ITW - The Losts
- Chris Kilmister

- il y a 13 heures
- 10 min de lecture
Fort d'un EP et de deux albums, The Losts continue sa marche en avant en sortant, récemment, son troisième opus intitulé Venom Within. Dark, Black, Doom, Thrash sont au rendez-vous sur cet album qui traverse les frontières. DGC, guitariste du groupe, a répondu à quelques-unes de mes questions, et nous parle de cette nouvelle aventure.
Propos recueillis par Chris Kilmister
Salut à vous et merci de nous accorder ce petit moment. Pour commencer, pouvez-vous nous faire, en quelques mots, un petit historique du groupe ?
Salut ! Alors The Losts existe depuis 2010 avec JCR à la batterie et au chant Black, YGC au chant lead et à la guitare, GGV à la basse à l'époque, et moi-même, DGC, à la guitare et au chant Thrash. On tourne depuis nos débuts principalement en France, en Belgique et aux Pays-Bas, et on a eu la chance de partager la scène avec des groupes comme Serenity, Zornheym, Wizard, Loudblast et bien d'autres.On a sorti notre premier EP No God, No Devil en 2013, suivi de notre premier album ...Of Shades & Deadlands en 2016. En 2020, on a connu notre premier changement de line-up avec le départ de GGV et l'arrivée de PPG à la basse, qui a vraiment apporté un renouveau musical au groupe, une petite touche plus groovy. Notre deuxième album Mystery of Depths est sorti en 2021, et maintenant voilà Venom Within, notre troisième opus !
Votre précédent album, Mystery of Depths, est sorti en 2021, qu'a fait le groupe ces quatre dernières années ?
Après la sortie de Mystery of Depths en plein COVID, on a défendu l’album sur scène dès qu’on a pu rejouer en public. Puis, quand on s’est remis à composer, on a connu une petite traversée du désert, la première fois en 15 ans. On a tourné pendant plusieurs mois autour de 3 morceaux. Puis le déclic est arrivé, on ne sait pas trop comment. Tous les membres du groupe ont alors apporté leur pierre à l’édifice en termes de compo. Pour cet album, on voulait pousser la production plus loin. On a refait appel à Phil Reinhalter du Psykron Studio (Putrid Offal, Mercyless, Noise Emission Control, Hyldr…). On lui a demandé de prendre en charge la direction artistique et on s’est ensuite laissé guider. On a tout fait dans les règles de l’art : préprod complète, restructuration des morceaux, enregistrement (au Psykron Studio et en home-studio), mixage, mastering avec Frédéric Motte du Conkrete Studio (Loudblast, Eths, Gorod, TGOO,....). Une fois le produit fini, on a commencé à démarcher les labels pour arriver à un deal avec Inverse Records. Mine de rien, tout ce process de production nous a pris presque 2 ans.
On peut retrouver dans vos influences musicales, des groupes comme Mercyful Fate, Therion, Megadeth, Iron Maiden pour le côté prog. Avez-vous également des influences extra-musicales (films, livres, peinture,...) ?
Absolument ! YGC, qui écrit tous les textes et développe le concept des Égarés, s'inspire beaucoup de littérature, de mythologie, de psychologie et de philosophie. C’est aussi un grand fan de la culture scandinave qui est assez présente dans Venom Within. Notre concept est une mythologie imaginée qui sert de prétexte à une satire de nos sociétés, donc forcément, ça puise dans la littérature dystopique, les questionnements philosophiques sur l'existence humaine. On s’inspire aussi du cinéma, notamment les ambiances de Tim Burton : gothiques et très contrastées, sombres et colorées à la fois, et surtout peuplées d’êtres marginaux. Visuellement, on accorde énormément d'importance à l'artwork de nos albums. On a travaillé avec Stan W. Decker qu’on ne présente plus dans la scène Metal, puis Chadwick St John qui a bossé pour Darkthrone, et maintenant Alek Vladski. Ces artistes apportent une dimension visuelle essentielle à notre univers.
