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LIVE-REPORT - Battle In The Nord (The Black Lab)

  • Photo du rédacteur: Axl Meu
    Axl Meu
  • il y a 53 minutes
  • 11 min de lecture

Les 24 et 25 janvier derniers, le Black Lab de Wasquehal accueillait pour la première fois la troisième édition du festival Battle In The Nord. L’association Alkh a vu les choses en grand, en très grand même, avec neuf groupes de Black et de Doom par jour. Heretik Magazine a fait ce marathon pour vous.

Par Flavien Minne / Photos : Moris DC & Flavien Minne

JOUR 1 :

Après une délocalisation forcée, l’équipe de Battle In The Nord se retrouve dans l’enceinte d’un temple régional de la musique : le Black Lab. Bien que très belle salle, elle a bien du mal à contenir les nombreux exposants tels que Gaet Gore, le luthier, Adipocere, le spécialiste du merchandising, et un créateur de bijoux, coincés entre les flippers et la montée d’escalier métallique. Mais les plus malheureux sont les merch guys des groupes, qui doivent se partager un espace incongru.


Pour se restaurer, un food-truck de burgers est à disposition sur le parking, ce qui peut paraître léger pour une salle qui peut contenir 666 personnes. Mais qu’importe, une sandwicherie et un fast-food sont dans la zone industrielle, et l’essentiel reste la musique.

Et ça tombe bien, Ost ouvre les hostilités. Le jeune groupe strasbourgeois, né en 2022, offre un Black Metal dont le thème est celui des différentes révoltes. Avec un premier EP, Œuvres Mortes, le quintet est sur le point de sortir un nouvel album. Les Alsaciens, tous vêtus de t-shirts rouges déchirés, ont déjà l’habitude de la scène, puisqu’ils ont ouvert pour Grima et Seth en 2025. La mise en scène est soignée, avec, entre autres, un porte-micro en forme de gibet. Ost inaugure le set par « Chasse-Gueux », extrait de l’EP, mais teste quatre titres à venir. Une prestation donc à haut risque, largement réussie si l’on en croit les applaudissements du public présent.


Déjà, le deuxième groupe arrive. La plupart des organisateurs montent sur scène. Les Lillois de Paths To Deliverance nous présentent quelques surprises : un line-up retravaillé avec le batteur de Skaphos derrière les fûts, Nathan Faure, un guitariste supplémentaire et désormais un A.S.A. au chant. Aux six membres, on associera deux calicots, un encombrant candélabre et un pied de micro bien imposant, ce qui rend l’impression d’un podium bien petit. Cependant, le frontman au visage noirci se meut aisément parmi ses comparses. Côté musique, par contre, aucune surprise : Paths To Deliverance nous délivre six titres de leur unique album Ten, paru en 2025 et basé sur l’horreur. A.S.A. se montre envoûté derrière son micro et sa prestation fait facilement oublier celle de James Spar auparavant. Après l’apéritif sympa d’Ost, Paths To Deliverance se montre croquant et craquant, comme dirait un célèbre pâtissier.


Premier grand groupe à thème, Skaphos entre en piste. Les quatre Lyonnais, vêtus de leurs longues vestes en lambeaux, tels des pirates fantasmagoriques, se présentent derrière leurs pieds de micro ornés de bois flotté et de filets de pêche. Skaphos, en grec, signifie « creuser », les plus vieux navires n’étant que des troncs évidés, le thème étant les profondeurs abyssales. Les désormais sociétaires des LADLO nous présentent essentiellement des titres du dernier album Cult Of Uzura (2025), ainsi que « Bathyscaphe » (2020) et « L’Éveil de Thooi » (2022). Discutant copieusement avec l’auditoire et offrant un set de belle facture, Skaphos gagne la sympathie du public, devenu plus compact si l’on en croit les applaudissements fournis. La salle est bouillante, prête à se prendre une claque monstrueuse. Le backdrop s’élève avec le logo signé David Thiérrée. Malphas est en piste. L’occasion pour les Lausannois de présenter leur nouveau chanteur, Szvilizs (Scrabble !), qui n’est rien d’autre qu’une pile électrique. « Nous sommes Malphas, êtes-vous avec nous ? » Les guitares forment un ensemble plus qu’harmonieux, que le chant casse par son rythme martial. Les autres membres du groupe sont également en pleine forme. On ne reçoit pas une onde de choc, mais plutôt une boule d’énergie, avec une intensité grandissante de titre en titre.


