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ANTHRAX

il y a 20 heures
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 13 minutes

Il aura donc fallu attendre dix années pour voir Anthrax faire paraître son nouvel opus, Cursum Perficio, chez Nuclear Blast Records. Nous en avons donc profité pour aller échanger avec Charlie Benante, l’emblématique batteur du groupe, et revenir avec lui sur son rôle au sein d’Anthrax, mais aussi sur la conception de ce nouvel album.

Par Axl Meu

Cela faisait dix ans qu’Anthrax n’avait pas sorti de nouvel album. Comment expliques-tu une aussi longue attente ?

La conception de l'album ne nous a pas pris dix ans pour faire ce disque. Mais oui, on dirait que nous avons mis dix ans à l'enregistrer ! On aurait pu se mettre au travail plus tôt, mais non, nous n'en avions pas l'envie... Puis la pandémie est arrivée. Et c’est à ce moment-là que nous avons vraiment commencé à envisager l’idée d’enregistrer un nouvel album. J’ai recommencé à écrire, j’ai envoyé des démos aux gars et les choses se sont mises en place. Finalement, le processus de création a pris deux ou trois ans... 


Quand tu composes, tu cherches à retrouver le son des années 80 ou plutôt à aller vers quelque chose de plus moderne ?

Je ne me dis pas : « Je veux que ça sonne comme ça » ou « Je veux quelque chose de très moderne ». À chaque fois, tout vient très naturellement. Je ne sais jamais vraiment d’où les chansons viennent, ni comment. Elles arrivent, puis elles passent dans les mains des autres membres du groupe et, une fois qu’ils les jouent, ça commence à sonner comme du Anthrax. C’est comme pour n’importe quel groupe : quelqu’un arrive avec un riff et, dès que tout le monde se met à le jouer, il devient le son du groupe. C’est assez incroyable de voir comment ça fonctionne. C’est un peu comme deux personnes qui cuisineraient à partir de la même recette mais qui obtiendraient, malgré tout, deux plats différents. 

En tout cas, j’ai tout fait pour proposer les meilleures compositions possibles. Parfois il m’arrivait de supprimer des idées, de recommencer, et ainsi de suite. Je voulais présenter le meilleur contenu aux autres membres du groupe. Puis l’album a commencé à prendre forme et j’ai commencé à reconnaître certaines idées qui me rappelaient Persistence of Time ou Sound of White Noise. Et finalement, c’est une bonne chose. Parce que ça signifie que ça nous ressemble.


Justement, comment travailles-tu avec Scott Ian lorsque vous construisez les morceaux ?

Je sais que Scott va être attiré par certaines choses : le style, la précision, le rythme… Parfois, c’est simplement le rythme qui va l’accrocher. En général, nous nous retrouvons pour jouer la démo que j’ai enregistrée pour les faire évoluer... Mais la plupart du temps, la base reste la même. Ensuite, Scott part travailler sur les paroles. C’est vraiment son "truc".


Le titre Cursum Perficio semble avoir une signification très particulière pour toi...

Cet album a pris beaucoup de temps. J’avais commencé à écrire certaines chansons dès 2015 et, comme tu le sais sans doute, le processus d'écriture a été particulièrement long. Tu n’as aucune idée du poids que j’avais sur les épaules... J’avais simplement le sentiment d’avoir parcouru un très long chemin. Une fois, je me suis maté un documentaire sur Marilyn Monroe et, sur l'une de ses maisons à Beverly Hills, figurait les inscriptions « Cursum Perficio ». Quand j’ai compris ce que ces mots signifiaient, j'ai eu un flash Je me suis dit : « C'est ça ! Le voyage est terminé. »


Ce qui peut forcément être interprété comme la fin éventuelle d’Anthrax…

Certaines personnes pensent que c’est notre dernier disque. Je ne vais pas dire que c’est le cas. Je ne vais pas dire que ce n’est pas le cas. Je ne sais pas. Mais pour le voyage que j’ai fait musicalement, pour moi, oui : cette partie est terminée avec ce disque. Ça ne veut pas dire que c’est le dernier album. Je ne dis ni oui ni non. Qui sait combien de temps nous allons encore jouer ces chansons sur scène ? Je ne sais pas. Nous ne voulions pas annoncer quelque chose comme « voici notre dernier disque ». D’autres groupes l’ont fait, mais nous ne voulions pas prendre cette direction. Nous voulions garder une certaine ambiguïté.


