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Haeresis Metal Fest (Sains-En-Gohelle)

  • Photo du rédacteur: Axl Meu
    Axl Meu
  • il y a 6 jours
  • 8 min de lecture

Les jours se suivent et se ressemblent en cette période de concerts et de festivals. Une semaine après avoir vécu un superbe Furious Cirkus, Heretik Magazine s’est rendu le samedi suivant  à Sains-en-Gohelle pour le non-moins génial Haeresis Metal Fest.

Par Blut Sauger / Photos : Moris DC

Il est désormais des dates incontournables dans l’agenda du métalleux des Hauts-de-France, de par la programmation mais aussi grâce au lieu. C’est le cas de la salle Marguerite qui a accueilli ce festival le 8 et 9 Mai dernier.


Modestement appelée comme tel, il s’agit en réalité de l’église Sainte-Marguerite néo-romane et désacralisée, au coeur des cités 10 et 10 bis, dessinée par le célèbre architecte Louis Cordonnier, connu pour avoir dressé les plans de l’église St-Vaast de Bailleul, la chapelle-basilique de Notre-dame de Lorette et la basilique de Sainte-Thérèse de Lisieux. L’endroit est donc magique surtout quand les rayons du soleil envahissent la nef après avoir transpercé les vitraux.


La veille, le vendredi donc, la salle a ouvert ses portes non pas pour un “warm-up” mais plutôt pour un “Cool Down (l’idée est amusante) avec les Belges de Fading Bliss, les Dunkerquois de MurrMurr et les Denaisiens de As I Slither, ainsi qu’une exposition de peintures d’Huk 300, l’un des organisateurs, mais surtout l’auteur des artworks des opus de Vector, grâce à la méthode bien particulière du “Cocacrylique”.


C’est sous l’astre solaire puissant, nimbant la place que les festivaliers attendent de rentrer par le bas-côté, passant devant l’association de Réduction De Risques en Milieu Festif Safe Pit Crew, qui propose bouchons d’oreilles, préservatifs, capotes de verre, alcootests et d’autres fournitures ainsi qu’une oreille attentive pour tous les sujets. L’accueil est tenu par deux bénévoles au large sourire qui met en avant le caractère détendu et familial du fest. Dans les bas-côtés, on retrouve les boutiques Banshee, déjà présente la semaine dernière à Lomme, et Adipocere de Dijon. De l’autre côté, Malpermesita Records and Bookstore, qui propose, entre autres, et en prévente “Le Fils Unique” le premier roman de Valérie Nowakowski, figure bien connue dans la sphère Metal. On lui souhaite bien évidemment toute la réussite possible.


Puis, sous le chemin de croix, les différents stands de merchandising des artistes. Le pronaos accueille le bar et la petite restauration (un food truck de maxi burger arrivera plus tard sur la place), et forcément le choeur accueille la scène, l’autel et le tabernacle cachés par un rideau noir.


D’ailleurs, celui-ci se fend pour Until Dead. Les gars d'Esquerdes proposent un Black Metal de plus en plus sombre au fil des prestations. Après une intro faussement douceâtre, la violence se fait sentir immédiatement dans la voix de JO pour “Rivière sanglante” pendant que Christ’Off martèle son kit et que les guitaristes slamment en ligne. Deux coups de cymbales et c’est reparti pour le rythme plus rapide de “1765”. Jo vomit littéralement son chant, la caisse claire balaye tout sur son passage tandis que les grattes font bourdonner les oreilles. Après “Souffrance Atroce”, le frontman se démène entre micro et guitare pour “Ma Blessure”. Le chant poussé maladif et sombre cède la place à un presque religieux alors que le clavier se montre inquiétant. Ce titre est probablement le plus poignant d’Until Dead. Les Audomarois terminent leur set par “Lorcières” à la guitare douce et nostalgique, avant que la peur envahisse nos esprits par le rythme nonchalant et pesant. Le final est chaotique. Le quintet, visiblement heureux de sa prestation, et à juste titre, quitte la scène sous les lights rouges et blancs.