Parlons un peu de votre nouvel album, sorti fin d'année 2025, qui s'intitule Venom Within. Déjà, pour ceux qui ne l'ont pas encore écouté, comment leur présenteriez-vous cet opus ? Venom Within est notre album le plus collectif et le plus abouti à ce jour. Comme évoqué plus tôt, on voulait retrouver cette noirceur et cette intensité extrême que Phil Reinhalter avait apportées à Mystery of Depths, tout en poussant encore plus loin les limites de la production. C'est un album qui se joue des bornes du Heavy Metal comme on aime le faire, avec des titres qui voyagent entre Dark, Black, Doom, Thrash, et même des touches d’Orient et de Scandinavie. On y a intégré une multitude de "personnages" vocaux - du chant clair aigu ou grave, au growl en passant par des screams Black Metal - répartis entre les membres du groupe. On a compté jusque 20 pistes de chant par morceau. On voulait un album sombre, mélodique, puissant, avec un large terrain de jeu musical. Si t'aimes le Metal qui ne s'enferme pas dans une case, tu devrais accrocher !

C'est un album qui se joue des bornes du Heavy Metal comme on aime le faire, avec des titres qui voyagent entre Dark, Black, Doom, Thrash, et même des touches d’Orient et de Scandinavie.
Qui a composé la musique et comment s'est passé le processus de compo ?
La musique de The Losts est majoritairement composée par YGC. Sur cet album, l’écriture musicale a été un peu plus collective que sur les autres albums. On a chacun amené des morceaux.Le processus de compo, c'est vraiment un travail d'équipe. L’un d’entre nous arrive avec une première structure et des premiers riffs puis on jette des idées dessus. On fait tourner le morceau jusqu’à ce que sa forme nous convienne. Pour Venom Within, on a aussi travaillé étroitement avec Phil Reinhalter. On lui a donné plus de liberté pour nous pousser dans nos retranchements et challenger les morceaux, ça a été intense mais vraiment enrichissant.
Depuis vos débuts, vos textes narrent les aventures des Égarés. Que leur arrivent-ils sur ce nouvel album ? Comment vous est venu ce concept des Égarés ?
Le concept des Égarés est une mythologie fictive qui sert de prétexte pour dépeindre une satire de nos sociétés. Ces figures, nées de nulle part, sont animées par une soif d'humanité et se rapprochent de nos civilisations. Au fur et à mesure des textes, elles incarnent puis interrogent la nature profonde de l'Être humain, son pouvoir et le sens de l'existence.Sur Venom Within, comme le titre l'indique, on explore le venin intérieur, cette noirceur qui est en chacun de nous. Les Égarés continuent leur voyage à travers l'humanité, questionnant nos contradictions, nos peurs, notre violence, abordant aussi des sujets d’actualité comme l’IA Générale ou le transhumanisme. C'est une réflexion sur ce qui nous définit en tant qu'êtres humains, sur nos parts d'ombre et de lumière. Concernant l’origine du concept, il est venu du texte de notre toute première chanson "Kingdom Of The Losts", apparaissant sur l'EP No God, No Devil. Texte qui a également donné son nom au groupe : The Losts, avec un « s » au bout, néologisme en référence au nom propre, les Egarés. Et puis, YGC s'est appuyé sur ces premières paroles pour en développer un concept pour la suite des chansons.
Vous avez enregistré la batterie et la basse au Psykron Studio, par Phil Reinhalter, et les guitares, les instruments acoustiques, ainsi que les voix enregistrées au Lambs Studio par le groupe. Pourquoi ce choix ?
