LIVE-REPORT - Unholy Congregation (29/12)
- Axl Meu
- il y a 2 jours
- 11 min de lecture
Il y a des dates qui savent rester discrètes mais dont la solide réputation les assoit toujours un peu plus d’année en année au statut d’incontournable.Bienvenue à Audenarde (Oudenaarde), en Flandre-Orientale dans le triangle Courtrai - Gand - Alost… Pour la septième année, la petite commune marquée par la Renaissance flamande accueille les Noires Légions pour le festival Unholy Congregation le 28 et 29 novembre. Après une première journée à la Zaal Harmonie à fêter le Black Metal belge avec, entre autres Akerdeel et ayant pour tête d’affiche les danois de Sunken, l’équipe organisatrice nous accueille à De Qubus pour une affiche de dingue. Heretik Magazine y était le 29 Novembre (désolé pour la veille, on ne peut pas être partout…)
Par Flavien Minne / Crédit photos : Moris DC (retrouvez plus de photos sur nos réseaux sociaux)
De Qubus est une salle de concert moderne ressemblant à… Un cube de béton planté au milieu d’un immense parking. La particularité de ce matériau est qu’il peut paraître froid comme le Metal venu des contrées nordiques mais qu’il sait également garder la chaleur. Et qu’il est chaleureux cet accueil flamand ! Après avoir reçu des groupes cultes belges et internationaux les précédentes années (Slagmaur, Drache, The Ruins of Beverast, Cult Of Fire…), on se dit que le “Unholy” va encore nous faire vivre de grands moments sombres.
Le plat pays est à l’honneur avec She Wolff : nous retrouvons à la guitare et au chant Katrien Von Shewolff, un petit bout de femme increvable, rivé à son micro diffusant un chant criard et puissant. A la basse, Jeffrey, à l'autre aile de la scène et Liam à la batterie.
Avec juste une démo et quelques nouveaux titres de Black teinté de Punk, le trio entre en piste. “Are you ready ? We are She Wolff !” entamant ainsi “Eternal Night”. Quelques petits accords, une batterie qui claque, un rythme efficace qui s'accélère crescendo, voici “Guillotines”. “Thank you !”. Trois coups de toms annoncent “Nail” un titre très Rock ‘n Roll pendant lequel Katrien hurle et scande le refrain, assistée par une batterie cinglante. She Wolff continue sa prestation avec “Burn”, un morceau entraînant avec l’alternance de voix, pendant lequel le bassiste slamme et saute partout, tout comme pendant le très rythmé “Fantastik Fukk”. Les premiers headbangs se montrent dans le public pour “in the Shadows Of The Horns” aux rythmes changeants. “This is the last one”. “The Day the Whole World Ends” est un titre curieux avec du larsen, changements de tempo, et surtout super vif. Liam, le batteur, debout, lève sa bière et s’en va. “Thank you !”. Le public est conquis, acclamant largement She Wolff en attendant une autre formation belge.
Apovrasma est un one-man-band créé en 2020 par Scum. Ce grand costaud est, pour l’occasion, accompagné d’un batteur et de deux guitaristes. C’est sous une lumière bleue et pendant une intro douce et presque orientalisante que déboule Scum, basse en l’air, et ses acolytes. Le frontman lance “Awakening”, issu de l’EP Gaea’s Revenge de 2021, idéal pour commencer un show. Le multi-instrumentiste slamme seul ou en compagnie d’un guitariste, se déhanche à se démembrer pendant un chant lent et caverneux. L’intensité monte d’un cran pendant les stridulations finales des guitares. L’unique album de 2023 Archidemon sera représenté : ainsi la batterie démarre immédiatement pour “I Moira”, un titre ultra rapide mettant à mal l’énergie des musiciens, pendant que Scum se déplace sur scène ou chante pied sur le retour. Puis suivent “I Katara” et “Tetus”, pendant lequel le protagoniste en impose de sa voix de plus en plus profonde, scandant les paroles presque parlées, laissant les autres acteurs s’éclater dans leurs coins à faire pleurnicher leurs instruments. La démo de 2020 The Scorch of Basan n’est pas oublié non plus avec le dernier titre du set “Kaka Psemata” pendant lequel l’apocalypse acoustique opère : alors que Scum déblatère son texte, tous les instruments prennent l’ascendant : les cordes sont mélodieuses, les toms battent comme un coeur sous un rythme entêtant. “Hé merci !”. C’est après cinq très longs morceaux que le créateur d’Apovrasma, poing levé, quitte la scène.