Le temps de prendre une lampée ou le soleil et Frakasm rentre avec … Fracas. Butcher se place derrière son pied de micro en chaîne rigide, tandis que Jéjé, Nico aux guitares, et Aurélien à la basse balancent les riffs de “Unholy Sacrificial Eucharist”, bien campés sur leurs appuis. Les Dunkerquois enchaînent avec les deux titres suivants de l’album de 2023 And So The Blood Was Shed : “Dicelario Corporis” et ses changements de rythme et le très hétéroclite “Fire In The Sky” et son arrêt brutal.  “Merci !” avant que Butcher ne se rince le gosier d’une boisson houblonnée et une longue pause… Et elle est nécessaire vue l’énergie déployée. Deux incursions de Century of The Decline de 2017 (“Inferi Gloria” et “Treachery”) trouveront leurs places dans le set. A part deux titres, tout le dernier album est joué, le combo finissant par “Lunar Blood Obsession”. Frakasm vient de mettre le feu au public qui le lui rend bien.


On change d’ambiance avec Sangdragon. Les Mâconnais, habitués du Nord, avec le bassiste Will Hien, né à Carvin, et grand amateur des Sang et Or, proposent un black/Death médiéval, alliant guitare, synthé  et batterie aux instruments traditionnels, la voix de Lord Vincent Akhénaton au chant féminin . La petite troupe (A 8, on peut commencer à appeler ça une troupe) monte sur scène . L’énorme bassiste barbu porte une chemise aux manches coupées, le claviériste Edouard et Denis le percussionniste sont encapuchonnés, Coco la chanteuse, une tunique blanche, quant à Lord Vincent Akhenaton, il se présente face au public portant une tunique de cuir. Avec seulement deux albums en onze ans, Sangdragon entame son set par “Waterborn” et ses choeurs en latin, du premier Requiem for Apocalypse et continue par”Curse Of desert” dans un magnifique mélange de Metal hyper pêchu, de chant gothique et féminin avec un Lord Akhenaton à la voix profonde. “Merci! Vous êtes prêts ?” Et c’est parti pour un carnet de voyage épique avec “Front Of Steel”. La voix est rugueuse, le chant allongé et scandé comme le chant d’une grande armée. La guitare reprend le relais avant l’envolée lyrique féminine pour un final decrescendo. Le groupe et le public  font un “Horns up”  commun pendant les acclamations fournies. “Merci ! Ça va, tout le monde ? On est heureux de jouer dans le Nord à nouveau.” Suivent “Let The Fire Speak”, très Medieval Folk au chant féminin  onirique, le mystique “March Or Die”, l’alternance grosse voix  et de chant épique d’”Under My Stigmata” et “War Is War”, dont la plupart sont issus du double album Hierophant de 2023. Sangdragon offre ensuite deux cadeaux au public : “Dominium” et “The Victory is Mine”, des nouvelles compositions.Avant que Sangdragon ne s’appelle ainsi, il y eut les projets solo du frontman Daemonium et Akhenaton qui avait vu sortir l’album Divine Symphonies en 1995 et dont est issu “Final Battle”, l’avant-dernier titre du set . La fin est très Heavy avec “Father of All Kings”. “Dernière chanson… Petite reprise… Vous avez le droit de chanter … Ou pas.”En guise d’outro, le groupe reprend le générique de Game Of Thrones alors que Will brandit une écharpe du RC Lens. Le plus nordiste des groupes auvergnats reçoit une pluie d’applaudissements et un tonnerre d’acclamations.



Bien des styles sont représentés sur le podium de l’Haeresis. C’est au tour du Death Metal ultra-technique avec de longues parties de guitares de Carcariass. Fort d’une carrière débutée en 1991, les Bisontins ont une discographie  de sept albums-fleuves dont le dernier opus A Cold Black Day est sorti l’année dernière. Et, bizarrement, avec les deux premiers, celui-ci n’aura aucun titre représenté ce soir . Si, sur platine, les compositions peuvent exprimer quelques longueurs, il n’en est rien en concert, malgré des attitudes plutôt statiques. La bande de Raphaël Couturier entame ainsi son set par “Star Impulsion” sous les spots rouges et bleus. Si le chant rugueux est marqué par la monotonie, les notes s’alignent à la vitesse de l’éclair dans des arpèges des plus délicats. “Billion Of Suns” démarre plus lentement avec une accélération progressive. Raphaël déambule lentement pendant la partie instrumentale avant un roulement de tambour pour un redémarrage à toute vitesse. “On s’appelle Carcariass… On continue avec “Revenger” “.Le titre de l’album culte de 2002 E-Xtinction est ultra musical et donne envie de secouer la tête. La batterie se fait dansante et semble porter cette jolie cacophonie. Carcariass pioche dans sa discographie tel un joueur de Scrabble les lettres dans le pochon. Ainsi, la guitare de Pascal Lanquetin s’affole pendant “Genetic Conformity, Index et auriculaire levés, le frontman balance un “Ca va toujours ?” avant de lancer “No Aftermath”, titre différent des morceaux précédents avec des sonorités plus claires et un rythme un peu bizarre. Huit morceaux continuent la set-list dont “The Hive” relevant presque de la science-fiction, “Chaos and Decay” et “Psychotic Starship”. Au final, douze titres qui ont provoqué l’euphorie dans le public qui a passé son temps à headbanger.



