AMENRA + EXIL (Aéronef - Lille)
Difficile de renouveler son propos lorsqu’il s’agit de parler d’Amenra, l’une des références majeures de la scène post-hardcore européenne. Et autant dire que les liens qu’entretiennent le groupe et le public nordiste n’ont jamais semblé aussi forts qu’en cette année 2026. Deux ans après une prestation remarquée au Tyrant Fest, les Belges affichent une nouvelle fois complet pour leur retour dans le Nord. Comme beaucoup d'entre vous, nous étions à l'Aéronef (Lille) mardi dernier. Et comme beaucoup d'entre vous, il nous a aussi fallu un peu de temps pour redescendre.
Par Axl Meu / Photos : Meli Vas
Pour cette nouvelle étape nordiste, Amenra s’est entouré d’Exil, formation locale assez proche d'Exil. Le groupe peut notamment se targuer d’avoir invité la bassiste d’Amenra, Amy Tung Barrysmith, sur son premier album, Karga. Une collaboration qui aura sans doute facilité cette rencontre sur scène.
Exil profite ainsi de l’occasion pour présenter une tout nouveau line-up, toujours mené par Arsen au chant et à la guitare. Et malgré quelques imperfections sonores, le set se révèle particulièrement solide et prometteur. En effet, le groupe cultive toujours ce black metal mélodique et mélancolique, profondément imprégné par la culture kazakhe dont est issu son leader, mêlé à une sensibilité plus française pour un résultat qui sort des sentiers battus. Une première partie singulière, portée par une formation qui fait déjà preuve d’une étonnante maturité.

Aujourd’hui, Amenra n’est plus simplement une formation de post-hardcore. Il est devenu avec le temps le porte-étendard d’un mal-être existentiel dans lequel une large partie du public alternatif se reconnaît. Et, porte-parole de cette jeunesse désabusée, Colin H. Van Eeckhout reste fidèle à cette posture qui caractérise le groupe : proche de son public tout en maintenant une certaine distance, notamment lorsqu’il lui tourne régulièrement le dos. Une attitude qui renforce encore cette impression d’introspection et de malaise.

Pourtant, la performance se révèle au contraire d’une belle intensité : le groupe alterne toujours longues plages atmosphériques et idées beaucoup plus lourdes et pesantes. Car c’est peut-être ça Amenra avant tout : un groupe qui pèse, mais qui nous attire dans son malêtre et dont on peut se débarrasser. Une identité sonore qui nous rappelle la fragilité et le caractère faillible de notre existence, mais dont on accepte volontiers les longues pénitences, avec comme points d'orgue les ultimes classiques « Solitary Reign » ou « Plus Près de Toi (Closer to You) ». Et pour nous, il ne nous reste plus qu'à contempler, même à fermer les yeux tandis que les mouvements les plus lourds succèdent aux passages contemplatifs.
Et finalement, c’est peut-être là toute la force d’un concert d’Amenra. On y entre avec son lot d’angoisses et de poids à porter, de tension… avant d’en ressortir paradoxalement plus léger. Comme si, pendant quelques instants, les lamentations d’Amenra avaient réussi à nous soulager... Car, n'oublions pas, "peu a peu ces fleurs tomberont il ne restera que les épines."




