MOTOCULTOR 2026
C’est en général avec le Motocultor Festival que se profile pour nous la fin de la saison estivale, et surtout, en point de mire, la rentrée scolaire. Autant dire que nous profitons donc un maximum de ce que propose le festival breton, tant sur le plan musical que sur les infrastructures et animations diverses. La cuvée 2026 s’annonçait alléchante avec des têtes d’affiche jamais vues du côté de Carhaix : Arch Enemy, Airbourne, mais surtout Judas Priest, patrons incontestables du Heavy Metal. Retour sur 4 jours intenses et poussiéreux dans la chaleur et la ferveur bretonne.
Par Hyass et Fred VDP / Photos : Axl Meu
Pas de changement majeur au niveau de la configuration globale, le Motoc a conservé plus ou moins les emplacements initiés l’an dernier : les deux scènes principales en fond de site, et les deux plus petites à l’entrée, la Bruce Dickinscene ayant également retrouvé sa tente comme avant ; le coin restauration mis à l’écart de manière à ce que les festivaliers puissent se ressourcer tout en dégustant des plats variés proposés par les food-trucks présents (du Burger aux galettes bretonnes, en passant par la nourriture asiatique et, notre préféré, les plats sénégalais) ; et pas de surprise concernant les stands de merch, celui du fest et des groupes face aux grandes scènes, le Metal Market conservant son emplacement sous la tente, ou, devrions-nous dire, dans la fournaise ambiante !
Quelques petits bémols sont quand même à souligner, histoire d’améliorer les choses l’an prochain (lançons donc une bouteille à la mer…) : les parkings semblent de plus en plus éloignés des campings, notamment celui de la presse, et certaines personnes de la sécurité ne sont pas toujours très humbles et conciliantes avec les festivaliers chargés comme des mules ; le camping prévu de base pour les VIP et la presse s’est vu fortement réduit par l’installation d’un village “Bed & Smile”, gangrénant les emplacements et transformant celui-ci en camping lambda (avec les nuisances sonores qui vont avec) ; le prix des consommations ne faiblit pas et c’est avec une désagréable surprise que nous sommes contraints de boire une bière de 50 cl minimum, une aberration lorsque l’on sait que chaleur et alcool ne font jamais bon ménage ; enfin, la poussière, due à la canicule, oblige certains festivaliers à se couvrir le visage en permanence, à tousser et moucher noir en fin de journée.
Mais, ne nous y trompons pas, ces quelques désagréments ne nous font pas passer un mauvais festival. Loin de nous l’idée de cracher inutilement sur le dévouement et la gentillesse des bénévoles que nous remercions chaleureusement par le biais de ce report.
JEUDI :

Une journée d’ouverture placée sous le signe du gros riff et de la vitesse avec la présence de groupes qui vont d’emblée activer Pit, Slams et autres Wall of Death. Ce sera le cas de Unearth qui ouvre les hostilités, suivi de près par les énergiques 200 Stab Wounds qui nous font forte impression, le Death bas du front mais efficace de Sanguisugabogg, et le set entre Black et Metalcore de Gaerea, qui laissera toutefois la place aux avis controversés. Le jeudi est aussi l’occasion pour nous de découvrir des formations que l’on a moins l’habitude d’entendre pendant les festivals Metal, avec surtout la présence de groupes bretons qui donnent une touche locale et appréciée comme Denez Prigent, Komodrag and the Mounodor, et les remuants Celkilt, accompagnés par le Bagad de Quimper pour l’occasion, qui vont littéralement faire danser la Bruce Dickinscene au son des cornemuses. Mais c’est surtout la présence de groupes cultes qui nous fait frémir ce jeudi.

Tout d’abord Primus et un Les Claypool en grande forme qui redonne des couleurs à ce groupe majeur des années 90, en proposant quelques titres qui font bouger le public comme « Here come the Bastards », « Welcome to this World » ou la reprise (pas forcément nécessaire) de « Holy Diver » de Dio. Les filles de Kittie, de retour sur scène après quelques années d’absence, ramènent un public de trentenaires au plus profond de ses souvenirs d’adolescents. Godsmack qui propose un set sérieux et efficace, quand Bloodbath peine à convaincre un public déjà accablé par la chaleur. Puis il y a les deux pépites du jour : le Thrash historique de Death Angel, convaincant de sincérité, qui déverse une setlist efficace comme aux premières heures du groupe ; et celui, plus récent, de Municipal Waste, qui achève en beauté une première journée prometteuse malgré les températures à la limite du supportable.