Pendant le set, Malphas étrille sa discographie : de « Awakening Excelsi Lucifari » d’Incantation (2017) à « Trenches » du dernier-né Extinct, paru en avril dernier, en passant par « Astral Melancholy » et « Evil », respectivement de 2022 et 2023. Mais, malheureusement, le groupe remercie trop vite le public en lui faisant des checks.


Alors là, nous allons avoir affaire à un pionnier de la scène Black Metal française. Christophe Chapelet, vêtu d’un gilet de cuir et de bracelets à clous, ainsi que sa bande — dont une guitariste montée sur ressorts et un batteur qui n’est autre que le sosie de Raspoutine. Depuis 1991, Gorgon lève haut les oriflammes de la sombre musique hexagonale et est produit par Osmose Prod, un gage de garantie depuis 2021. Le public s’agglutine devant la scène pour voir ce monument évoluer. Dès le premier titre, la batterie se fait tabasser, le frontman est dans la maîtrise du Mal et sa guitariste-choriste reprend les chœurs de sa voix acérée tout en faisant tourbillonner sa queue de cheval. Avec une discographie longue comme le bras, Gorgon nous délecte de titres comme « Tower of Gargoyles », « In The Grey Sky » ou encore « Depraved Conception »… Des œuvres historiques. Le show est absolument génial, l’énergie est communicative. Gorgon aurait largement mérité d’être plus haut sur l’affiche et, franchement, vu ce qui va arriver, on ne comprend pas trop le choix des organisateurs.


Servant est déjà venu au Black Lab en première partie de Groza et d’Ellende, le 8 octobre 2024. Avec trois albums à leur actif, les Allemands déboulent avec un corpse paint classique noir et blanc. Samaël, le chanteur, arrive encapuchonné, façon Empereur Palpatine. Ça joue très fort tout de suite. De façon théâtrale, le frontman crie sans avoir une voix spécialement Black, ni de growl. Finalement, Servant se sert de recettes qui fonctionnent : un peu de Behemoth, un soupçon de Mgła, sans forcément marquer les esprits. Le groupe reste une belle première partie malgré tout, mais le public ne méritait pas d’avoir une telle prestation à cette heure avancée. L’ambiance de Battle In The Nord retombe quelque peu, malheureusement, et ce n’est pas avec Invernoir que cela va s’arranger.


Les Romains étaient l’un des premiers groupes annoncés dès l’année dernière, alors faisons marcher notre curiosité : Invernoir nous propose un Doom gothique avec quelques bribes de Death, associé à un chant langoureux, des cris et de petites ritournelles électriques. Même si les amateurs du style paraissent conquis, nous sommes face à un groupe fortement influencé par un Paradise Lost des mauvais jours. Dommage ! Invernoir aurait davantage trouvé son public le dimanche, où le Doom était majoritaire.

La programmation redevient pertinente. Antrisch remet les pendules à l’heure et règle les sextants. Avec un EP et un album sobrement intitulés Expedition I et II, les Austro-Allemands, basés en Bavière, savent nous mettre dans l’ambiance tout de suite, ne serait-ce qu’avec une lampe de bateau. Avec leurs longs manteaux, leurs gilets à double rangée de boutons, leurs casquettes et leurs goggles, leur allure steampunk nous emmène sur le pont du bateau de John Franklin, lors de sa troisième expédition, comme le précise le titre « 68°15’N 98°45’W – 68°54’N 98°56’W ».


Et la date tombe plutôt bien : Expedition III sort bientôt, alors Antrisch est très enjoué. Le son et la voix sont parfaits. Maurice Wilson discute beaucoup avec le public, se déplace par des gestes lents, tandis que les trois guitaristes se livrent à des duels d’accords dans les volutes de fumée. Le groupe sait faire passer les sentiments de sa musique, jouant tantôt le calme de l’océan, tantôt ses tourments tempétueux.