C'est un choix à la fois technique et pratique. On voulait retrouver Phil Reinhalter au WaveLight Studio (Psykron Studio) pour la batterie et la basse parce que ça lui permettait de bien maîtriser la base rythmique des morceaux. Il a aussi une grosse expertise en sonorisation de batterie. Pour les guitares, les instruments acoustiques et les voix, on a choisi de travailler au Lambs Studio, notre home-studio. Ça nous permettait d'avoir plus de flexibilité et de contrôle sur ces parties, de prendre notre temps pour expérimenter différentes prises et textures sonores. On a utilisé la même guitare pour toutes les pistes rythmiques afin de garder une homogénéité dans et entre les morceaux. Ensuite, Phil s'est occupé de l'editing, du mix et de la production, et Frédéric Motte du mastering au Conkrete Studio. Cette combinaison a vraiment bien fonctionné et nous a permis d'obtenir le son qu'on recherchait.
Quelle est, selon vous, l'évolution musicale (ou autre) du nouvel opus par rapport à Mystery of Depths ?
Venom Within est peut-être plus percutant et direct que Mystery of Depths, avec l’intention de maintenir ce tranchant et cette obscurité qui nous définit. YGC s’est complètement lâché sur les chants pour donner aux morceaux ce côté multi-personnages. Musicalement, c'est aussi l’album qui met le plus en avant la basse. PPG, qui avait rejoint le groupe juste avant Mystery of Depths alors que la production était déjà bien avancée, a eu cette fois-ci l'opportunité de vraiment s'exprimer et d'apporter sa vision groovy de la basse. Tu peux l'entendre clairement sur des morceaux comme “Black Out Days“ ou "Back To Never". Comme à notre habitude, on a fait quelques featuring bien sympathiques : Valérie Chantraine de Penumbra sur "Here Comes Tragedy", beats indiens par le célèbre artiste tamoul OfRo et piano par Gabrielle, la fille de YGC, sur "Mellem Verdenerne".
Comment êtes-vous arrivé chez Inverse Records ? Cette signature sur ce label, peut vous permettre de passer un cap ?
Après notre expérience avec Ellie Promotion et Season Of Mist Distribution pour Of Shades and Deadlands et Mystery Of Depths, on cherchait un partenaire qui pourrait nous aider à toucher un public encore plus large, notamment à l'international. On a démarché environ 200 labels (je bosse dans le marketing, donc j’ai quelques tuyaux pour automatiser la prospection), on a reçu 3 offres vraiment crédibles dont celle d’Inverse qu’on a retenue.
Inverse Records est un label finlandais réputé dans le milieu du Metal, et ils ont accordé leur confiance au groupe, ce qui nous honore vraiment. Nous sommes d’ailleurs l’un des seuls groupes français ayant signé chez eux. Inverse Records a une excellente réputation et un réseau solide en Europe et ailleurs. Ils travaillent avec des groupes de qualité et savent comment promouvoir un album. Pour nous, c'était effectivement une opportunité de passer un cap, oui, de gagner en visibilité et de professionnaliser encore davantage notre approche.

Pour Venom Within, ça continue dans cette direction. On a des chroniques qui viennent de partout ; une vingtaine de pays environ !
Après Stan W. Decker, puis Chadwick St John, c'est au tour d'Alek Vladski de s'occuper de l'artwork de l'album. La pochette est d'ailleurs magnifique. Qu'est-ce qui vous a amené à travailler avec lui ?
Merci ! On est vraiment fiers de cet artwork. Alek Vladski est un artiste indépendant extrêmement talentueux. C’est le cousin de JCR donc autant dire qu’on le connaît depuis pas mal d’années. On voulait déjà bosser avec lui sur le précédent album mais ça ne s’était pas fait. On adore son travail. Son style un peu abstrait mais incroyablement détaillé, en dégradé de gris et de rouge, colle parfaitement à l'univers sombre et mystérieux de notre musique. On voulait quelque chose de visuellement fort, qui interpelle, qui pose des questions, exactement comme notre musique et nos textes. Alek a totalement compris notre démarche et a livré une œuvre magnifique, une sorte de "cabinet de curiosités" affichant le vivant dans ce qu’il a de plus attirant et de plus toxique.