La force du set précédent fait augmenter la température dans De Qubus qui se prépare à accueillir une première rareté. A l’origine, projet solo iranien, Trivax s’est étoffé et compte désormais Matthew à la batterie et Sully à la basse, entourant Shayan au chant et à la guitare. Désormais installé en Angleterre, Trivax a sorti son dernier album de Death/ Black The Great Satan chez le sulfureux label Osmose Productions (Ad Hominem, DeathCode Society, Gjendod, Hate Forest, Mutiilation…). Et on peut dire que le groupe ne fait pas dans la dentelle. Sayan, grand costaud barbu et rasé, vêtu d’un débardeur, les yeux cernés de noir, se place derrière son pied de micro orné d’un crâne de bouc. Après une courte introduction, le frontman lance un “Wow” et c’est parti ! pour la déferlante de violence gratuite. Ce soir, ce sera le dernier né de Trivax qui sera particulièrement mis à l’honneur… A commencer par “To Liberation and Beyond” : sa voix rugueuse, ses guitares lancinantes, son refrain repris par le bassiste pendant une torture de guitare par le bourreau fondateur du groupe. après un court moment de répit, Sayan, au bord du public, attend les accélérations pour envoyer du lourd avec “Lawless Eternal”, accompagné de son deuxième guitariste et d’une batterie militaire pour un final instrumental. Le combo continue à promouvoir le nouvel album. C’est sous la lumière bleue des lights que le chanteur prend la parole : “Good evening !
Here comes from the new album… Here Comes the Flood “. Le titre est bien différent que le précédent avec de gros riffs en plus de charges de cymbales et un chant monstrueux, saccadé et poussif. Le frontman iranien discute avec “son” public et le stimule par un cri de fin. Petite incursion dans la présentation de The Great Satan, “Azrael” de l’album précédent Eleah Burns Out de 2023, est un titre puissant à l’image (ou plutôt au son) de la voix puissante du chanteur, sur laquelle tout le monde se déchaîne sur scène, surtout pendant l'accélération de 0 à 100 en trois secondes, juste avant que le refrain ne soit repris par l’ensemble du groupe. “Thank you so much ! “. trivax termine son set avec “Operation Ramadan” et son chant bizarrement un poil plus clair et un cri qui déraille. Le titre se fait plus doux, plus musical et offre un final grandiose avec des soli très Rock. Sayan pousse un dernier cri, face à la batterie qui est en train de se faire littéralement achevée pendant les dernières secondes. Quoi ? C’est déjà terminé ? Bon Diable que c’était bon ! on en aurait bien repris un peu. Mais gardons de l’énergie pour la horde teutonne qui va suivre. Les Rhénaniens de Halphas, tous vêtus d’un gilet de cuir arborant le sigil du groupe, entre en scène : d’abord Thurstas et Avnas aux guitares accompagnés du batteur Tampestas. Puis c’est cet ogre de barbarie qu’est le bassiste Forcas (et Hacride d’Harry Potter fait office de maigrelet à côté) qui envahit la scène, accompagné de Berith, occupant le côté gauche. Mais c’est de front que les gratteux et le frontman entament le set exclusivement dédié au dernier album de 2024 Sermons of The Black Flame, en commençant dans l’ordre par “Into The Void”, marqué par des gesticulations de Berith qui, il faut se l’avouer, s’impose là. Alors qu’il se présente les bras en croix, les trois instrumentistes de cordes slamment de concert pendant l’intro de “the Draconian Path”. Le chant est inquiétant, le son est lourd et pesant malgré des guitares virevoltantes. Quel showman, ce chanteur qui scrute le public, les yeux dans les yeux pendant les parties instrumentales.
Un roulement de tambour, un Berith au ras de l’auditoire, un Forcas théatral et un Tampestas rendant sa batterie omniprésente, voici “Satan Speaks” avec (forcément) son texte parlé, suivi de ”Wolves Of The Void”. Après une courte intro enregistrée, ça continue de tabasser avec “Monuments Of Blood”, seule incartade au dernier opus, datant de 2019, pendant laquelle le chanteur déambule sur scène, et semble menacer le public de son doigt tout en l’exhortant, pendant que celui-ci slamme à l’unisson jusqu’à l’ultime note chantée. Et c’est reparti pour une explosion de guitares et un chant martelé de “The Architect’s Eye” jeté par un Berith déchaîné. Avec son petit air répétitif, le morceau est presque visuel à l’image de sa fin epoustouflante annonçant “As The Diamonds Gates”. Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin, et ce soir, c’est “Into The Fires Of The Black Flames” qui la concrétise. Le son lourd envahit De Qubus. Face à face, les guitaristes entament une ritournelle inquiétante et malsaine pour un chant extrêmement lent qui cède facilement sa place à un amalgame de notes et de sons.