Le morceau « The Long Goodbye » renforce pourtant cette impression…

Oui. Tu peux l’interpréter comme un "au revoir". Comme si le groupe disait au revoir. Tu peux le voir comme ça. Mais cette chanson a surtout une signification très personnelle. Elle parle du père de quelqu’un dans le groupe qui est décédé. C’était un moment très difficile à traverser.


Parmi les morceaux déjà dévoilés, « The Edge of Perfection » semble particulièrement mélancolique. Qu’est-ce que tu peux nous en dire ?

Lorsque nous avons terminé le morceau, nous savions qu’il avait quelque chose de spécial. Quand tu travailles sur une chanson, tu dois parfois lui laisser du temps… Mais celle-ci avait vraiment quelque chose de particulier. Elle nous a fait quelque chose. Et nous nous sommes dit que lorsque les gens l’entendraient, ils auraient probablement la même réaction. Et c’est exactement ce qui s’est passé.


Et « It’s For The Kids » ?

« It’s For The Kids », c’est une lettre d’amour à nos fans. Et c’est vraiment une chanson très Anthrax. Dès le départ, elle nous ramène à nos premières années de thrash metal, avec ce riff très puissant. Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de riffs comme ça. Les gens pourraient dire : « Oh, tu as écouté le nouveau Anthrax ? C’est du déjà-vu. » Mais ce riff m'a clairement donné la chair de poule ! Tu vois ce que je veux dire ? Pour nous, c’est un cadeau à nos fans !


Il y a aussi "NYC 93". On imagine que ce morceau est censé nous plonger dans le New York des années 90.

Oui, c’était une période particulière à New York. C’était une période vraiment géniale pour nous et Scott a écrit une partie de l’histoire autour de ça. Musicalement, cette chanson aurait presque pu figurer sur Persistence of Time. C’est un morceau très rapide, très thrash, avec un bon refrain et une belle accroche. Mais oui, elle parle très spécifiquement de New York.



"« It’s For The Kids », c’est une lettre d’amour à nos fans. Et c’est vraiment une chanson très Anthrax. Dès le départ, elle nous ramène à nos premières années de thrash metal, avec ce riff très puissant. Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de riffs comme ça. Les gens pourraient dire : « Oh, tu as écouté le nouveau Anthrax ? C’est du déjà-vu. » Mais ce riff m'a clairement donné la chair de poule ! Tu vois ce que je veux dire ?"


Tu es évidemment batteur, mais tu es aussi guitariste et tu as une place importante dans l’écriture d’Anthrax. Comment te sens-tu aujourd’hui par rapport à ton instrument de base et à la scène ?

Hier soir, je suis encore allé voir Rush. C’est l’un de mes groupes préférés. Voir Geddy (Lee, basse, chant) et Alex (Lifeson, guitare) jouer ensemble… C’est extrêmement inspirant pour moi. La musique conserve. Quand tu es musicien et que tu joues devant des gens, il n’y a pas de meilleure sensation que de sentir la musique traverser ton corps. Je ne sais pas… J’espère simplement ne jamais avoir à arrêter et pouvoir continuer encore longtemps. Bien sûr, à un moment donné, nous allons tous ralentir. Mais je pense que je le reconnaîtrai lorsque ce moment arrivera.


Parlons maintenant de l’enregistrement. Comment avez-vous travaillé sur cet album ?

Nous avons enregistré le disque en deux parties. Nous avons fait les cinq premières chansons dans un studio à Los Angeles. Puis nous avons quitté ce studio pour aller au Studio 606 de Dave Grohl. Dave venait parfois jouer sur mes batteries, on discutait, on rigolait… Ça a rendu l’enregistrement beaucoup plus fluide et beaucoup plus amusant. Cette période, cette ambiance, tout ce qui s’est passé à ce moment-là. On a vraiment passé un super moment !


