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HUNTER RAVNIKA

il y a 5 heures
6 min de lecture

Après une première vie dans le monde judiciaire, Hunter Ravnika, aka « Tonton Hunter », a décidé de vivre de ses passions, celles des guitares, du Metal et des États-Unis. Mais s’il y a bien un rêve que Hunter souhaitait réaliser par-dessus tout, c’est celui d’écrire son premier roman. Et c’est chose faite avec Au Bord du Silence, un thriller passionnant situé dans les recoins de San Francisco, dont son auteur nous a longuement parlé lors d’un entretien riche de sens.

Par Fred VDP / Photo : Hunter Ravnika

 Peux-tu d’abord te présenter et nous expliquer ton parcours ?

J’ai travaillé pendant dix ans dans le monde de la justice puisque j’étais greffier à la fois correctionnel, d’instruction et juge de liberté de la détention. Donc, tout ce qui touche au pénal me parle forcément. Je suis un grand fan de Maxime Chattam, mais surtout de Anne Rice. J’aime la façon dont elle arrive à retrouver nos voix à travers ses yeux. Pour moi, c'est vraiment indispensable. J'aime vraiment l'immersion qu’elle parvient à créer pour chaque récit, c’est un véritable univers cinématographique, et ça compte beaucoup dans mon écriture personnelle. A côté de ça, je suis un passionné de voyages, et particulièrement des États-Unis, et de Metal ! En fait, c'est un peu tous mes mondes et toutes mes personnalités qui sont entrés en collision. C'est un peu schizophrénique de dire ça (rires). Quand je suis parti de la justice, je l'ai fait en partie pour pouvoir réaliser mes rêves et réaliser ce qui me tenait vraiment à cœur. Et le projet du livre, c'était vraiment une grosse part de ça. Je me disais toujours que ce n'était pas le bon moment. Le fait d’écrire dans les magazines (Devolution Magazine en Angleterre ; Lords of Chaos, Webzine), faire des chroniques et des reports, m’ont beaucoup aidé. Et puis les planètes se sont alignées et j'ai décidé qu'il valait mieux partir à San Francisco pour être le plus authentique possible.

 

Justement, quel est le contexte de Au Bord du Silence ?

Je voulais une immersion à San Francisco parce que je souhaitais faire de cette ville un personnage à part entière du récit. Je suis un gros fan du Batman des années 90, notamment la série animée, mais aussi de la série The Penguin qui est sortie sur HBO, avec Colin Farrell. J'adore cette vision de Gotham, donc j’ai voulu faire de San Francisco un petit Gotham sans trop l'accentuer. Et puis il y a le Metal. Tom, mon personnage principal, en écoute. Je ne voyais pas comment faire autrement puisque de toute façon, c'est ancré en moi, dans tous les sens du terme. Pendant la phase d'écriture et de montage de l'intrigue, j’ai énormément écouté les albums de The Ocean et ça a eu une influence dans ce que j'ai pu faire. Pourtant la place du Metal est suggérée plutôt que fortement présente. Le plus difficile a justement été de ne pas trop en mettre. Parce que je me suis dit que tout le monde allait s'attendre à ce que mon personnage principal joue de la guitare. Et bien non, je ne suis pas tombé dans ces travers-là. C’était trop facile (rires). En revanche la musique arrive dans le roman en cohérence avec ce que Tom ressent. Quand il est en colère, il écoute du Slayer par exemple. Il a une personnalité qui fonctionne bien avec la ville, qui est assez ancrée dans le Metal Indus. Et il y a plein de références plus ou moins cachées : on y trouve Nine Inch Nails, Def Leppard ; les noms de famille font allusion à des titres de chansons, le nom du dossier, Blackwater Park, fait évidemment référence à Opeth. Bref, ça ne parlera pas à tout le monde, mais lorsqu’un lecteur aura la référence, la petite lumière clignotera. 

 

Qui est donc Tom, ton personnage principal ?

Je suis resté un petit peu nébuleux sur sa description physique, de manière volontaire. C'est parce que je n'aime pas qu'on prenne le lecteur par la main et qu’on bride son imagination. Tom est un très bon enquêteur de la section crim’ de San Francisco, mais qui a aussi merdé parce qu'il est difficile à canaliser. Il a parfois tendance à se la jouer solo pour un travail qui est sensé se faire en équipe. C’est ce qu’il a fait sur une mission, ça a foiré. C’est pour cette raison qu’il est un peu taciturne, un peu bercé de désillusions ; il n'est pas au fond du trou, mais il n'en est pas loin. L'enjeu psychologique du personnage principal était au moins aussi important que l'enquête en elle-même, voire même plus. C'est ce côté philosophique et psychologique que je voulais instaurer.

