DANS TON ART - Ozzy & Blizzard Of Ozz
- Heretik Magazine
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Le premier de chaque mois, notre rédacteur Flavien Minne vous raconte la petite histoire des artworks qui ont fait les grands albums voire les grands artistes. Aujourd’hui, à l’occasion de la soirée hommage consacrée à Ozzy Osbourne, Ozzy Bloody Ozzy, organisée par Heretik Magazine et The Black Lab le 6 décembre prochain, il revient sur la pochette du premier album solo d’Ozzy Osbourne Blizzard Of Ozz. Une photo qui en dit long sur le personnage et qui a été réalisée par un des plus grands preneurs d’images du monde de la musique : Fin Costello.
Par Flavien Minne
Nous sommes en 1979… Après avoir passé plus de dix ans derrière le micro de Black Sabbath, Ozzy se fait réprimander par les autres membres du groupe. En effet, l’alcoolisme et la prise de substances psychoactives du chanteur étaient devenus incontrôlables. Des tensions apparaissent, surtout entre le bassiste Geezer Butler et Ozzy, en ce qui concerne, entre autres, les paroles. Au point que l’album Never Say Die! ne reçoit pas que des critiques dithyrambiques et que la tournée est catastrophique : Van Halen, le groupe de soutien, vole la vedette à Black Sabbath. Tony Iommi fait face à un dilemme : virer Ozzy ou voir Black Sabbath sombrer ; il optera pour le premier choix. Une nouvelle ère commence pour ce groupe mythique puisque Ronnie James Dio reprendra le chant pour l'album Heaven And Hell.

Parallèlement, Ozzy lance sa carrière personnelle. Il embauche alors deux anciens d’Uriah Heep, Lee Kerslake à la batterie et Bob Daisley à la basse. Il recrute également un jeune et talentueux guitariste américain inconnu du grand public : Randy Rhoads, qui décédera deux ans plus tard dans un accident d’avion. Ainsi sort le premier album solo d’Ozzy Osbourne : Blizzard Of Ozz. Et cet album fait parler de lui… Dans les neuf pépites, on retrouve bien évidemment “Crazy Train” et “Mr Crowley” - en l’honneur d’Aleister Crowley, écrivain occulte anglais ayant influencé de nombreux paroliers du Metal - mais également “Suicide Solution”, traitant de l’addiction à l’alcool. Cependant, en 1984, les parents de l’adolescent John Mac Collum portent plainte contre l’artiste et CBS, puisque leur fils a mis fin à ses jours, cette chanson tournant encore sur la bande de la cassette de son walkman au moment de la découverte du corps. Le couple a été débouté au nom de la liberté d’expression. Cet événement n’a fait qu’accroître la réputation d’Ozzy “Le Prince des Ténèbres” et le succès de l’album (qui a été produit par une certaine Sharon Arden... future Madame Osbourne).

Pour créer sa nouvelle identité visuelle, Ozzy Osbourne fait alors appel à un photographe de génie : Fin Costello. Né en Irlande, à Glenamaddy plus exactement, Fin s'intéresse très vite à la photo dès 1967, alors qu’il travaillait dans la marine marchande. Un an plus tard, le voilà parti à Londres pour étudier le photojournalisme. Il publie ainsi son travail dans les journaux pendant ses études. Mais, après le collège, en 1971, c’est vers les lights de la musique que s’oriente son objectif, réalisant, entre autres, la pochette de l'album Made In Japan de Deep Purple en 1972 et Alive de Kiss, datant de 1975. Si le travail de Fin Costello est apprécié, c’est indéniablement grâce à son style caractéristique, capable d’attraper l’énergie de l’instant présent, mais aussi de créer des portraits plus intimistes des artistes, un peu comme nos Méli et Moris D.C. nationaux (une chronique parlant de photographes sans évoquer les nôtres serait dénaturée. Bisous les amis !).
Ainsi, pour Blizzard Of Ozz, non seulement Fin a fait la pochette mais il est également l’auteur du livret dans lequel il immortalise les sessions d’enregistrement aux Ridge Farm Studios dans lequel on voit Ozzy et Randy travaillant ensemble. Si, pour les fans, ces images sont des trésors, la pochette est un gisement de platine pour Osbourne (platine… disque… Bon, ok, pas terrible mais je n’avais que ça en stock !). Elle montre un Ozzy dans une position dramatique, digne d’un acteur shakespearien, vêtu d’une cape rouge, allongé au sol de ce qui semble être un temple à côté d’un crâne et brandissant un crucifix, comme s’il venait de se jeter par terre après avoir forcé l’entrée, prêt à nous fracasser la tête avec son objet de supplice.
Les couleurs sont exacerbées et la lumière vive… La marque de fabrique de Fin Costello. La pochette devient cultissime et Ozzy doit une grande partie de son succès à celle-ci : le personnage du “Prince des Ténèbres” est réellement créé : une pincée d’occultisme, un soupçon de provocation, un peu de folie, mais aussi beaucoup de sacrilège, de blasphème et de théâtralité. Il est vrai aussi qu’Osbourne aime jouer les acteurs, intervenant plus tard dans, par exemple, Trick Or Treat de 1986, The Jerky Boys – The Movie et jouant son propre rôle dans Goldmember (Austin Powers), Little Nicky et South Park.
Puis Fin Costello réalise les artworks de Diary Of A Madman en 1981 et Bark At The Moon deux ans plus tard. Il œuvrera également pour Rush, Rainbow, AC/DC, The Cure, Tina Turner ou Freddie Mercury, offrant ainsi de magnifiques photos aux musiciens à hauteur de leurs talents. En 2011, il décide de se retirer du monde musical pour le monde du silence : il part avec les pêcheurs irlandais faire des reportages sur les fonds marins, un retour aux sources, en quelque sorte. Pas sûr que, dans sa combinaison, il ait ses écouteurs crachant “Crazy Train”.

















