DEÛLE
On avait découvert Deûle en 2023 avec un très bel album éponyme, teinté de Post-Black et de sons Ambient et Doom. Pour son deuxième effort, le trio lillois a franchi un cap plus Punk et franchement plus offensif. Avec L’Appel du Vide, on entre dans l’univers plus personnel du groupe et dans des compositions à la fois cisaillées au scalpel et profondément ancrées sur une improvisation collective. C’est à l’occasion de leur récente tournée européenne, aux côtés de Bank Myna, que nous nous sommes entretenus avec Elya, Pierre et Vince.
Par Fred VDP / Photo : Zelda Sidonie
Il y a une véritable explosion sonore dans L’Appel du Vide, une musique beaucoup plus frontale. Comment expliquez-vous cette évolution ?
Ca nous échappe aussi, parce que ça vient de notre évolution personnelle, de celle de notre musique et de l'arrivée de Vince qui a changé toute la mouture du trio, étant donné qu'on ne compose qu'ensemble. Parfois, j'ai l'impression que le fait d'être à trois nous permet de trancher plus facilement, alors que dans certains collectifs ça ne marche pas. En revanche la façon dont on travaille n'a pas changé. On compose durant la semaine de répétitions ensemble, en diamant. Et nos particularités individuelles se retrouvent là-dedans. Si tu changes quelqu'un, ça change la musique. Tu parles d’un album plus frontal, je dirais que c'est plus l'éthique de l’ensemble dans son entier qui l’est devenue. Ça, c'était un peu voulu pour le coup, parce qu'on trouvait qu'il y avait quelques longueurs dans nos sets, dans les compos parfois, et on voulait se débarrasser un peu de toutes ces longueurs. On s'est amélioré dans l'écriture des morceaux.
On trouve une écriture en forme de récit sur cet album ?
Oui tu as raison, c’est un album qui est en continu, comme une histoire perpétuelle qui ne s'arrête pas. Différencier les titres, c'est difficile en fait. En concert on joue l'album dans cet ordre-là, découpé en deux morceaux, et on essaie de ne pas s'arrêter, juste en faisant les pauses nécessaires. Pour certains titres, on avait des textes bien écrits et bien huilés, avec le bon rythme, et pour d’autres ça a été plus difficile, on ne savait pas trop quoi dire sur tel couplet par exemple, donc Elya faisait du yaourt. Et puis on entendait des mots, et on a apposé un sens au yaourt (rires). On a beaucoup travaillé sur la rythmique des mots aussi.
Il y a parfois des mots et des sonorités qui font penser à d'autres. C'est comme ça qu'on se retrouve avec des lignes, des vers qui sont vraiment abstraits. On aime beaucoup, ça ressemble un peu à de l'écriture automatique.
Ne serait-ce pas tout simplement la définition ou l’essence de la musique de Deûle ?
Sans doute. On nous rapproche de la scène Metal, je pense qu'on a un pied dedans, mais en fait on ne sait pas vraiment en parler, même s'il y a plein d'éléments qui viennent de là. Pierre, par exemple, n’est pas un batteur de Metal, c’est un batteur de rock. Il ne fait pas de double ni de trucs ultra rapides et techniques. Nous avons tous les trois des univers musicaux relativement différents, en tout cas dans nos écoutes personnelles, et ça se ressent lorsque nous écrivons et nous jouons.

"On reste sur des thématiques urbaines et sur tout ce qui en devient un peu anxiogène dans nos vies modernes. Toutes les problématiques qui peuvent s'engendrer aussi bien au niveau personnel, émotionnel, qu'au niveau politique et social. Tout ça est venu un peu naturellement lors de nombreuses discussions. Un soir, après une répétition, l’un de nous a évoqué l'appel du vide, on est tombé assez d'accord sur le fait qu’il fallait appeler l’album ainsi."
La thématique reste fortement ancrée dans cette belle ville de Lille ?
On reste sur des thématiques urbaines et sur tout ce qui en devient un peu anxiogène dans nos vies modernes. Toutes les problématiques qui peuvent s'engendrer aussi bien au niveau personnel, émotionnel, qu'au niveau politique et social. Tout ça est venu un peu naturellement lors de nombreuses discussions. Un soir, après une répétition, l’un de nous a évoqué l'appel du vide, on est tombé assez d'accord sur le fait qu’il fallait appeler l’album ainsi. Il y a également une forme de résonance avec l'actualité dans certains titres. Cette envie de gueuler une colère légitime. Aujourd’hui la France se trouve au point culminant de cette colère, mais les prémices, on les avait déjà quand on écrivait l'album. Si ça pète maintenant, ça fait longtemps que ça bouillonne. On parle notamment de gentrification et de décisions politiques violentes qui affectent les gens.
Qui est cette Ophélia qui flotte dans la Deûle ?
C’est la jeune femme du tableau Ophélie, de John Everett Millais, qui a inspiré ce titre. Vince parle d’un « morceau aquatique » car on avait l'impression qu'il y avait une ambiance aquatique dans les notes que l'on jouait. Puis Elya a eu cette image du tableau, et les paroles ont…coulé de source ! (rires). C'était plus inspiré par le tableau que par le poème de Rimbaud qui s'est inspiré lui-même du tableau. C'est donc la continuité, on boucle la boucle en quelque sorte. Mais dans cette chanson c'est une Ophélia moderne, car c’est aussi l'occasion de parler du point de vue féminin dans la société.
Qu’a changé votre arrivée chez Frozen Records ?
On avait envie de se décharger de la partie administrative du groupe pour ne plus penser qu’à notre musique. Et pour être totalement transparent, on n'avait pas forcément les moyens de faire à la fois des t-shirts, des CD, des cassettes et des vinyles, c’est un peu beaucoup. Du coup, on a demandé à Frozen parce qu'en France, c'est un label important qui nous correspondait bien. C'est la première fois qu'on est sur un label, et du coup on se rend compte que ça nous décharge de plein de trucs. En fait, on a même pas pris d'attaché de presse, c’est Eddy qui fait la promo avec les contacts qu'ils ont déjà. On est assez content pour l'instant, les retours sont positifs.
DEÛLE
ORIGINE : Lille
LINE-UP : Elya (chant, claviers), Vince (guitares), Pierre (batterie)
FACEBOOK : deuleband
MERCH : deule.bandcamp.com