Halphas vient de nous offrir un concert époustouflant, le genre de truc qui nous laisse bouche bée. Mais ce soir, l’amateur de Black Metal, déjà bien rassasié, va se voir gâté. L’histoire de la musique noire est au rendez-vous à Audenarde avec Ancient.
Le duo de Bergen, Zel et Dilhorz, fête les trente ans du mythique album Svartalvheim. Assisté d’un batteur, Zel entre en piste, la tête couronnée d’épines de métal, assortie à la sangle de guitare, son acolyte paraissant plus sobre vestimentairement, simplement habillé d’un gilet. Ça démarre par un son marin sous la lumière rouge. La double pédale entame “Trumps Of An Archangel”. Dilhorz occupe le milieu de la scène, bien campé sur ses appuis, tandis que Zel, pied sur le retour, dos en arrière, pousse davantage sa voix de sorcière. Le refrain peut paraître encore un poil Heavy mais le chant et la partie instrumentale sont dans la pure tradition Black. L’enchaînement est immédiat avec logiquement “Huldradays”, sa guitare bourdonnante, son solo et son final tout en douleur. Troisième titre de l’album évoqué, “The Call Of The Absu Deep” commence par de gros riffs et une belle accélération du rythme. Les arpèges sont une cavalcade qui accompagne cette voix maudite. Le morceau est en fait un voyage épique. Dans la même veine et dans l’ordre “Det Glemte Riket” (le royaume oublié) est entamé par le vent enregistré alors que de gros accords déboulent dans les enceintes. La batterie se fait dominatrice et la voix plus profonde pendant les moments plus paisibles, la guitare reprenant ainsi son rôle d’instrument-leader.
Le premier titre entendu d’Ancient, présent sur une démo sur casseton musicale entre cris d’effroi et douceur. Dilhorz, levant le poing, exhorte un public slammmant, scandant des “Hé !” à chaque hochement de tête pendant “Likferd” (Equité). Ancient décide de jouer la nostalgie avec “Trolltaar” de l’EP éponyme de 1995 et finissant par “The Cainian Chronicle : the Lilith’s Embrace”. La démonne, première femme d’Adam est personnifiée par une chanteuse relayant les paroles en écho de sa voix claire et pendant une très courte prestation. Zel reprend définitivement le chant de sa voix grave pendant les nombreux changements de rythmes à en dérouter l’auditoire pour une fin grandiose.
Entre deux “Retours vers le futur”, se calent “les petits jeunes de Malakhim. Les Suédois d’Umea ont sorti une première démo en 2017, un EP, un premier album en 2021 et leur second And In Our Heats The Devil Sings vient de sortir le 31 octobre dernier. Des candélabres sont installés sur scène. De dos, sous les lights rouges, à cinq, le visage blanchi, le combo en impose, surtout TK, le bassiste, vue sa stature. ce soir, le quintet puise dans sa courte mais intense discographie en commençant par “There Is a Beacon” du premier album Theion. E a une voix naturellement puissante, maltraitant son pied de micro avec des attitudes assimilées de Eric Donaldsson des autres Suédois de Watain. Et c’est avec du gravier dans la gorge qu’il nous présente le dernier né avec “Solar Crucifixion”. Après une courte coupure, Malakhim nous offre “The Splendour Of Stillborn Stars” pendant lequel les sons paraissent emberlificotés, chaque musicien essayant de sortir plus de notes à la seconde que ses autres compagnons. Avec un bassiste statique, un guitariste en transe, le jeune E a du terrain. Issu du premier EP II, “The Who Devours” se veut très atmosphérique, presque symphonique. La partie chantée se fait parfois dissonante à celle instrumentale, menée par une guitare entêtante, virevoltante, et tourbillonnante. Par contre, “Hammer Of Satan” est un déchaînement de l’ensemble du groupe aligné face au public et un frontman qui perd définitivement ses vertèbres tant il slamme. Le titre est très académique avec la structure couplet/refrain/couplet/ refrain et fin instrumentale. Mais le Black Metal des Suédois est plein de ressources, en repartant dans l’anti-conformisme du court “His Voiceless Whisper” et son son particulier et agressif. On continue à se faire dégommer les oreilles… Pour la première fois du show, il n’y a pas d’attente, pas de transition. Le public a sous les yeux un groupe qui termine son set par l’un des ses premiers titres “The Golden Shrines”. Malakhim enfonce les trois clous de la Passion, transperçant nos chairs, nous laissant mourir d'asphyxie , quittant la salle logiquement sur du Gospel. Pour sûr, Malakhim seront bientôt en tête d’affiche , comme ceux qui vont suivre : Absu.
