LIVE-REPORT - Alcatraz Festival (Part. 2)
- Axl Meu
- 13 août 2025
- 6 min de lecture
Après une première soirée et première journée déjà bien remplie, l'Alcatraz poursuit son week-end avec l'assurance tranquille des festivals qui savent exactement où ils vont. Les allées se remplissent dès le matin, les bars tournent à plein régime et, malgré une affluence record, cette atmosphère chaleureuse qui a fait reste intacte. Ici, on vient autant pour les concerts que pour retrouver cette étrange famille de passionnés qui, chaque été, se retrouve derrière les murs de cette prison devenue l'un des hauts lieux du metal européen.
Par Axl Meu / Photos : Moris DC
Avec cette première et véritable journée du vendredi, les festivités ont clairement été lancées comme il se doit. Il y a toujours beaucoup de groupes, et c'est toujours un véritable casse-tête pour les festivaliers de faire des choix : preuve de l'étonnante qualité de l'affiche. Quand on parcourt le line-up et le running-order, nos choix s'arrêtent naturellement sur les gros classiques, à l'instar de Nailbomb, Obituary ou encore Extreme et Candlemass, sans oublier les autres valeurs montantes, tels que Avatar, bien connu des habitants de Courtrai.
SAMEDI 9 AOÜT
Pour moi, cette deuxième "vrai" journée démarre avec Magic Kingdom. Et je suis pas seul : le public matinal répond déjà présent. Le groupe belge déroule un heavy metal flamboyant qui fait régulièrement penser aux grands noms du genre : une entrée en matière idéale pour réveiller les organismes encore marqués par les excès de la veille ! L'ambiance change radicalement du côté de la Swamp où Signs Of Algorithm - formation locale - déclenche les premières secousses de la journée !

Quelques heures plus tard, Myrath apporte une touche d'évasion bienvenue : les sonorités orientales se mêlent naturellement aux guitares et installent une ambiance presque hypnotique. Le groupe franco-tunisien possède ce talent rare : celui de faire voyager sans trop quitter le terrain du metal. Et donc, après ce metal oriental, le contraste est saisissant lorsque Ne Obliviscaris prend possession de l'Helldorado. Les Australiens proposent l'un des premiers grands moments de grâce du week-end. Leur musique alterne constamment entre violence et délicatesse, entre lumière et obscurité. Le violon apporte une profondeur particulière à l'ensemble et donne parfois l'impression d'assister davantage à une œuvre cinématographique qu'à un simple concert ! J'ai adoré !

Parmi les gros morceaux de la journée figure sans conteste Nailbomb, projet originellement monté par Max Cavalera peu avant son départ de Sepultura, aux côtés d’Alex Newport. Pour cette reformation temporaire, pas d’Alex Newport à l’horizon, mais une équipe remaniée autour de l’emblématique chanteur de Soulfly. Certes, ce dernier ne chante pas beaucoup – c’est surtout son fils Igor Amadeus qui s’en charge – mais il faut bien l’avouer : voir les classiques de Point Blank s’enchaîner sans temps mort pendant près d’une heure, cela n’a pas de prix. Un véritable coup de cœur !
Le reste de l'après-midi défile à toute vitesse. Baest confirme sa réputation grandissante, Rivers Of Nihil impressionne par son audace et le heavy metal chrétien de Wytch Hazel apporte une respiration bienvenue avec ses couleurs vintage et son charme rétro. En fait, l'un des plaisirs de l'Alcatraz Festival reste justement cette capacité à nous faire passer d'un univers à l'autre en quelques minutes seulement.
Mais l'heure approche où les choses deviennent une nouvelle fois sérieuses. Vader débarque avec la discrétion d'un bulldozer lancé à pleine vitesse. Les Polonais ne cherchent jamais à séduire. Ils avancent, écrasent tout sur leur passage et repartent. Une leçon d'efficacité qui continue de faire mouche après plusieurs décennies de carrière.

À quelques centaines de mètres de là, Wolfmother offre une parenthèse plus festive tout en n'oubliant pas de rendre hommage à Ozzy Osbourne en reprenant "Paranoid" !). Les Australiens dégagent cette décontraction typique des groupes qui n'ont plus rien à prouver. Les riffs sentent la poussière des années 70, les refrains sont taillés pour être repris en chœur et le public se laisse porter sans résistance.
La soirée monte encore d'un cran avec Suffocation. La fosse explose littéralement. Les slams se multiplient, les corps volent au-dessus des barrières et la sécurité ne connaît aucun répit. Une scène classique à l'Alcatraz, mais toujours spectaculaire. Puis vient l'un des grands moments fédérateurs de la journée avec Doro. La chanteuse allemande apparaît comme une vieille amie que tout le monde est heureux de retrouver. Sourires, complicité et refrains repris par des centaines de fans : le concert ressemble parfois davantage à une réunion de famille qu'à une performance scénique. Un moment simple et sincère marqué par plusieurs plusieurs classiques : "I Rule The Ruins", "Burning the Witches", "Für Immer" (les toris de Warlock) ou même "Raise Your Fist In The Air".