Justement, tu as une relation particulière avec Dave Grohl. Vous avez également enregistré The Regulator, une reprise des Bad Brains ensemble… 

Je connais Dave depuis très longtemps. La première fois… Je veux dire, j’ai vu Nirvana à l’époque. Puis j’ai rencontré Dave lors de l’un des premiers concerts des Foo Fighters à New York. Nous avons beaucoup de goûts musicaux en commun, les mêmes choses que nous aimions et que nous n’aimions pas. Et au fil des années, nous sommes devenus amis. Un jour, nous avions terminé notre journée au studio. Le lendemain, j’ai reçu un message — je ne sais plus si c’était Dave ou Scott — qui disait : « Hé, viens au studio tout de suite. Peut-être qu’on peut jouer cette chanson. » Je suis donc venu. Nous voulions faire quelque chose pour les Bad Brains. Le chanteur avait besoin d’aide pour ses frais médicaux et nous avons fait cette chanson pour récolter de l’argent. C’était ça, l’idée. Dave, Scott et moi avons donc enregistré "The Regulator". Dave s’est occupé de la guitare et chantait, Scott aussi et moi, de la basse. Nous avons enregistré ça en quelques heures. Et encore une fois, c’était une journée géniale. C’est vraiment agréable de pouvoir faire ce genre de choses.


Dave t’a-t-il aussi donné des conseils sur l’album ?

Oui. Je lui ai envoyé quelques chansons et Dave m’a répondu avec un long message dans lequel il m'expliquait en détail ce qu’il pensait des morceaux. Le lendemain, il m’a même envoyé quelques chansons des Foo Fighters à écouter. Il a toujours très honnête... Je respecte énormément ce gars.


Si tu devais résumer Cursum Perficio pour quelqu’un qui ne l’a pas encore écouté, comment le décrirais-tu ?

C'est un album très varié. Une chanson se termine, la suivante commence et elle est complètement différente de celle qui vient de passer. Mais au bout du compte, ça reste du Anthrax. Nous avons vraiment repoussé nos limites sur ce disque. Moi-même, j’ai énormément poussé en tant que compositeur, en tant que musicien et même en tant que batteur et guitariste. J’ai essayé différentes progressions, différentes suites d’accords, des choses vers lesquelles je ne serais normalement pas allé en temps normal. Et je suis très heureux d’avoir réussi à reproduire ce que j’entendais dans ma tête et de l’avoir mis sur cet album. C’est donc difficile pour moi de résumer en une seule phrase ce que ce disque représente, parce qu’il représente tellement de choses.


Anthrax s'est produit dernièrement à Hellfest, mais tu n'étais pas là ce jour-là... 

J'avais quelques petits problèmes de santé, donc j'ai dû déclarer forfait. Mais ça va beaucoup mieux maintenant. J’avais simplement besoin de repos.


On espère donc te revoir bientôt en Europe. Une nouvelle tournée est-elle prévue pour Anthrax ?

Oui, l’année prochaine. Nous allons mettre ça en place et nous allons l’annoncer.


Et tu aimerais particulièrement jouer en France…

Oui. Mon rêve serait d'organiser un grand concert en France avec des groupes comme H-Bomb, Sortilège et Warning. Et bien sûr, mon groupe préféré : Trust.


Justement, on connaît ton lien avec Trust et Bernie Bonvoisin, notamment à travers votre reprise d’"Antisocial". Tu es toujours en contact avec eux ?

Je n’ai pas vu Bernie depuis longtemps. La dernière personne du groupe à qui j’ai parlé, c’était Vivi, il y a quelques années. Mais j’aimerais beaucoup boire un café avec Bernie et reprendre contact un de ces quatre...

ANTHRAX

ORIGINE : New York, États-Unis

LINE-UP : Scott Ian (guitare), Joey Belladonna (chant), Frank Bello (basse), Charlie Benante (batterie), Jon Donais (guitare)

MERCH : anthrax.com



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