BACKSTAGE - Christie (Hellfest Productions)
L’été touche à sa fin et, pour beaucoup d’entre nous, cette saison s’achève avec la tête encore pleine de souvenirs des festivals qui l’ont rythmée. L’occasion pour la rédaction de revenir sur la dernière édition du Hellfest, mais aussi d’entrevoir l’avenir du plus grand rassemblement dédié aux musiques extrêmes en France, en compagnie de Christie Medina-Gonzales, la tête pensante des scènes Altar et Temple !
Par Céline Wozniczka & Elise Formanczak
Salut Christie ! Tu es responsable des scènes Altar et Temple au Hellfest Open Air. Comment devient-on l’une des programmatrices du plus grand festival français ? Comment en es-tu arrivée là ?
Salut l’équipe ! J’en suis arrivée là finalement par un alignement de planètes. J’ai candidaté au Hellfest pendant le Covid, sans grand espoir puisque je ne connaissais personne dans l’équipe et que j’arrivais un peu « comme un cheveu sur la soupe ». L’administratrice de production qui était en place à l’époque a reçu mon CV et cherchait un renfort de quelques mois pour absorber la double édition. Comme j’ai un gros bagage administratif, mon CV lui a plu et nous avons bien matché humainement.
Me voilà donc arrivée en 2022 pour une durée bien définie. Mais au final, tout s’est très bien passé et on m’a proposé de reprendre la gestion du pôle artistique ! Ma première année à temps plein était donc plutôt axée sur l’administration et la production artistique. Puis, je me suis naturellement positionnée en interne pour récupérer la programmation lorsque cela a été possible, puisque le black et le death sont mes styles de prédilection.
Comment réalises-tu ta programmation ? Est-ce une question de coups de cœur, de calendrier de tournée ? Comment organises-tu ton année autour de la planification du Hellfest ?
Tout au long de l’année, je lis beaucoup de webzines et de magazines, j’écoute des playlists, j’épluche les forums, je guette les sorties d’albums et je vais en concert et en festival dès que je peux pour voir ce que les groupes donnent en live.
Lorsque je commence vraiment à réfléchir à la programmation, je me fais d’abord un line-up « de rêve », sans regarder les propositions que j’ai reçues pour ne pas m’influencer. Notre public étant plutôt hétéroclite, il y a une petite gymnastique à faire pour essayer de contenter le plus grand nombre. J’essaie de mélanger de l’ancien, du nouveau, de l’inattendu, tout en plaçant ça et là quelques coups de cœur.
Ensuite, je me fais forcément rattraper par la réalité et dois composer avec les disponibilités des groupes et les réalités financières. C’est de la négociation commerciale, finalement. En tout cas, je peux vous assurer que l’affiche finale ne ressemble jamais à ce que j’avais prévu au départ !
En ce qui concerne l’organisation de mon année, c’est très saisonnalisé. Je suis sur la programmation de fin juillet à mi-novembre, puis je passe sur la partie administration une fois que l’affiche est sortie. Lorsque les sujets « admin » sont bien lancés, je passe sur la partie production, avec la coordination de l’équipe de production, la gestion des prestataires et des équipes terrain. Et une fois que le festival est passé, je repasse sur l’administratif, car il faut bien payer tout le monde !
Depuis la création du Hellfest, le festival est régulièrement sous le feu des critiques : programmation, éthique, équité, etc. Comment gère-t-on ce genre de retours ? Comment te prépares-tu à cela ?
J’ai l’impression que l’on vit un peu une « chasse aux sorcières » et que c’est, en un sens, la rançon de la gloire. Je trouve cela parfois injuste, car certains artistes passent dans des dizaines de lieux sans aucun souci et, dès qu’ils sont annoncés chez nous, on fait face à un déferlement de critiques, voire de haine.
Je pense qu’il faut savoir faire preuve de recul. Ce n’est « que » de la musique et ce monde n’est pas tout noir ou tout blanc. Surtout, il ne faut pas oublier que derrière le nom « Hellfest », il y a une équipe, de vrais humains.

