La formation finlandaise de Death Metal mélodique, Insomnium, est de retour avec un nouvel album, Anno 1696, un concept-album sombre, autour de l’année 1696. En attendant sa sortie, nous avons contacté Niilo Sevänen (basse, chant) avec qui nous sommes revenus sur l’actualité du groupe et de l’industrie musicale.

Propos de Niilo Sevänen (basse, chant) recueillis par Axl Meu


L’année dernière, le groupe avait publié cet EP, Argent Moon, consistant en quatre morceaux, tous accompagnés d’un clip. Peux-tu me rappeler quel est le rôle de cet EP dans la discographie d’Insomnium ?

Quand le COVID est arrivé, nous avons été contraints d’annuler notre tournée américaine. Néanmoins, il n’était pas question pour nous de rester là les bras croisés. Nous avons préféré continuer à produire de la musique, raison pour laquelle nous avons travaillé sur cet EP. D’ailleurs, nous n’avions jamais sorti d’EP par la passé. Dans les années 90, beaucoup des groupes que nous écoutions avaient l’habitude de sortir des EP.

Tous les morceaux que nous avions pour cet EP étaient très calmes, plus atmosphériques, contrairement à ceux du reste de notre répertoire. D’ailleurs, ça avait chagriné certains de nos fans. Ils pensaient sans doute que nous étions devenus un groupe de ballades, mais ce n’est pas le cas. Nous voulions juste proposer une autre version de nous-mêmes.

En 2023, vous revenez avec un nouvel opus, Anno 1696. C’est un concept-album autour de l’année 1696. Dis m’en plus !

Oui, c’est ça. Tout comme Winter’s Gate, Anno 1696 est un concept-album. J’y ai écrit l’intégralité des paroles, des morceaux, etc… L’année 1696 a été une année particulièrement difficile ici en Scandinavie. Les températures étaient glaciales, ce qui a fait que les récoltes avaient été très mauvaises. Les gens mouraient littéralement de faim à l’époque. 30% de la population finlandaise a été décimée en deux ans de temps durant cette période. C’est sans doute la grosse famine qu’a connue la Finlande…

Au même moment, la chasse aux sorcières était toujours en marche. La Scandinavie était vraiment reculée par rapport au reste des pays européens. Alors que des pays comme la France et l’Allemagne évoluaient dans le bon sens dans le domaine des sciences à la fin du XVIIème siècle, les procès pour sorcellerie étaient encore à la mode… En bref, Anno 1696 évoque une période intéressante, mais tellement sombre, de l’Histoire de mon pays.

De quoi l’album parle-t-il ?

L’histoire se déroule en Finlande. Mais je ne veux pas te « spoiler ». Au départ, on évoque un petit village dont l’actualité est profondément marquée par des meurtres à répétition. Les villageois ont accusé une femme d’être une sorcière. Cela marque le début de l’histoire, et de l’album. L’histoire est particulièrement sombre, je dois dire.

L’album s’ouvre sur « 1696 », un titre puissant qui tranche clairement avec les douces mélodies de Argent Moon…

Oui. L’album s’ouvre sur une note très agressive. Cela va sans doute rassurer tous ceux qui pensaient que nous nous étions ramollis. Insomnium peut toujours composer des morceaux forts. Concernant « 1696 », je l’adore. D’ailleurs, dans l’album, on peut même y apercevoir des passages plus « Black Metal » dans l’âme.

D’ailleurs, Sakis Tolis de Rotting Christ fait une apparition sur l’opus, sur le morceau « White Christ ».

En fait, nous avions ce morceau et tout de suite, nous nous sommes aperçus qu’il  avait un côté « Rotting Christ » au niveau des phrases et au niveau du tempo. Ça ressemblait un peu à du Rotting Christ. On en était conscient. D’ailleurs, la démo du titre s’intitulait « Sakis ‘quelque chose’  » à un tel point que nous nous sommes demandés s’il était judicieux de faire appel à Sakis pour apparaître sur le morceau. On lui a demandé, il a accepté… Et « White Christ » est devenu l’un des meilleurs morceaux de l’opus !