 

Quel est ce club mystérieux dans lequel Tom va se réfugier lorsqu’il va mal ?

Si vous avez la chance de pouvoir aller à San Francisco, il y a plus de 90% des aventures que vous pourrez vivre en personne, puisque j'ai voulu que ce soit vraiment visuel et authentique. Et ce fameux club alternatif existe. Quasiment tous les lundis, ils organisent une soirée Goth, New Wave, etc. Et c'est là où Tom se rend. On ne va pas tout spoiler, mais c'est une soirée un peu destroy où il a besoin de se changer les idées et d'évacuer une espèce de « roller coaster » d'émotions. Le club est plein de personnes comme lui. Il les appelle ses « frères de la nuit ». Il a besoin de les retrouver et de se ressourcer dans cette culture alternative qu'il avait un peu mise de côté. Et il se rend compte que rien n'a changé et qu’il n'y a que ça qui lui fait du bien. Comme lorsque nous allons dans un concert ou un bar Metal pour décompresser.



Et puis il y a le Metal. Tom, mon personnage principal, en écoute. Je ne voyais pas comment faire autrement puisque de toute façon, c'est ancré en moi, dans tous les sens du terme. Pendant la phase d'écriture et de montage de l'intrigue, j’ai énormément écouté les albums de The Ocean et ça a eu une influence dans ce que j'ai pu faire. Pourtant la place du Metal est suggérée plutôt que fortement présente. 


As-tu prévu une suite à ce premier roman et aux aventures de Tom ?

Je suis un enfant des années 90, donc habitué aux trilogies (rires). J'ai un peu ça dans un coin de ma tête. J'ai, en tout honnêteté, des idées pour deux épisodes de plus. Je ne sais pas encore dans quel ordre je vais les faire, parce que j'ai laissé à la fin du roman une possibilité qui permettrait un déplacement géographique qui pourrait immerger les lecteurs dans une autre ville. 

 

Peux-tu nous parler de l’illustration du livre ?

J'ai collaboré avec Ertemelle, une illustratrice qui vient de Bretagne et qui a fait des affiches de festivals. Elle était un prolongement de mon univers. Ertemelle travaille énormément avec les couleurs, et moi je voulais un univers assez sombre. Alors, on a un peu débordé chacun sur l'univers de l'autre. C'est ce qui me plaît avec cette pochette, c'est qu'elle possède à la fois sa palette de dégradés de bleu pétrole, de vert et de bleu canard. Elle a mis un ciel étoilé, mais tu as quand même l'océan déchaîné en premier plan, avec le Golden Gate, parce que je voulais qu'on puisse identifier tout de suite San Francisco.  Je suis allé dans plein de librairies, et quand tu vas au rayon polar, t'as l'impression de voir cinquante fois la même couverture déclinée, avec les mêmes couleurs, les mêmes codes. On a voulu que ce polar soit différent sur tous les plans.

 

L’IA est au cœur de pas mal de polémiques dans le milieu littéraire, quel est ton ressenti à ce sujet ?

C'est très dangereux comme présomption. J'ai plusieurs collègues auteurs qui ont écrit des bouquins il y a 20 ans où on ne parlait vraiment pas de l'IA. Ils ont utilisé les fameux outils de reconnaissance, et leurs textes apparaissent comme ayant l'IA intégré, ce qui est absolument impossible ! Il faut se dire qu'on oublie parfois une chose, mais l'IA, c'est nous qui la créons et c'est nous qui l'alimentons. En fait, elle s'alimente des textes qu'elle trouve sur le net pour fabriquer ses réponses. Le problème, c'est qu'on est en train de créer des logiciels qui vont faire des faux positifs, donc il y a des auteurs qui vont se faire probablement taxer d'IA alors que ce ne sera pas le cas. Il est désastreux pour plein de milieux artistiques, je me mets à la place des illustrateurs notamment. Mais je me dis que finalement, c'est devenu presque un label de qualité de faire appel à des artistes, des graphistes ou des illustrateurs.


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