DEVIN TOWNSEND
- Axl Meu
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Il est l’inusable, l’infatigable, l’intarissable : Devin Townsend. Deux ans après son précédent opus, l’artiste canadien nous revient avec un nouveau projet de longue haleine, The Moth, qu’il a mis près de dix ans à peaufiner. Œuvre symphonique rriche et envoûtante, The Moth dévoile une nouvelle facette de sa personnalité artistique, que le public aura le plaisir de découvrir sur scène lors du Metamorphosis Tour, le 22 septembre prochain au Bataclan à Paris.
Par Axl Meu
Deux ans après PowerNerd, tu reviens avec The Moth, un projet sur lequel tu travailles depuis longtemps. Que s'est-il passé entre ces deux albums ?
PowerNerd a été écrit en deux semaines. C'était un disque spontané, réalisé sans hésitation. En réalité, je l'ai composé pendant que je travaillais déjà sur The Moth. The Moth, lui, me suit depuis une dizaine d'années. Aujourd'hui que le projet est terminé, j'ai l'impression d'avoir libéré une énorme partie de mon cerveau. C'est comme lorsque le disque dur de ton ordinateur est saturé pendant des mois, puis que tu peux enfin effacer les fichiers et retrouver de l'espace. C'est exactement ce que je ressens.
N'était-il pas difficile de rester concentré sur ce projet, alors que tu as sorti d'autres disques entre temps ?
Si, bien sûr. Je pense même qu'on finit forcément par se perdre un peu. Pour mener à bien un projet de cette ampleur, il faut une certaine forme d'obsession. Le danger, c'est de perdre de vue qui l'on est. Heureusement, j'ai la chance d'être entouré de personnes qui savent me ramener sur terre lorsque c'est nécessaire. Une partie du processus consiste justement à se retrouver après s'être perdu dans le projet.
Tu as travaillé avec un orchestre et un chœur, du Pays-Bas, pour cet album. Un commentaire à ce sujet ?
La plus grande différence n'a pas été musicale mais humaine. Jusqu'ici, lorsque j'écrivais quelque chose de complexe, j'étais seul dans mon studio. Avec The Moth, il y avait parfois plus de 200 personnes impliquées. Le défi consistait à communiquer une vision à autant de monde. Je ne suis pas un compositeur académique qui va expliquer chaque détail technique d'une partition. Je fonctionne davantage par images et sensations. Je peux dire : « Cette partie doit être verte » ou « cette section doit ressembler à un insecte ». Quand tu travailles avec des musiciens classiques, il faut ensuite trouver des personnes capables de traduire ces images en langage musical. C'est là que la communication devient plus importante que la musique elle-même.
« Cette partie doit ressembler à un insecte… »… Pourquoi avoir choisi le titre The Moth ? Pourquoi cette image du papillon ?
Je prends rarement ce genre de décision de manière intellectuelle. Mon intuition m'a simplement dit : « C'est The Moth. » Le papillon de nuit est une métaphore évidente de la transformation. Depuis plusieurs années, je sentais qu'un changement important se préparait dans ma vie. Je ne savais pas exactement lequel, mais je percevais cette évolution. Puis les choses sont devenues plus claires : les enfants qui grandissent, les relations qui changent, le monde qui évolue, la pandémie, les guerres... Nous traversons tous des transformations permanentes.

"Le papillon de nuit est une métaphore évidente de la transformation. Depuis plusieurs années, je sentais qu'un changement important se préparait dans ma vie. Puis les choses sont devenues plus claires : les enfants qui grandissent, les relations qui changent, le monde qui évolue, la pandémie, les guerres... Nous traversons tous des transformations permanentes."
Justement, quelle est l'histoire racontée dans The Moth ?
C'est une histoire de transformation personnelle. Nous avons utilisé une structure narrative très classique : le voyage du héros. Les villes, la guerre et les différents personnages sont essentiellement des métaphores du conflit intérieur. À un moment donné, le personnage prend conscience qu'il existe deux forces contradictoires en lui-même. La guerre représente alors le début du processus de réconciliation intérieure. Cela peut parler d'un deuil, d'une séparation, d'une crise identitaire ou de n'importe quelle épreuve de la vie. L'idée est que chacun puisse y projeter sa propre expérience.
L'album existe également dans une version uniquement orchestrale...
Lorsque nous avons enregistré l'orchestre et le chœur, les musiciens adoraient les partitions. Puis ils ont découvert les versions complètes avec les guitares saturées, la double grosse caisse et les voix extrêmes ! Certains ont été un peu surpris... Je me suis alors demandé ce qui se passerait si l'on laissait l'œuvre orchestrale exister par elle-même. En travaillant uniquement sur cette version, j'ai réalisé qu'elle possédait sa propre identité. Finalement, The Moth est devenu deux interprétations différentes d'une même œuvre.
On retrouve également Steve Vai et Anneke van Giersbergen parmi les invités…
À ce stade de ma carrière, je recherche surtout des gens en qui j'ai confiance. Un projet comme The Moth est déjà suffisamment compliqué. Je n'ai pas besoin de problèmes supplémentaires. Steve et Anneke sont des collaborateurs de longue date. Ce sont des professionnels extraordinaires et, surtout, très compréhensifs. Sur un projet aussi ambitieux, c'est extrêmement précieux.
Avec toutes les personnes impliquées dans ce projet, penses-tu que The Moth pourra être joué sur scène ?
Tout dépendra du public. Nous avons déjà les partitions, les visuels, l'histoire et les musiciens. Techniquement, nous pourrions monter un véritable spectacle, voire quelque chose proche d'une production de Broadway. Mais je ne veux pas forcer les choses. Si les gens souhaitent voir The Moth sur scène, j'en serai ravi. Si ce n'est pas le cas, ce sera simplement un autre projet étrange dans ma discographie. Et ça me convient aussi.
Tu as déjà commencé à travailler sur la suite ?
Oh oui ! Je travaille actuellement sur un nouvel album qui devrait sortir relativement rapidement après The Moth. Il s'appelle Ruby Quaker. C'est presque l'opposé complet de ce que je viens de faire : plus direct, plus lourd, davantage centré sur les guitares et beaucoup moins complexe. Mais c'est toujours comme ça avec moi. Après un projet extrêmement ambitieux, j'ai besoin de simplicité. Puis, au bout d'un moment, je me lasse de la simplicité et je recommence à compliquer les choses.
Enfin, quel message aimerais-tu que les auditeurs retiennent de l'album ?
J'aimerais qu'ils l'écoutent avec un cœur ouvert et qu'ils le relient à leur propre expérience du changement. Mais j'aimerais aussi qu'ils comprennent une chose : malgré les dix années de travail, malgré toute l'énergie investie dans ce projet, ce n'est pas la chose la plus importante au monde. Je suis extrêmement fier de cet album. Je le trouve magnifique. Je suis fier de toute l'équipe qui a participé à sa réalisation. Mais au final, ce n'est qu'une œuvre. Une œuvre qui a demandé énormément d'énergie, certes, mais une œuvre parmi d'autres. Et maintenant, nous allons voir ce que les gens en feront.
DEVIN TOWNSEND
ORIGINE : Vancouver (Canada)
LINE-UP : Devin Townsend (tous les instruments)
FACEBOOK : dvntownsend



