SUR LES PLATINES DE LA RÉDACTION - Février 2026
- Axl Meu
- il y a 2 jours
- 6 min de lecture
Une fois par mois, la rédaction vous invite sur ses platines et reviendra sur quelques disques qu'elle a saignés ces derniers jours.
Par la rédaction
CRUEL FATE / SAVAGE ANNIHILATION
CRUELLE ANNIHILATION (SPLIT)
Death Metal
Crypt of Dr. Gore
On le sait depuis longtemps, les liens entre le Québec et la France ont largement dépassé les frontières de l’amitié. Et lorsque ceux-ci concernent la musique, l’alliance est forte et le courant passe à travers des chemins fluides et interactifs. Pour preuve, ce split réussi entre Cruel Fate, formation death originaire de Gatineau au Québec, et les Montargois de Savage Annihilation, dont les deux premiers albums, en 2012 et 2017, ont laissé une trace indélébile dans le champ lexical du death hexagonal. C’est le label régional Crypt of Dr. Gore qui a réuni les deux formations pour une battle fraternelle aux accents guerriers, au son lourd et puissant, avec, pour chacun, une particularité artistique qui les démarque significativement, tout en les plaçant sur un pied d’égalité. En effet, aux saccades viscérales des guitares, rythmiquement carrées et cliniques chez Cruel Fate, succèdent une dextérité et une touche de virtuosité lyrique chez Savage Annihilation. La lexicologie ne surprendra personne, pourtant on apprécie vraiment la compréhension et la juste prononciation de chaque parole et de chaque phrase chez les deux groupes, faisant de ce Cruelle Annihilation un parchemin de gore et de cannibalisme auditif à la limite de la décence morale. Et on adore ! Enfin, notons la pochette particulièrement réussie, signée Sébastien Mockers, qui rassemble les deux entités : le lieutenant de Cruel Fate et celui de Savage Annihilation, en pleine guerre totale, avec le prêtre inquisiteur en guise de gardien du temple, pour une ambiance belliqueuse à la War Master de Bolt Thrower (d’où le fond orangé). Un bien beau travail d’équipe !
Fred VDP
CONVERGE
LOVE IS NOT ENOUGH
Hardcore
Deathwish
Eh bien dis donc. Quand Converge évoque la question de l’amour, il le fait en nous faisant avaler notre bol de céréales par les narines. Avec un album portant un titre qui nous évoque le désormais classique All We Love We Leave Behind, les Américains — toujours produits par leur guitariste Kurt Ballou — frappent fort et vont à l’essentiel, par l’intermédiaire d’un blackened hardcore viscéral (belles atmosphères sur l’interlude « Beyond Repair »), parfois dépouillé de bon sens (en apparence sur « Distract and Divide » ou même le démesuré « To Feel Something »). Bien sûr, il n’est pas question de renouveler une formule déjà établie, mais de dresser un constat : Converge, c’est avant tout une question d’uppercuts millimétrés. Une grosse partie des morceaux ne dépasse pas les trois minutes, et pourtant, la consistance et le dépassement restent de mise. Preuve à l’appui avec « Gilded Cage », qui sort quelque peu du lot : plus lourd, différent dans son approche, mais non moins percutant. Hâte de voir ce que le groupe nous réserve sur scène !
Axl Meu
ESPÈRROS
FESTIN AU CHARNIER
Black Metal
Auto-production
Non, résolument, Marseille n’est pas un territoire conquis par le rap, Jul et l’auto-thune. La cité phocéenne abrite également des salles underground telles que Les 9 Salopards et la Maison Hantée. Il y a aussi la boutique Sabretooth de l’incontournable Phil Stryker, fan de Motörhead devant l’éternel, au Cours Julien. La Bonne Mère jette aussi un œil protecteur sur le label Season of Mist et sur des groupes comme Belore, Landmvrks et… Espèrros. La jeune formation, dont le nom signifie « agonie » en provençal, créée en 2022, revient après un premier album exceptionnel Chevalier Espèrros, conçu dans l’abnégation et la rage. L’écriture du second est en cours, alors, pour nous faire patienter, Tranche-Gueux et ses acolytes nous envoient en pleine figure Festin au Charnier : un EP trois titres, totalement différent du premier opus, avec un line-up fortement remanié. Bien sûr, cela peut paraître léger, mais dès les premières notes, on sait qu’on va prendre cher : la batterie est un marteau-pilon, les guitares de Wyvern et Erebos sont des lames de rasoir qui créent une ambiance inquiétante, et le chant nous met mal à l’aise par toute sa haine. Tel Marduk, Espèrros, avec Festin au Charnier, nous délivre un black metal old school, sans compromis ni concession, une denrée rare pour un groupe de jeunes musiciens. Vivement la sortie de l’album !
