nous sommes partis en tournée. Une fois la tournée terminée, il était enfin temps pour nous de nous mettre au travail. Néanmoins, la sortie de Bucephale a été retardée à cause du COVID. L’album était déjà prêt depuis un moment déjà, mais nous ne voulions pas le sortir sans être assurés de le défendre sur scène. Nous avons attendu, et puis voilà. Maintenant, on va défendre ce disque. 

Bucephale est sorti le 28 octobre dernier. J’aimerais revenir sur son esthétique globale. On est dans une sorte de Post-Hardcore très sombre, très lourd… C’était difficile de faire cet opus ? 

Oui. C’était dur car nous avons mis la barre très haut d’un point de vue technique et de la production. On a travaillé avec Raphaël Bovey qui est aussi notre ingénieur-son « live ». Il a une vision très claire de l’esthétique de Nostromo. Il sait littéralement comment Nostromo doit sonner. Et il nous a vraiment poussés dans nos retranchements. Ce n’était pas facile d’enregistrer ce disque, car techniquement, nous avons placé la barre très haut. On a souffert, mais on est très contents du résultat. Maintenant, il nous faut savoir le reproduire sur scène (rires). C’est ça le plus dur ! 

De l’écoute de l’opus, j’ai retenu le titre « κατάϐασις » (Catabase) marqué par l’apparition de Dehn Sora. Ce morceau évoque, j’imagine, une sorte de descente aux enfers.

Complètement. Disons que ce titre évoque une descente aux enfers sur le plan émotionnel. C’est moi qui ai donné l’impulsion des textes pour ce titre. Je traversais une période difficile suite à une séparation amoureuse, et cet épisode m’a vraiment marqué. Ça ne nous était jamais arrivé de parler d’histoire de cœur dans Nostromo, mais cette idée est partie de là, et nous avons fait ce texte. 

Le morceau en lui-même avait déjà été initié lors d’un projet commun que l’on a monté avec Dehn Sora. Il nous avait envoyé des « samples » et des boucles qu’il avait enregistrées avec ses voix et ses percussions et avions agencé l’ensemble. Nous nous sommes produits au Trianon (Paris) dans le cadre de la Major Arcana à Paris et nous avons joué ce morceau pour la première fois. Pour ceux qui n’y étaient pas, je peux vous dire que Dehn Sora nous rejoindra sur scène le vendredi 9 décembre prochain à l’Usine A Gaz à Nyon dans le cadre de la release-party de l’album.

« Nous sommes dans une espèce de tournant dans Nostromo. Nous avons toujours été dans la recherche et dans l’expérimentation, ce qui s’est cette fois-ci matérialisé sur le morceau « Asato »« 

Bucephale est un opus relativement sombre. Vous inspirez-vous de la nouvelle scène Black Metal pour composer ? Dans le cadre du Major Arcana, Regarde Les Hommes Tomber et Hangman’s Chair avait proposé un concert commun. La nouvelle scène extrême a-t-elle eu un impact sur le son de Nostromo ? 

Je pense. Nostromo a quand même pris une direction un peu plus brutale par rapport à ses anciens disques, que par rapport au son. Sans être ni un groupe de Death, ni un groupe de Black, Nostromo s’inspire de tous ces styles, tout en gardant une certaine singularité.

Les compositions de Bucephale sont taillées pour la scène, mais ça ne les empêche pas d’être complexes. Comment appréhendez-vous cette complexité en studio, mais aussi sur scène ? 

Là, on a quand même quelques concerts dans les pattes. On se rend quand même compte de la difficulté. Le problème, c’est que l’on n’est ni Gojira, ni Mastodon. On ne peut pas se voir tous les jours. On a tous des vies à côté. Nostromo, ce n’est pas quelque chose de facile à jouer. On essaie de s’imposer une certaine rigueur et de bosser chez soi. Et quand on se voit, il nous faut gérer les parties, sinon c’est le chaos. C’est du sport. Si on ne maintient pas la machine, ça ne marche pas, c’est tout. 

Quelle est la symbolique de la pochette qui représente Bucéphale, le cheval d’Alexandre le Grand ? 

On s’adapte par rapport au thème que l’on choisit. On écrit des textes, des morceaux, puis on essaie d’agencer l’ensemble de sorte que tout soit cohérent. Il n’y a jamais de concept de base… Ici, l’album aborde différentes thématiques, différents sujets en lien avec la face sombre de l’Homme.

L’idée du Bucéphale est partie d’un texte d’Alain, le philosophe, que J’ai lu : « Propos sur le Bonheur ». Il avait pris l’exemple de ce cheval, plutôt mal perçu car indomptable, qui a fini par être apprivoisé par Alexandre le Grand, après qu’il a été dirigé vers le soleil. Finalement, Alexandre le Grand a montré qu’il pouvait être monté et dompté. La morale de cette histoire est assez intéressante, car elle nous invite à trouver la cause avant de tirer une quelconque conclusion, morale formulée par le fameux « Tirez l’épingle du jeu avant de conclure la partie ». Ça nous a plu. 

Et maintenant, quid des concerts ? Avez-vous commencé à démarcher des salles de concert ? 

Oui. C’est en cours. Nous avons la chance de travailler avec l’équipe de Vedettes. Du coup, il y a une petite tournée en cours de préparation. Je peux te dire que nous produirons dans le cadre de festivals cet été. Des dates, il y en aura. Nous allons bientôt partir en résidence et travailler avec un « lighteux » de sorte à proposer un show abouti et pro’. 

Que faut-il savoir d’autre sur Bucephale ?

Il y a ce morceau, « Asato ». J’aime bien la direction « doomesque » qu’il prend. Je trouve que ça fonctionne bien ! Nous sommes dans une espèce de tournant dans Nostromo. Nous avons toujours été dans la recherche et dans l’expérimentation, ce qui s’est matérialisé sur le morceau « Asato », sur lequel nous avons collaboré avec le groupe Monkey 3, des copains !


Nostromo, c’est :

Javier Varela : Chant

Jérôme Pellegrini : Guitare

Lad Agabekov : Basse

Maxime Hänsenberger : Batterie

Discographie :

Argue (1998)

Ecce Lex (2002)

Hysteron-Proteron (2004)

Uraeus (EP-2018)

Narrenschiff (EP-2019)

Bucéphale (2022)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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