Et si on repassait par la case Black ? Houle est l’un des premiers groupes annoncés pour cette édition. Les sociétaires du label nantais Les Acteurs De L’Ombre sont donc attendus de pied marin ferme surtout après la prestation au Muscadeath et la traversée d’Adsagona dans la foule de l’Altar de Clisson. Crabe, Zéphyr, Vikser et Graey Gaast déboulent sur scène embrumée, éclairée par la lumière tournante d’un phare, vêtus de marinières et de cirés ayant vu bien des tempêtes. Les musiciens accueillent la vocaliste portant une lanterne. Ces marins d’eau douce (non, ce n’est pas une insulte, juste qu’ils viennent de Paris) entament leur set par les trois premiers morceaux de l’album Ciel, Cendre et Misère Noire, sorti il y a déjà deux ans. Le chant d’Adsagona est acérée telle celle d’une sirène maléfique, poussant la voix au point d’être à la limite de percer les tympans de l’auditoire. On voit que les cours de chant de Jessy Christ Pinder Schlass de Usquam portent leurs fruits. Après “Sous les Braises du Foyer”, Adsagona, évoluant comme un pantin désarticulé, et ses acolytes oscillent entre les titres de l’album et ceux de l’EP Houle, dûment représenté avec trois morceaux sur quatre joués, finissant  par “Et Puis Le Silence” et “Sel, Sang et Gerçures”. Pendant une heure, les gratteux et batteur ont tendance à s’effacer dans la fumée , laissant la chanteuse haranguer le public, sauter partout, et se déchirer la voix sur l’egorizer. Le show est désormais bien rodé, sans surprise pour les amateurs mais tellement vivifiant comme l’air marin.



L’attente pour la prochaine prestation est plus longue de celles de la journée passée. Il faut dire que le kit de batterie rouge de Michiel Van Der Plicht est énorme. La légende Pestilence fait durer le plaisir avec de longues balances. Il faut avouer que Patrick Mameli et ses comparses bataves sont arrivés tard dans l’après-midi. Le début du concert est des plus bizarres : alors que le public pensait à de sempiternels tests son, le set commence par “The Sacrecies Of Horror”, laissant tout le monde pris de court. Le frontman bodybuildé (il aime montrer ses abdominaux sur Instagram) salue la foule compacte par un “Bonsoir” en lançant l’éternelle blague sur son niveau en français en énumérant quelques insanités. Avec une carrière en dent de scie (le groupe a connu des pauses entre 1994 et 2008, puis de 2014 à 2016), la setlist s’oriente essentiellement autour du classique Consvming Impvlse et le non-moins génial Testimony Of The Ancients avec quelques incursions d’autres opus. Patrick discute beaucoup avec le public, parle et parle encore, incitant la fosse à créer des circle pits pendant les riffs de “Twisted Truth”, “Chronic Infection” et “Devouring Frenzy”. Le set s'achève par un “Out Of The Body” de la dernière sortie de 2024 Levels Of Perception. Les membres se présentent face au public, doigts levés, recevant les hourras des fans dont certains n’étant venus que pour eux. Malgré les demandes de rappels en français, anglais et néerlandais, Pestilence ne reviendra pas. Le concert est clos avec le sentiment du minimum syndical effectué.


Ce ne sera que le seul furoncle sur la fesse de Miss monde comme disait Roland Topor. Tant L’Haeresis Metal Fest a de nouveau été flamboyant cette année, à l’image des vitraux non-figuratifs de Sainte-Marguerite. L’équipe organisatrice est toujours au top, et les bénévoles sont à leur image. Et que dire de la prog ’hétéroclite mais équilibrée ? Et de ce lieu toujours aussi incroyable ! Encore une fois, l’Haeresis Metal Fest a fait vibrer nos petits cœurs de Metalleux…. Alors il n’y plus que deux mots à dire : BRAVO et MERCI.



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