Flavien Minne
OMRDOTTIR
DRY LAND
Heavy / Death
Auto-production
Si Ormsdottir évoque les fjords — puisqu’il signifie « la fille du serpent » en norvégien — ne vous égarez pas : ce one-man band, mené par Danilo Rakkaus, nous vient des caatingas brésiliennes des environs de Santa Cruz. Le multi-instrumentiste nous propose son deuxième EP, Dry Land, sorti le 26 août dernier, uniquement sur le Bandcamp du groupe en version numérique. Certes, il lui a fallu six mois pour traverser l’Atlantique, mais cette attente valait le coup tant le mélange de lourdeur et d’envolées lyriques est étonnant. La musique d’Ormsdottir résonne comme un bon heavy pêchu et testostéroné, avec des guitares virevoltantes, de belles parties instrumentales et une batterie qui claque comme un fouet de gaucho. Mais dès que la voix de Danilo se fait entendre, l’ambiance passe de la chaleur moite à la morsure de la glace. Les cinq titres, sans longueur ni baisse de régime, défilent à la vitesse de l’éclair, transportant l’auditeur à chaque fois dans un monde bien particulier. Le metal sud-américain est comme le sous-sol de ce continent : il regorge de richesses, et Ormsdottir en est un minerai.
Flavien Minne
THE RUINS OF BEVERAST
TEMPELSCHLAF
Black / Doom
Van Records
The Ruins of Beverast auraient-ils trouvé leur son ? Parce qu’on a beaucoup voyagé avec les Allemands. Alors, avant de parler de l’album, penchons-nous sur le passé pour mieux comprendre. Souvenez-vous des premières années, 2004-2013, agenouillés sur les pavés froids et humides de cathédrales sombres, bercés par des messes occultes occidentales. Puis, en 2017, assis autour du feu chez les natifs américains pour l’expérience chamanique d’Exuvia. Et enfin, en 2021, avec The Thule Grimoire, nouveau virage : un « what if » Peter Steele dans la scène black metal. Tempelschlaf, annoncé il y a quelques mois, restait mystérieux : malgré cette initiation aux rituels, les divinations ne donnaient rien, les oraisons échouaient, les visions restaient sombres. Nous étions aveugles, incapables de prédire l’avenir.
Et c’est finalement un condensé de toute l’expérience du groupe qui nous est proposé. Un condensé incroyablement cohérent, vu la diversité des ingrédients. Riche sans pousser la complexité à outrance, la composition nous en fait voir de toutes les couleurs, jonglant habilement entre litanies oniriques, breaks irrésistibles, vocaux fantomatiques déstabilisants, passages mid-tempo à la guitare froide, sans oublier les classiques trémolos ambiants qui sont la signature du groupe. Assez impropre à la fast-consommation, l’album gagne à se laisser décanter, à mûrir pour être apprécié à sa juste valeur. C’est à ce moment-là que la recette prend véritablement, que les thèmes deviennent accrocheurs, comme d’évidentes réussites. C’est à ce moment-là que l’on considère sérieusement lui faire une place dans le top de l’année. Et pendant ce temps, toujours pas de faux pas dans la discographie du groupe : un groupe qui impose le respect et pourrait bien connaître l’avènement.
Theophile
LES WAMPAS
OÙ VA-NOUS ?
Punk Rock
At(h)ome
Avec Où va nous ?, Les Wampas livrent un nouvel uppercut punk fidèle à leur ADN : brut, direct, sans détour. Avec ce nouvel album, le groupe mené par l’incontournable Didier Wampas prouve qu’il n’a rien perdu de sa hargne ni de son goût pour les refrains qui claquent comme des slogans. L’album repose sur une production volontairement rugueuse. Les guitares sont mises en avant, très nerveuses, parfois presque abrasives, portées par une section rythmique qui privilégie l’impact à la sophistication. On retrouve cette sensation de captation live, comme si les morceaux avaient été pensés avant tout pour la scène. Côté textes, Où va nous ? alterne entre ironie mordante, observation sociale et éclats plus intimes. Les Wampas jouent toujours avec cette frontière fragile entre second degré et sincérité frontale. Le ton peut sembler léger, mais derrière l’humour affleure une forme de lucidité désabusée sur le temps qui passe, les illusions collectives et la place du punk aujourd’hui. Musicalement, l’album ne cherche pas à réinventer la formule. Mieux encore : il la resserre. Riffs courts, tempos pressés, mélodies immédiates : l’efficacité prime. Pourtant, quelques titres laissent filtrer une écriture plus posée, presque mélancolique, preuve que la maturité n’a pas étouffé l’urgence. Pas de démonstration technique, mais une énergie viscérale, un esprit « fait maison » intact et cette conviction qu’un bon morceau tient d’abord à son électricité interne. Où va nous ? confirme une chose : le punk des Wampas respire encore, fort et sans permission.
Antoine Souchet