"J’ai l’impression que l’on vit un peu une « chasse aux sorcières » et que c’est, en un sens, la rançon de la gloire. Je trouve cela parfois injuste, car certains artistes passent dans des dizaines de lieux sans aucun souci et, dès qu’ils sont annoncés chez nous, on fait face à un déferlement de critiques, voire de haine.
Je pense qu’il faut savoir faire preuve de recul. Ce n’est « que » de la musique et ce monde n’est pas tout noir ou tout blanc. Surtout, il ne faut pas oublier que derrière le nom « Hellfest », il y a une équipe, de vrais humains."
Nous essayons de faire attention à ce que l’on programme, en fonction de nos sensibilités et de nos valeurs, mais nous ne sommes pas infaillibles. Nous ne sommes pas à l’abri de passer à côté de quelque chose et ce genre d’acharnement peut être dur à vivre en tant qu’individu.
Nous avons un service communication qui est en première ligne face à ce genre de situation, mais à titre personnel, j’essaie de me préserver et de ne pas regarder ce qui se dit sur les réseaux sociaux ou dans la presse. Ce n’est pas une façon de faire l’autruche, mais simplement de rester focalisée sur ce qui compte vraiment : l’avis des passionnés de musique qui ne se contentent pas de relayer ce qu’ils peuvent lire sur les réseaux sans vraiment creuser les sujets en profondeur.
Quel est ton coup de cœur 2026 ? Et quel groupe rêverais-tu de faire jouer ?
J’ai eu deux coups de cœur cette année. Le premier, c’est Fulci, un groupe italien de slam death, bien énervé et débile comme j’aime. Pour le second, il s’agit de Thy Light, un groupe brésilien de black introspectif, voire dépressif. Ils ont une esthétique très léchée et les musiciens sont très bons. Ça te fait directement rentrer dans leur univers, c’est vraiment très efficace !
Concernant les groupes que je rêverais de faire jouer, il y en a quelques-uns, j’ai encore plein de choses à explorer ! Mais celui qui me fait le plus rêver serait une reformation de Necrophagist !
Depuis toutes ces années, tu dois avoir une anecdote particulièrement marquante à nous raconter ?
J’avoue que tous les ans, on se dit avec l’équipe qu’on devrait recueillir les anecdotes au fil des jours, car on finit par en oublier ! Cela dit, ce qui me vient immédiatement en tête et qui m’a le plus marquée — probablement parce que c’était ma première année au sein de l’équipe permanente — c’est un groupe qui était programmé sur la Temple et qui nous écrit la veille de l’ouverture du festival en nous disant : « Coucou, on vient d’atterrir à Paris, comment on fait pour arriver au festival ? » Ils avaient tellement fait leur préparation par-dessus la jambe qu’ils n’avaient même pas remarqué que le festival n’était pas à Paris… Ça a été le branle-bas de combat dans le bureau pour leur trouver un hôtel in extremis près de Clisson afin qu’ils ne passent pas la nuit dans leur van. On a passé deux heures à appeler une quarantaine d’hôtels avant de réussir à leur trouver quelque chose ! Mission accomplie, et on en a bien rigolé, mais sur le moment, on a tout de même eu un petit coup de chaud ! Heureusement qu’ils n’avaient pas prévu d’atterrir le jour J, car ça n’aurait probablement pas joué !
L’année 2027 au Hellfest sera dantesque : deux fois plus de scènes, un nombre de groupes colossal ! Comment abordes-tu cette prochaine édition ? Seras-tu également responsable des scènes jumelles des Altar et Temple ?
Dantesque, c’est bien le mot ! Je suis à la fois excitée par le challenge et mortifiée ! Un peu comme le purgatoire et le paradis, pour faire le parallèle avec Dante. En tout cas, j’ai déjà hâte d’y être, même si le chemin va être long et semé d’embûches. Et effectivement, j’ai la chance d’avoir la charge des nouvelles scènes jumelles d’Altar et Temple, qui seront Forge et Crypt.