VENDREDI :
Nous avions eu un léger espoir d’avoir un peu moins chaud ce vendredi, mais c’est encore avec des températures avoisinant les 35 degrés que nous abordons ce deuxième jour, davantage ancré vers des formations plus récentes et à tendance Metalcore. C’est d’ailleurs les excellents Ice Sealed Eyes qui ouvrent le bal sur la Dave Mustage, avec une prestation fraiche et convaincante, qui laisse entrevoir un bel avenir pour les belges. Tout comme les anglais de Cage Fight qui, bien emmenés par leur chanteuse Rachel Aspe, propose un show bourré d’énergie et de vitalité communicative.


Dans le même esprit, si Textures confirme tout le bien que l’on pense d’eux, Revnoir en revanche nous laisse un peu sur notre faim, tant l’on a trouvé leur prestation molle et ennuyeuse. Comme un sentiment de pétard mouillé…Dans un registre différent, retenons les très bonnes prestations de Hellripper, au son lourd et dynamique ; Guineapig et Unleashed pour avoir su transformer la poussière en tornade auditive ; la musique envoûtante et captivante de Lord of the Lost ; et, tard dans la nuit, le set effrayant mais ô combien performant de Darkened Nocturn Slaughtercult et sa chanteuse démoniaque. Côté têtes d’affiche, Mass Hysteria délivre une prestation comme à son habitude : fédératrice, joyeuse et délibérément tournée vers la vie et l’instant présent ; Alcest sous la tente canalise un public en transe tandis que Emperor, sur la grande scène, nous propose l’une des meilleures prestations du week-end, avec un Ihsahn et un Samoth de grande classe. Quelques mots enfin sur Slaughter to Prevail qui, malgré la polémique l’an dernier, assure le show devant des fans dévolus.

SAMEDI :

C’est au début du troisième jour que l’on commence à sentir les premières douleurs dans le corps et la fatigue s’installer brutalement. Heureusement, la musique et les groupes présents sont là pour nous rappeler que nous n’en sommes qu’à la moitié du festival et qu’il reste encore plein de bonnes choses à entendre. A commencer par Necrowretch qui, malgré l’heure précoce et le soleil de plomb, délivre 40 minutes de gros son qui auraient mérité d’être appréciées par davantage de monde plus tard dans la journée. Si les prestations de Aorlhac et de Monde de Merde ne nous laisseront pas des souvenirs impérissables, en revanche celle de Bruit confirme toutes les bonnes choses que l’on a entendues d’eux. Leur musique est généreuse, inventive, et l’on se délecte de les voir dans un format plus long un jour prochain. Dans la catégorie “anciens groupes qui ont toujours du ressort”, Cancer et The Casualties assènent le public de riffs assassins et de pogos déjantés. A noter quand même la folie furieuse de David Rodriguez, frontman des Casualties, qui s’empare des échafauds et termine l’un de ses titres tout en hauteur.


Et dans le genre folie douce, Les 3 Fromages permettent à la foule de danser et chanter au son de leurs mélodies teintées de Punk et d’humour dérisoire. Puis viennent les grosses perfs du jour : Slift, que l’on savait exigeant et convaincant sur scène, délivre un set de dingue dans lequel jeux de scène et assurance technique font le jeu du groupe ; Nevermore et son retour inattendu, joue un set d’une heure pleine d’entrain et de sérieux ; et que dire du mastondonte Within Temptation qui déroule un concert lumineux, emmené par la toujours dynamique Sharon, et des titres qui, bien que frôlant l’univers Pop, font toujours le taff en live. La soirée du samedi se termine par deux performances Electro-Dark : d’abord celle de Sierra Veins sous la tente de la Massey Ferguscène, puis celle de Perturbator sur la Dave Mustage. Que l’on aime ou pas, ce genre de formation semble intégrer de plus en plus les festivals Metal, et ça marche !

