GODFLESH - Decay
GODFLESH
DECAY
Industrial Metal / Industrial
Relapse Records
Je n’ai jamais aimé Godflesh. Mais j’ai compris. Je n’avais jamais réussi à gravir ce mur bétonné noirci par les échappements de toute sorte. Je chutais, toujours, épuisé, suffocant. Il faut du temps, de la patience, des efforts même pour apprécier se laisser dériver dans l’horlogerie qui se met à déconner. Une dérive dans une vision, la vision d’une machine qui se dérègle, d’un système défaillant. Un patron toxique vous sortirait un élément de novlangue du genre qu’il suffit de « prendre le rythme », quitte à se « mettre en best effort » ou bien encore qu’il faut savoir « sortir de sa zone de confort ». Évitons d’employer le sempiternel adjectif « hypnotique » pour qualifier la musique de Godflesh. Préférons plutôt celui d’« aliénant ». Cette aliénation qui résonne si bien avec le bruit des hauts fourneaux qui produisent sans cesse ou avec le son des claviers qui vomissent des contenus vides de sens. Decay est ce que l’on pourrait appeler une sorte de B-side de l’album précédent, Purge. Broadrick, le contremaître de la machine, décrit les débilitantes pistes « Master and Slave », en ouverture, et « Consume Me », en clôture, comme les clés de voûte de l’album. Il dit même que l’album aurait pu se résumer à ces deux pistes. Mais comme quoi, il est toujours légitime de douter de la parole du patron, car on aurait presque pu passer à côté de l’excellente « Feral Colony », avec ses accointances avec Killing Joke. Dans les faits, Broadrick exprime plutôt une souffrance personnelle résultant d’une période de sa vie difficile, notamment liée à son état de santé. Mais après tout, l’interprétation d’une œuvre d’art est l’affaire de son public. Et finalement, si je n’ai jamais aimé Godflesh, c’est probablement parce que je ne suis pas à l’aise avec ce que le groupe m’évoque avec talent : un monde dysfonctionnel qui est le nôtre. Un monde que l’on regarde dépérir au quotidien tout en espérant naïvement que tout s’améliore par miracle.
Théophile Dumont