La nuit tombe progressivement lorsque Extreme investit la grande scène. Rapidement, le concert prend des allures de démonstration. Gary Cherone se montre impérial, mais c'est surtout Nuno Bettencourt, qui a notamment fait parler de lui lors du Back to the Beginning, qui attire tous les regards. Chaque intervention semble rappeler pourquoi il demeure l'un des guitaristes les plus respectés de sa génération. Sans jamais tomber dans la démonstration gratuite, le groupe enchaîne les classiques (à l'instar du génial "More Than Words") et offre l'une des prestations les plus enthousiasmantes du week-end, marqué notamment par un gros quart d'heure d'hommage à Ozzy Osbourne !

Un peu plus tard, Candlemass plonge la Swamp dans une atmosphère totalement différente. Plus lente, plus lourde, presque solennelle. Le public semble suspendu à chaque note, et se laisse bercer par les gros classiques du groupe, à l'instar de "Bewitched" ou même "Crystal Ball". Avatar referme ensuite la soirée sur la Prison Stage. Porté par un Johannes Eckerström exceptionnel, le groupe suédois transforme la scène principale en cirque dément, marqué par les hits " Smell Like a Freakshow" ou encore "Bloody Angel" et "Hail The Apocalypse". Une conclusion parfaite avant que les irréductibles n'aillent finir la nuit devant Obituary et ses rafales de death metal old school !

DIMANCHE 10 AOÛT 2025.
Le dimanche matin arrive plus vite que prévu. Les visages sont un peu plus fatigués, mais l'envie est toujours là. Majestica se charge d'ailleurs de réveiller tout le monde avec une bonne humeur contagieuse. Le groupe suédois déroule ses refrains lumineux, qui ne sont pas sans rappeler un certain Stratovarius, devant un public qui retrouve rapidement son énergie.


La journée avance et l'Alcatraz retrouve son visage le plus extrême. Avulsed, Pestilence ou encore Pig Destroyer rappellent pourquoi le festival est devenu une destination incontournable pour les amateurs de sensations fortes. Ici, personne ne triche. Chaque concert ressemble à une déclaration de guerre sonore.
D.A.D. apporte un vent de fraîcheur bienvenu. Les Danois possèdent un sens du spectacle remarquable et une capacité rare à mettre instantanément le public de bonne humeur. Leur passage laisse derrière lui une foule souriante et des refrains qui continuent de résonner longtemps après la dernière note.

L'un des concerts les plus marquants du dimanche vient pourtant de Gaerea. Les Portugais installent une tension particulière dès leur arrivée sur scène. Leur prestation possède quelque chose de viscéral, presque dérangeant parfois. La musique semble parler directement aux émotions plutôt qu'à l'intellect. Dans un registre différent, Fear Factory réussit son pari en célébrant l'album Demanufacture. Trente ans après sa sortie, le disque conserve une force impressionnante. Les morceaux n'ont rien perdu de leur impact et le public répond avec enthousiasme à ce voyage dans les années 90.

La fin de journée approche et les légendes commencent à prendre le contrôle du festival. Naturellement, la présence de Kerry King interpèle. Entouré de Mark Osegueda au chant, Phil Demmel à la guitare, Paul Bostaph à la batterie, Kyle Sanders à la basse, le guitariste de Slayeeeeeeeerrrrrrr alterne nouvelles compositions et classiques attendus ("Repentless", "Disciple", "Raining Blood", "Black Magic"). Et autant vous dire que beaucoup s'attendait à ce le natif de Los Angeles joue plus de Slaaaayer... Mais les choses ayant été faites plus que convenablement, les fans sont repartis plus que convaincus !

Un peu plus tard dans la journée, Michael Schenker joue une carte totalement différente. Pas de démonstration de force, mais une immense leçon de classe. Accompagné d'Erik Grönwall, il revisite le patrimoine d'UFO avec une élégance qui force le respect. 100% de hits (à l'instar de "Doctor, Doctor" ou même "Rock Bottom"), et, finalement, un beau moment de nostalgie !


La nuit commence à s'installe et l'Alcatraz entre dans sa dernière ligne droite. Malgré quelques soucis techniques rencontrés (un gros problème au niveau des façades), Dimmu Borgir transforme la Prison en cathédrale noire grâce à une prestation spectaculaire où les flammes répondent aux orchestrations grandioses. Même ambiance quelques instants plus tard sous la Swamp archi-bondée pour accueillir Ihsahn... Emperor rappelle pourquoi son nom occupe une place à part dans l'histoire du metal extrême. Quelques classiques "I Am the Black Wizards", "Cosmic Keys to my Creations & Times", et encore "Ye Entrancemperium" viennent bercer ce superbe moment.
Il revient finalement à Machine Head de refermer cette édition 2025. Face à une marée humaine compacte, Robb Flynn mène son groupe avec le charisme qu'on lui connait. Les classiques s'enchaînent ("Davidian", "Now We Die", "Is there Anybody Out There" ?", les fosses s'ouvrent une dernière fois et l'émotion gagne progressivement du terrain. Lorsque résonnent les dernières notes de « Halo », chacun comprend que le week-end touche à sa fin.

Les lumières s'éteignent, les allées commencent à se vider et les conversations tournent déjà autour des concerts préférés, des découvertes et de l'année prochaine... Une fois encore, l'Alcatraz a réussi son pari. Malgré sa croissance constante et son succès grandissant, le festival conserve cette forme de proximité qui ne laisse pas indifférent. Quatre jours de musique, de rencontres et de passion autour du Metal. Quatre jours qui rappellent pourquoi, chaque été, la rédaction d'Heretik Magazine adore se retrouver derrière ces murs. Rendez-vous est déjà pris pour 2026 !