DIMANCHE :

On ne va pas se le cacher, lorsque nous avons découvert la présence de Judas Priest au Motoc 2026, c’est avec une impatience démesurée que nous attendions le dimanche. Et, sans pour autant minimiser les autres jours, force est de constater que ce quatrième et dernier jour était, sur le papier, le plus alléchant de tous. Pourtant ce dimanche va démarrer en douceur avec d’abord Holy Mother d’un côté et Les Hommes Crabes de l’autre qui, au moment de l’apéro, délivrent un concert sérieux et démonstratif. Journée qui sera également marquée par la prestation de deux légendes du Death : les américains de Internal Bleeding pour un show musclé, mais surtout les canadiens de Cryptopsy qui vont retourner le circle pit dans tous les sens avec une performance grandiose du groupe et, en particulier, du vocaliste Matt McGachy. Un must !

Entre temps, nous avons le plaisir de découvrir, pour la première fois en France, Modder, formation belge qui joue un Stoner/Doom accrocheur et crade, entièrement instrumental, et d’une bonhomie qui fait plaisir à voir. Notons également les confirmations de Red Sun Atacama, Castle Rat et Deafheaven qui délivrent chacun à leur manière un set convaincant. Ces deux derniers amenant d’ailleurs une telle affluence devant les petites scènes qu’il a fallu nous demander si l’importance de certains groupes n’avaient pas été minimisée.
Puis vinrent les gros morceaux de la journée. Voivod, dans un premier temps, fidèle à ce que les Québécois ont toujours fait, propose une setlist de tubes et d’enthousiasme communicatif. La première grosse affluence de la journée devant la Dave Mustage est remportée par Airbourne et son Hard-Rock classique qui fait toujours son effet. La recette fonctionne mais, pour les avoir vus plusieurs fois, finit par nous lasser très vite. En effet, le son n’est pas formidable, les quinze premières minutes du set sont poussives, et la setlist est loin d’être la meilleure que les Australiens aient proposés. C’est donc fort logiquement que nous changeons de scène pour aller écouter Monkeys on Mars pour un moment de bonne musique et de repos.


Il est 21h40 lorsque « War Pigs » résonne devant la Mustage pour, quelques minutes plus tard, laisser place aux Metal Gods de Judas Priest pour un set d’anthologie. La bande à Rob Halford est en grande forme et le démontre aisément en enchainant les tubes du groupe : « You’ve Got Another Thing Comin’ », « Breaking the Law », « The Sentinel », « Turbo Lover », « Painkiller » et j’en passe, ainsi que deux titres du dernier album fort apprécié. On ne voit clairement pas passer le show et l’on se demande comment le groupe fait pour tenir encore aussi bien la baraque. Judas Priest nous gratifie de trois titres en guise de rappel, dont un « Living After Midnight » repris en chœur par le public, suivi d’une salve d’applaudissements de plusieurs minutes. Comme le disait ce grand philosophe Thierry Roland “Après ça, on peut mourir tranquille”. Respect !

Difficile de passer après un tel monstre, pourtant Sacred Reich relève plutôt bien le défi et nous fait un set grandiose, avant le clou de la soirée : Arch Enemy et sa nouvelle chanteuse, Lauren Hart. La jeune femme donne tout afin de convaincre les fans du groupe, on sent l’envie et le plaisir d’être présente. Les Suédois se paient même le luxe de jouer de vieux titres oubliés depuis que Angela Gossow avait quitté le groupe (“Doomsday Machine”, “Nemesis”, “No Gods, No Masters”). La majeure partie du public semble convaincue par la prestation de Lauren, pourtant il semblerait judicieux de laisser le temps faire les choses et de se faire une véritable opinion avec du recul.

Avouons-le clairement, cette édition 2026 du Motocultor Festival est, de loin, la plus belle et la plus grandiose de toutes. Le festival qui est qualifié de « petit frère » du Hellfest semble avoir appris de ses erreurs du passé et s’améliore d’année en année, même si quelques améliorations restent encore à faire. On a hâte à présent de voir ce que sera la cuvée 2027, d’autant que le Fest a d’ores et déjà annoncé quelques gros morceaux comme Helloween, Halestorm ou The Hu. A l’année prochaine donc !