Désormais, il est presque de tradition pour les fests d’accueillir un groupe extraterrestre. Avec une réputation légendaire, les Texans en sont les représentants ce soir. Les océans de l’Enfer (Absu en sumérien) s’ouvrent à nous pour célébrer les trente ans de l’album The Sun Of Tipharety, première réalisation du duo Ezuzu - Proscriptor Mc Govern, signée chez Osmose Prod. Avec aucun opus sorti depuis 2011, des mises en pause de 2002 à 2007 et de 2020 à aujourd’hui, le public de l’Unholy Congregation se dit d’avoir de la chance d’entendre ce Black teinté de Death auto-proclamé Mythological Occult Metal.
Avec un guitariste et un batteur de session, Ezuzu monte sur scène suivi du fantasque frontman. : Prosciptor arrive le visage grimé de noir, cheveux plaqués et petite raie sur le côté, avec une chemise de soie noire aux manches chauve-souris, ornée d’une énorme ceinture cloutée, paraissant l’ovni du groupe, les autres n’ayant pas de particularités vestimentaires. Le chanteur au pied de micro à la croix inversée et à la rose de tissu ridicule fait le show à lui tout seul. On ne sait pas s’il joue le rôle d’un prêtre vaudou, d’un triste sosie de Joséphine Baker ou d’un étudiant en art attendant sur les trottoirs de la Fashion Week. Evoluant sur scène à grands pas tel la grenouille de “Love is All”, ou prenant des attitudes de pantin désarticulé, le chanteur a pour seul contact avec le public la présentation de la croix satanique fleurie. Pendant huit titres dont “Massive Improvement” et ses gros riffs, Proscriptor Mc Govern joue de sa voix tantôt aigüe à en être agaçante, tantôt grave du plus profond du coffre. L’hystérie sur la scène est communicative(contrairement au frontman) au public qui acclame le monstre sacré qu’est, malgré tout, Absu.
La soirée se veut légendaire et la Norvège est à l’honneur avec Vyl et Kr de Whoredom Rife. Avec un EP, cinq albums et un split avec Taake, mêlant anglais et norvégien, Whoredom Rife, nous offre un concert basé sur Winds of Wrath de 2021 et leur dernière réalisation Den Vreke Makt, commençant par “Curse Of The Moon”, pendant lequel le balaise chanteur tétanise le public pendant que Vyl l'hypnotise de sa guitare, dont le rythme des accords affolerait un électro-cardiogramme. Une petite musique d’orgue de barbarie, mêlée à un chant grégorien annonce “Gospel Of Hate” débuté par le guitariste seul sur scène rapidement rejoint par le vocaliste qui vomit son chant monstrueux, pointant du doigt le public. On repart quelques années en arrière avec “Cursing The Storm” pendant lequel chaque membre déambule allant tous du côté cour au jardin, jouant de leur cordes de façon énervée et frénétique. La basse est utilisée comme un canon de DCA, visant le ciel. Suivront des titres percutants comme “Ravenous” du dernier album “Gitt Til Odin” du premier EP du nom du groupe et venant conclure le set , laissant le public exploser sa joie et plébiscitant largement Whoredom Rife.
Ce même public a bien du mal à quitter les lieux, buvant un dernier coup, avant de repartir. Et elle est bien compréhensible, cette envie de rester… Entre l’accueil, l’organisation, l’affiche et les prestations des groupes, personne ne voulait vraiment que cette septième édition ne s’arrête. Pourtant, ainsi s’achève Unholy Congregation, avec ce sentiment de bonheur. Alleen maar plezier, dank aan de organisatie voor deze prachtige avond ! (Que du plaisir, merci à l’organisation pour cette magnifique soirée) A l’année prochaine !













