« Si le simple fait de tourner devient trop cher, peut-être que plus personne, mis à part des groupes comme Metallica, ne pourra se permettre d’organiser la moindre tournée. »

Il y a une guest sur « Godforsaken », c’est qui ?

C’est Johanna Kurkela. Elle est extrêmement connue en Finlande, mais en Europe, on la connaît pour être la compagne de Tuomas Holopainen. Sa voix est vraiment belle… D’ailleurs, c’est la première fois qu’Insomnium intègre des vocalises de femme à l’un de ses morceaux. Clairement, on peut dire que son apport a été essentiel sur ce morceau.

La particularité d’Insomnium repose dans le mélange entre de belles mélodies et d’autres plus rudes. Comment procédez-vous pour composer une musique aussi harmonieuse et dynamique ?

C’est une bonne question. Il n’y a pas de formules magiques. En tout cas, si ça l’était, je serais incapable de dire comment ça fonctionne. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’à chaque fois, nous faisons de notre mieux pour donner le meilleur de nous-mêmes. La musique que nous créons vient vraiment du plus profond de nous-mêmes. Notre but premier n’est pas forcément de plaire à nos fans, à notre label, ni même aux journalistes. Nous voulons tout simplement nous satisfaire nous-mêmes. Nous sommes quatre à composer dans le groupe, donc, autant dire que la compétition est rude. On ne garde que les meilleures idées pour l’album. Le processus de composition est long, car seules les bonnes idées sont retenues à la fin.

Quand savez-vous quand un morceau est réellement fini ?  

Lorsque plus personne n’a rien à ajouter, quand plus personne n’émet de remarques particulières. Par moments, l’élaboration d’un morceau peut aller vite, parfois, il se peut que ça prenne plus de temps que prévu. Je pense notamment au morceau « Lilian » que nous avions déjà composé à l’époque d’Argent Moon. Nous avions préféré attendre, le peaufiner pour ainsi en être pleinement satisfaits !

Dernièrement, Insomnium s’est produit dans le cadre de l’Alcatraz Festival en Belgique. C’était vraiment chouette de vous revoir après tout ce temps. Pensez-vous repartir sur la route un de ces quatre ?

Nous sommes actuellement en train de planifier une tournée. Il me semble que nous allons nous produire dans le cadre du Motocultor Festival en août prochain. Ensuite, nous prévoyons de tourner en Europe à partir de l’automne prochain.

Aujourd’hui, tout a augmenté. Il est bien plus difficile d’évoluer dans le secteur de la musique de nos jours : louer un bus n’est plus à la portée de tous aujourd’hui. Comment Insomnium vit-elle cette situation ?

Oui. Ça devient de plus en plus compliqué. Le marché du disque s’effondre, et comme tu dis, le simple fait de partir en tournée est un luxe. Il est devenu plus difficile de louer, ne serait-ce qu’un simple bus, pour tourner. En tout cas, pour le moment, nous tenons, et nous verrons comme la situation évolue au fil des années. Si le simple fait de tourner devient trop cher, peut-être que plus aucun groupe, mis à part des groupes comme Metallica, ne pourra se permettre d’organiser la moindre tournée. Espérons que cela ne se produise jamais.


Insomnium, c’est :

Niilo Sevänen : Basse, Vocals

Markus Hirvonen : Batterie

Ville Friman : Guitare

Markus Vanhala : Guitare

Jani Liimatainen : Guitars, Vocals

Discographie :

In the Halls of Awaiting (2002)

Since the Day It All Came Down (2004)

Above the Weeping World (2006)

Across the Dark (2009)

One for Sorrow (2011)

Shadows of the Dying Sun (2014)

Winter’s Gate (2016)

Heart like a Grave (2019)

Argent Moon (2021)

Anno 1696 (2023)

A propos de l'auteur

Rédacteur en chef d'Heretik Magazine

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