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DIMMU BORGIR + BEHEMOTH + DARK FUNERAL (Le Zenith - Paris)

il y a 11 minutes
4 min de lecture

Le vendredi 16 octobre, une grande messe noire a fait trembler le cœur du parc de la Villette. Une unholy trinity de mastodontes du black metal, composée de Dark Funeral, Behemoth et Dimmu Borgir. Impensable il y a trente ans, cette affiche rassemble aujourd’hui des milliers de fidèles pour une cérémonie occulte qui fera date. Avant même le début de l’office, les vestes en cuir et les parures noires abondent le long de l’allée menant aux portes du Zénith. Ce soir, le rituel se déroule en trois temps, trois déflagrations destinées à satisfaire la faim de nos irréductibles blackeux.

Par Lucie Allet

19 heures. Une brume sonore envahit la salle tandis que l’immense backdrop de Dark Funeral donne le ton : l’assaut est imminent. En l’espace d’une demi-heure, le groupe suédois revient sur quelques classiques qui ont fondé sa légende. L’ouverture sur « Unchain My Soul » est magistrale, bientôt suivie de « The Secrets of the Black Arts » et de « The Arrival of Satan’s Empire ». Que des classiques ! Devant un Zénith qui n’a pas encore fait le plein, les Suédois nous dévoilent les arcanes de leur art noir. Mais le set se termine déjà avec « Where Shadows Forever Reign ». On en demanderait davantage, mais c’est sans compter sur la suite de cette soirée.



Pour cette date de la tournée en co-tête d’affiche, c’est Behemoth qui occupe la place centrale. Un immense drap blanc se dresse devant une salle désormais bien remplie. Des projections dignes du cinéma expressionniste allemand apparaissent tandis que retentissent les premières notes de « Daimonos ». L’osmose est immédiate.

Nergal affiche sa volonté de rendre cette date parisienne encore plus mémorable que le passage du groupe à l’Olympia en 2025 ou son inauguration historique de la Philharmonie de Paris en 2024. Et, en effet, les Polonais sont arrivés plus affûtés que jamais, avec un show spectaculaire, millimétré et sans temps mort.

Cette tournée est aussi l’occasion pour Behemoth de mettre en valeur la puissance de ses morceaux les plus récents sur scène. C’est notamment le cas de « The Shit ov God », durant lequel Nergal, dans une posture christique, est galvanisé par le « Eat my flesh, drink my blood, I am the shit of God » scandé par toute la salle. Même constat avec « I, Scvlptor », dont la mise en scène semble tout droit sortie de l’univers de H. R. Giger. Au centre de la scène, Nergal brandit deux pistolets lance-flammes. Pourtant, les flammes ont bien failli prendre le dessus : l’un des dispositifs se met à fumer de façon anormale. Nergal semble quelque peu inquiet, mais reste dans son personnage. Un sang-froid à toute épreuve !

Évidemment, un concert de Behemoth ne serait rien sans ses classiques. « Blow Your Trumpets Gabriel » résonne à travers les voix de chaque personne présente, tandis qu’« Ov Fire and the Void » déploie son riff à s’en briser les cervicales. Le set prend ensuite une tournure plus solennelle, presque rituelle, avec la splendide « Bartzabel ». Coiffé de sa parure de prêtre obscur, Nergal entonne cette mélodie aux accents de chant orthodoxe, avant de nous asperger de faux sang quelques instants plus tard sur « Chant for Eschaton 2000 ».

Une fois encore, le set passe en un clin d’œil. Le temps est déjà venu de sonner les dernières cloches, et les Polonais quittent la scène après cette ultime déflagration. Une prestation à la hauteur de leur réputation, qui laisse le public prêt à accueillir le dernier officiant de la soirée.



Le banquet n’est pas terminé ! Il nous reste un dernier plat de résistance. Cette fois, nous avons rendez-vous avec un grand mage norvégien : Dimmu Borgir.

Dans une scénographie digne du Pandæmonium, Shagrath ouvre le bal avec « Ulvgjeld & Blodsodel », extrait du dernier album, Grand Serpent Rising. Avec son introduction longue et son atmosphère pesante, le morceau ne fait pas immédiatement exploser la salle. Mais « Mourning Palace » ravive instantanément la flamme des fans grâce à ses nappes symphoniques envoûtantes.

Ce soir, Dimmu Borgir livre un show d’une grande ampleur : des flammes, de la fumée à foison et des jeux de lumière massifs, le tout au service de compositions qui ont profondément marqué l’histoire du black metal. « Council of Wolves and Snakes » figure parmi ces morceaux sombres et envoûtants dont les échos spectraux semblent nous jeter un sort. Même constat avec « Puritania », plus industriel, qui pulvérise la foule du Zénith.

On sent toutefois que les nouveaux morceaux ne suscitent pas tout à fait la même ferveur que les classiques. Malgré le refrain symphonique d’« As Seen in the Unseen » ou l’efficacité d’« Ascent », les titres sont accueillis avec enthousiasme. Mais c’est lorsque retentissent les premières notes des morceaux emblématiques que le Zénith s’embrase véritablement.

Avant de refermer cette soirée historique pour le black metal, il ne reste plus qu’une poignée de morceaux à livrer. La théâtrale « Gateways » plonge l’audience dans des contrées magiques et mystiques, avant que le nom de cette tournée ne prenne tout son sens. « In League with Satan », titre légendaire de Venom, est repris par Dimmu Borgir avec la participation de Nergal. Une rencontre entre les deux têtes d’affiche pour un hommage tout particulier à Cronos, disparu quelques jours auparavant. Si cette reprise ne sera peut-être pas à la hauteur des attentes de certains, l’hommage n’en demeure pas moins poignant. Et entendre l’iconique « Look out, beware / When the full moon's high n' bright » en fait frissonner plus d’un.

Mais il est temps de refermer les portes du royaume des ténèbres avec un ultime morceau : « Progenies of the Great Apocalypse ». Un final digne d’un grand méchant de cinéma, plus sombre et rampant que jamais, accompagné par les centaines de cornes qui s’élèvent dans la foule. La communion est totale.



Black metal is not dead, loin de là. Ce soir, les fans de la première heure sont retombés amoureux de leurs premières amours, tandis que les plus jeunes ont pris de plein fouet la grandeur de trois légendes de la scène. Au Zénith, nous étions tous unis, tous en ligue avec Satan.



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