LIVE-REPORT - Antilife + Corpus Diavolis + Animia + Hellebore (La Brat Cave - Lille)
- Axl Meu
- il y a 11 minutes
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Il y a des soirées qui restent gravées dans la mémoire. Celle organisée à la Brat Cave pour célébrer les dix ans d’Antilife, le 31 janvier 2026, en fait clairement partie. Entre rêverie, horreur, cérémonial et pure misanthropie, quatre groupes se sont succédé pour quatre atmosphères bien distinctes.
Par Flavien Minne / Photos : Meli Vas + Flavien Minne
La soirée débute avec un tout nouveau groupe lillois qui répond au doux nom de La Rose de Noël. Un nom à double sens. L’hellébore, fleur qui pousse dans la neige et le froid, symbolise l’espoir, mais aussi l’inquiétude puisqu’elle est fortement toxique. Dans l’Antiquité, on lui prêtait même des vertus pour soigner la mélancolie et la folie. Autour de la chanteuse Féa, Clément et Roman aux guitares, Thibault à la basse et Léo à la batterie prennent place sur scène. Tous portent des tuniques grises et noires, des colliers d’os autour du cou, le visage blanchi de corpse paint sombre. Avec ses longues tresses et son maquillage spectral, Féa semble sortie d’une légende.
Le set s’ouvre avec “Hyraeth”, mot gallois évoquant la nostalgie d’un lieu ou d’un temps que l’on ne peut plus retrouver. La chanteuse alterne voix claire et incantations presque sorcières, s’approchant régulièrement du bord de la scène ou descendant parmi le public pendant les passages instrumentaux. Des chants d’oiseaux suivis du crépitement d’un vieux gramophone introduisent “La Bête Immonde”. Après un texte parlé, le chant devient plus acéré tandis que la batterie martèle un rythme solennel. Féa déambule lentement sur scène, scrutant le public avant de remonter sur l’egorizer lorsque les guitares s’emballent.
Pendant “Sisyphe”, sous une lumière bleutée et la fumée qui envahit la scène, la chanteuse livre une interprétation particulièrement habitée. Assise à même le sol, elle exprime toute la tragédie du mythe grec à travers un chant déchirant. Le registre devient plus poétique avec “Hellebore”. Féa danse avec une fleur lumineuse qu’elle semble protéger ou élever comme un objet sacré. Après avoir remercié les groupes présents et la Brat Cave, La Rose de Noël conclut avec “Mille Coupures”, introduit par une question :« Quand l’homme oublie sa part de sacré, est-il toujours un homme ? » Le rythme, d’abord lent, explose dans un cri monumental avant que la chanteuse ne rejoigne une dernière fois le public pour un texte parlé final. Le black metal du groupe se révèle à la fois poétique, intellectuel et étonnamment singulier. Une très belle découverte.

Changement d’ambiance avec Amimia, duo originaire de Dortmund formé par Sven et Freyja. Leur musique se situe entre blackgaze et DSBM, dans une version bien plus brute que celle popularisée par Alcest. Entourés d’un batteur et d’un guitariste, ils ouvrent leur set avec “Shedding”, extrait de leur album Eigengrau sorti en 2025. Le chant est intense tandis que les parties instrumentales oscillent entre nappes de piano enregistrées, basse profonde et riffs abrasifs. “Disintegration” poursuit dans une veine plus rock avant que “Impermanence” n’accélère brutalement sous des lumières stroboscopiques. Les guitares se font nerveuses et les cris déchirants. L’introduction de “Doomed”, marquée par quelques notes de piano mélancolique et un grondement de tonnerre, installe une atmosphère plus lourde. Le groupe enchaîne ensuite avec “Amimia”, “A Home” et “Eigengrau”, morceaux portés par des riffs répétitifs et une énergie sombre. Sans mise en scène particulière, les Allemands offrent une prestation sincère et viscérale. Leur blackgaze, rageur et dépressif, frappe par sa spontanéité.

Place ensuite à Corpus Diavolis. Avec le groupe méridional, le concert prend la forme d’un véritable rituel. Deux grands candélabres encadrent la scène et le pied de micro orné d’un pentagramme annonce la couleur. Au centre du dispositif se tient Dimitar Dimitrov, alias Daemonicrator, impressionnant dans son corpse paint noir et blanc qui coupe son visage horizontalement. À ses côtés : un guitariste, le bassiste américain William “Funeral” Kopecki et un batteur masqué. Le rite s’ouvre avec “Chalice Of Fornication”, “Vessel Of Abyssimal Luxury” et “Cyclopean Adoration”, issus de l’album Elixiria Ekstasis (2024). Sur scène, Daemonicrator multiplie les gestes liturgiques : bénédictions inversées, crucifix léché puis enflammé. La cérémonie se poursuit avec “The Dissolution And Eternal Ecstasy”, morceau encore plus sombre où le chanteur déclame ses psaumes infernaux pendant que les guitares stridulent. Dans une fumée rougeoyante, le groupe interprète ensuite “Sharp Moon Devil’s Horn”, transformant la Brat Cave en véritable sabbat. Le set se conclut avec “His Wine Be Death”, final dantesque accompagné du cri :« Ave Satanas, Hail Satan ! »

Dernier groupe de la soirée : Antilife, venu célébrer ses dix ans d’existence lors d’une mini-tournée. Les musiciens apparaissent avec leurs corpse paints singuliers. Leur chanteur, Haine, entre sur scène vêtu d’une robe de chambre d’hôpital tachée de sang. Le concert débute avec “Hymne À La Mort” et “Despair Is My Home (A Loss Of Will To Live)”.
L’atmosphère devient immédiatement suffocante. Haine descend dans le public, provoque les spectateurs, puis se scarifie les bras sur scène. Le chaos sonore accompagne cette performance extrême.
Après “Les Yeux Fermés, Les Démons Dansent”, le groupe enchaîne “Addict” et “Tbilissi”, morceaux d’une violence sonore impressionnante. Les guitares slamment ensemble tandis que la batterie martèle un rythme frénétique. Plus tard, Haine invite Psycho, chanteur de Hats Barn, qui rejoint la scène pour interpréter “Worms” et “Bad Day”. Leur duo vocal, puissant et habité, marque l’un des moments forts du concert. La dernière ligne droite enchaîne “Welcome To My (Anti)Life”, “Life Is Pain”, “Life Will Take Us All” et “Praise Me, Worship Satan”. Le final arrive avec “Shoot In My Fucking Skull”. Les voix se superposent, l’énergie devient contagieuse et la folie collective envahit la salle. « Eh bien, merci, bonsoir ! »

La phrase résonne encore lorsque les lumières se rallument. Antilife vient de livrer un concert aussi violent qu’inoubliable. Au final, cette soirée anniversaire a tenu toutes ses promesses : des performances intenses, des univers variés et un public totalement investi. Une nuit comme la Brat Cave sait en offrir… et dont on se souvient longtemps.



