CLEGANE
Depuis 2015, Clegane trace son chemin entre doom, grunge et noirceur introspective. Avec Ocean of Black Thoughts, le trio élargit son spectre musical sans renier son identité. Rencontre autour de ce troisième album, de son évolution et de ses influences.
Par Antoine Souchet
Trois ans séparent Ocean of Black Thoughts de votre dernière sortie. Dans quel état d’esprit Clegane s’est-il retrouvé au moment de commencer à travailler sur ce troisième album ?
Guillaume : En retard ! On jouait déjà la moitié des morceaux depuis plus de deux ans et tout était prêt à être enregistré. On a mis du temps à passer à la phase studio parce que ce qu’on préfère, c’est parcourir les scènes. On avait à la fois très envie de conclure cette étape et, en même temps, on était pressés parce qu’on est déjà en train de composer la suite !
Laurent : On a aussi passé plus de temps en post-production à travailler le son. On voulait quelque chose de plus personnel.
Vous cherchez à faire évoluer votre musique sur cet album. À quel moment avez-vous senti qu’il fallait faire bouger les lignes ?
Guillaume : On n’a pas senti le changement arriver. On a composé des morceaux selon notre instinct du moment et les choses ont pris forme ainsi. On a compris, en avançant dans le processus, que l’évolution se faisait naturellement. Elle s’est traduite en toute liberté, sans réelle réflexion.
Laurent : Il y avait peut-être aussi un besoin de faire passer un message plus personnel, propre à nos identités et à nos états d’esprit à l’époque de la composition.
Peut-on voir ce nouvel album comme une sorte de pont entre le Clegane des débuts et celui que vous êtes devenus aujourd’hui ?
Guillaume : Oui, complètement ! Ce qui ne veut pas dire que demain, on ne deviendra pas encore autre chose. Je pense qu’on est en perpétuelle mutation. Tout sera fonction des tripes et de notre histoire du moment. Pour ça, il est certain que nos disques sont totalement transparents de notre parcours intérieur.
Le grunge occupe une place plus importante sur cet album. Est-ce un retour naturel vers vos influences des années 90 ou une volonté consciente au moment de la composition ?
Guillaume : Ces influences ont toujours été perceptibles dans notre musique, mais on leur a ouvert la porte en grand. On assemble des tableaux qui nous plaisent et on s’aperçoit a posteriori que ça sonne plus 90’s ou autre. Clegane, c’est un réceptacle d’émotions, d’introspection. Notre musique n’a pas de limite de genre puisque, en tant que contenant, son rôle est de refléter le contenu.
Dépression, addictions, violence, errance intérieure… Ces thèmes accompagnent Clegane depuis longtemps. Est-il devenu plus facile ou plus difficile de les aborder après plus de dix ans de groupe ?
Laurent : Les thèmes vont de pair avec le son qu’on propose. Il y aura toujours ce côté introspectif dans les paroles. Ce sont des sujets qui me tiennent à cœur et j’ai envie d’être le plus authentique possible dans la façon dont je les délivre. Forever Doomed !
La pochette est réalisée à la main, mais rompt avec certains codes de vos précédents disques. Aviez-vous envie que le visuel matérialise immédiatement cette nouvelle étape ?
Guillaume : On voulait quelque chose d’organique. On voulait clore un triptyque autour des thèmes précédents, mais si on avait fait ça, on aurait forcé le concept, ce qui n’aurait pas collé à la musique. La proposition de Tib Gordon est donc tombée à pic. C’est ce que la musique lui a inspiré et c’est ce qui convenait parfaitement.

"On assemble des tableaux qui nous plaisent et on s’aperçoit a posteriori que ça sonne plus 90’s ou autre. Clegane, c’est un réceptacle d’émotions, d’introspection. Notre musique n’a pas de limite de genre puisque, en tant que contenant, son rôle est de refléter le contenu."
Tib Gordon découvre-t-il la musique terminée avant de travailler, ou existe-t-il un véritable dialogue entre son travail graphique et votre processus de création ?
Guillaume : C’est un vrai dialogue tout au long du processus. Parfois même au fil de la composition. Il y a un échange constant entre ce qu’on imagine visuellement et ce que la musique lui inspire. C’est assez fascinant de voir traduit en image ce que ta musique évoque chez quelqu’un. Tib Gordon comprend notre univers depuis le début, mais il a sa touche très personnelle et c’est ça qui nous lie.
Vous êtes passés des squats underground suisses à la Purple House du Hellfest en 2025. Quand vous regardez le chemin parcouru depuis 2015, qu’est-ce qui vous surprend le plus ?
Laurent : Tout ! L’évolution de notre jeu à trois, le public — leur nombre aussi —, les réactions, l’accueil des salles, les organisateurs, le temps pour s’installer sur scène, les blagues de fin de tournée, Tanguy, notre ingé son, qui arrive à gérer aussi bien de grosses scènes que des bars PMU…
Olivier : Je pense que les tournées accumulées nous ont permis de mieux nous connaître musicalement. J’ai pu apporter un certain groove et davantage de subtilité à la batterie dans le style initial et peut-être que cela a contribué au fait qu’on se rapproche encore plus des 90’s. Je suis toujours chaud pour jouer où que ce soit, et c’est cool si on arrive à emporter le public avec notre son.
Vos concerts sont décrits comme très viscéraux, presque comme une succession de vagues entre violence et contemplation. Comment transposez-vous les nuances de ce nouvel album sur scène ?
Guillaume : Très sobrement et dans une ambiance tamisée. On crée un moment très intime où on exprime corporellement la musique qu’on délivre. On veut que les gens se sentent connectés et le fil conducteur, c’est Laurent, qui alterne les moments d’exubérance et de confidentialité. Venez l’expérimenter !
Olivier : On a travaillé les nuances en amont avec Olivier Millot, afin de mettre beaucoup plus en avant la voix de Laurent, et on reproduit cela en live. On compte aussi pas mal sur le quatrième homme de Clegane, Tanguy, notre ingé son, qui nous accompagne sur toutes les tournées. Cela nous permet de nous sentir en confiance sur les prestations que nous délivrons et de faire en sorte que, autant que possible, le rendu soit fidèle à ce qu’on a enregistré.
Entre vos influences historiques et vos découvertes plus récentes, quels groupes vous inspirent aujourd’hui ? Et parmi eux, avec lesquels aimeriez-vous particulièrement partager la scène ?
Olivier : Pour ma part, ayant grandi dans les 90’s, mes influences historiques sont évidemment le grunge et le néo-metal, en passant par le hard rock, le punk et le hardcore. J’ai découvert le doom beaucoup plus tard, ou plutôt j’en écoutais sans savoir que c’en était. Depuis que je suis un Clegane, j’ai découvert des groupes comme nous, issus de la scène parisienne et de la scène française en général. Je crois pouvoir dire qu’on aimerait bien jouer avec Tar Pond, que Guillaume nous a fait découvrir l’an dernier.
Guillaume : Oui ! Tar Pond !
Laurent : J’aime beaucoup un trio parisien de doom qui s’appelle Margarita. C’est aérien et ultra-puissant.
CLEGANE
ORIGINE : France
LINE-UP : Laurent (basse, chant), Guillaume (guitare, chœurs), Olivier (batterie)
FACEBOOK : clegane.doom