Depuis la sortie de l'album, tout se passe plutôt pas mal, vous avez de nombreuses chroniques provenant des 4 coins du globe. C'est assez rare pour un groupe français, non ? Cela vous ouvre-t-il des opportunités de jouer à l'étranger ?
Oui, on est vraiment ravis de l'accueil qui est fait à ce nouvel album ! Dès Mystery of Depths, on avait déjà touché un public international - l'album avait posé le pied en dehors de l'Europe, en Asie et en Amérique du Sud notamment. Plusieurs médias l'avaient placé dans les meilleurs albums de 2021, ce qui était déjà incroyable pour nous. Pour Venom Within, ça continue dans cette direction. On a des chroniques qui viennent de partout ; une vingtaine de pays environ ! il a même été classé dans le top10 des albums de 2025 par Tapage Nocturne, l’émission Metal qu’on écoutait tous quand on a commencé la musique. Pour nous c’est une consécration ! C'est vrai que pour un groupe français de Dark Heavy Metal, ce n’est pas si courant de toucher autant de pays différents. Mais pour l’instant, ça reste quand même timide par rapport aux opportunités de jouer à l’étranger.
Pensez-vous que l'histoire des Égarés pourra encore longtemps vous inspirer pour l'écriture de vos futurs textes ?
C'est une excellente question ! Le concept des Égarés est tellement riche et ouvert qu'il peut encore nous porter loin, je pense. Tant qu'on aura des choses à dire sur la nature humaine, sur nos sociétés, sur nos contradictions, les Égarés pourront servir de vecteur à ces réflexions. D’autant qu’on peut dire qu’on est servi actuellement, en termes d’actualités et de thèmes à explorer.
Vous avez toujours aimé introduire des instruments, ou des sons, un peu différents de ceux utilisés dans le monde du Metal. Cette fois, vous avez utilisé des percussions indiennes et des beats sur le titre « Mellem Verdenerne ». Comment vous vient l'idée d'utiliser tel ou tel instrument (ou son) sur un titre ?
On aime bien utiliser les instruments réels ou virtuels qu’on a chez nous : mandoline, oud, piano, synthétiseurs. On a pris pour habitude d’avoir au moins un morceau instrumental par album où on mélange les ambiances et les cultures. Pour "Mellem Verdenerne" par exemple, on voulait faire un morceau qui soit à la fois l’intro de "Muspellsheim Ascent" (en reprenant un des thèmes du morceau à la guitare acoustique) et un pont entre la Scandinavie, si cher à YGC, et l’Inde où vit notre sœur, à YGC et à moi-même. OfRo, célébrité indienne totalisant des millions de vues sur Youtube et qui est aussi notre beau-frère, a joué les percussions indiennes et les beats sur ce titre. Gabrielle, la fille de YGC, a ajouté du piano. On a ajouté du Oud et de la guitare acoustique, ainsi que des sons avec un synthé FM8. Ça enrichit vraiment la texture musicale et ça nous permet de créer des ambiances uniques. C'est ça qui fait la personnalité de The Losts - on ne se limite pas au traditionnel guitare/basse/batterie, on explore, on expérimente.
Quels sont les projets de The Losts pour l'année 2026 (concert, vidéo,...) ?
2026, c’est bien sûr l'année pour défendre Venom Within sur scène ! Et on a déjà commencé. La video, c’est aussi dans les cartons. D’ailleurs, on n’a pas encore trouvé de réalisateur, donc si quelqu’un est intéressé, il peut nous contacter !

The Losts, c'est :
YGC : chant, guitare
DGC : guitare
JCR : batterie
PPG : basse
Discographie
No God, No Devil (EP 2013) ... Of Shades & Deadlands (2016)
Mistery of Death (2021)
Venom Within (2025)



