ENTERRÉ VIVANT - Kurogoku
ENTERRÉ VIVANT
KUROGOKU
Black Metal
Transcendance
Il y a des nouvelles qui font chaud dans nos petits cœurs de métalleux. Après sa tournée française du début d’année, passée notamment par le Carré des Halles à Lille en partenariat avec Heretik Magazine, le plus japonais des youtubeurs français aux 10 000 abonnés, Sakrifiss de Transylvanie, refait parler de lui. Accompagné de son compère Erroïak, il revient avec le quatrième album d’Enterré Vivant, intitulé Kurogoku, à paraître le 2 octobre chez Transcendance (Drache, Sphère, Vertige…).
Toujours profondément ancré dans les traditions nippones, cet album, dont le titre signifie « Enfer Noir », explore le bouddhisme japonais. L’existence y est divisée en six royaumes de réincarnation, bien loin de nos conceptions occidentales façonnées par la psychomachie, c’est-à-dire l’affrontement entre le Bien et le Mal, l’Enfer et le Paradis.
Du royaume des Spectres Affamés à celui des Asuras, des êtres issus d’une classe de divinités, ces six mondes prennent forme à travers six titres d’une belle longueur. Oscillant entre français et japonais, le chant torturé de Sakrifiss et la voix plus claire d’Erroïak s’enrobent des longues compositions de ce dernier. Le temps de deux titres, les comparses sont rejoints par Uguisu, « une entité mystère, une femme qui désire rester dans l’ombre ».
Chaque étape de cette traversée possède sa propre atmosphère, faisant de Kurogoku un véritable voyage spirituel, dense et sensoriel. L’album demande du temps et de l’attention, mais se révèle progressivement au fil des écoutes, comme une œuvre dont les différentes strates viennent peu à peu se dévoiler.
L’objet bénéficie par ailleurs du travail de mixage et de mastering de Dehà, l’homme aux 100 000 projets, ainsi que de visuels particulièrement soignés. Deux pochettes distinctes ont été réalisées, l’une pour le vinyle, l’autre pour le CD, à partir de photographies colorisées à la main datant de l’ère Meiji (1868-1912), correspondant au règne de l’empereur Mitsuhito, période durant laquelle le Japon passe d’une société féodale à une puissance moderne et industrialisée. On retrouve ici toute la patte d’un Sakrifiss jamais avare en anecdotes historiques et culturelles sur son pays d’adoption.
Entre la richesse du thème, la finesse des partitions, la profondeur des atmosphères et la puissance vocale, Kurogoku s’impose comme une œuvre aussi ambitieuse que singulière. Enterré Vivant nous livre ici un album magistral, à découvrir avec attention et, en toute sincérité, à mettre sur toutes les platines.
Flavien Minne