Au niveau de la setlist, les titres s’enchaînent. Ainsi, le combo nous fait l’intégralité de l’album Expedition II dans l’ordre, suivi des deux premiers titres de Expedition I. Le Black Metal d’Antrisch est épique, mélodieux et absolument magnifique. Le public ne s’y trompe pas… ragaillardi, il acclame le quintet au centuple. Le stand merch est pris d’assaut. C’est probablement LE groupe qui a vendu le plus durant tout le week-end. Pas sûr qu’il leur restait un patch ou un pin’s à leur départ. L’auditoire est chauffé à blanc, même s’il a perdu pas mal de têtes. Il faut dire que l’organisation est très en retard, les balances ayant été plus longues que prévues. Lorsque le filiforme Vestal entre en scène, bras levés, accompagné de ses quatre acolytes de Merrimack, le public est en liesse. Le pointant du doigt, feignant de l’égorger, on sent que, ce soir, le frontman incarnera la déchéance de l’espèce humaine.


Les Parisiens entament leur set en force avec « The Falsified Son » de l’album Omegaphilia, pendant lequel la double pédale accompagne des paroles littéralement vomies dans le micro. Merrimack alterne ensuite entre des titres du dernier album Of Grace And Gravity et Of Enthropy And Life Denial, en incluant « Horns Defeat Thorns », issu de leur première démo de 2001. Le True Black de Merrimack est efficace et sans concession. Le set est hyper carré : les neuf titres s’enchaînent sans pause ni récupération. Vestal, avec sa voix déchirante, s’approche du public, déambule en se frappant la poitrine et le crâne, entouré de gratteux sous les coups de toms de l’homme-araignée qu’est Blastum. Le public plébiscite Merrimack, qui signe ici la plus belle façon de marquer son retour, refermant ainsi la première journée de Battle In The Nord.


JOUR 2 :

Les portes s’ouvrent sur le deuxième jour du festival. La journée est davantage consacrée au Doom, en incluant du Black — bref, l’inverse de la veille.

Ça commence pile poil à 14 heures avec Lying Figures, du nom d’un type de monstres dans Silent Hill 2. À trois sur scène, les Nancéiens nous délivrent un Doom teinté de Death, sous les limbes des lumières rouges et blanches. Le premier titre est une rêverie, idéale pour commencer. Mais après quelques accords de guitare et quelques claquements de caisse claire, le rythme s’accélère pendant « Euphoria and Misery ».

Frédéric Simon, basse à la main, alterne entre un chant poussif et profond avec une grande facilité. Le set est un ensemble de morceaux aux rythmes souvent changeants, comme « Remembrance » et « Self Hatred », dernier titre où le Doom concède sa place au Death. Un simple « Merci » et Lying Figures est déjà parti, laissant le plancher libre pour Mourning Dawn.

Les balances sont longues : rigueur et exigence sont au rendez-vous pour, encore une fois, un Doom auréolé de Death proposé par les Parisiens. Nicolas, le batteur aux gestes amples, Vincent Toxine, le bassiste chauve aux rouflaquettes, et Sylvain, le guitariste plus en retrait, accompagnent Pokemonslaughter (l’humour n’a pas de limites) dans son chant tiraillé.

Dès les premiers accords, la guitare est lourde et l’ambiance pesante. Les trois premiers titres, aux cordes appuyées, se montrent de plus en plus lents ; le chant est en réalité celui du cygne, tant il paraît déchiré. Après une période plus vive, marquée par une batterie presque trop optimiste, entraînant le public dans un slam, « Tomber du Temps » repart dans un tempo très lent, suivant des propos philosophiques enregistrés. Ce morceau à réflexion donne au tiraillement tout son sens. Pour le dernier titre, « Colour of Waves », issu du dernier opus, la batterie se fait funéraire, les cordes ondulent, les cris de douleur sont multiples. On ressent un véritable épuisement à la fin de ce set, qui nous met sur les rotules.


Soul Dissolution, d’Outre-Quiévrain, grimpe sur le podium. Pour l’occasion, Acharan, le chanteur, Threnos à la batterie et le multi-instrumentiste Jabawock sont assistés de deux compères pour nous dévoiler cinq titres de Post-Black, en commençant par « Sora I ». Acharan oscille entre son rôle de frontman et l’effacement, dos au public, lors des parties instrumentales. De petits accords, une cymbale, et voilà « Road to Nowhere ». Le chant est plus fort, l’intensité monte d’un cran avec le kit de batterie pétaradant, avant de laisser retomber la pression. Puis arrivent l’hyper dynamique « The Absolving Tide », détonnant par rapport aux deux premiers titres, ainsi que « Circle of Torment » et ses gros riffs qui nous entraînent vers la nébuleuse, pendant lequel le vocaliste s’arrache la cage thoracique en poussant son chant. Soul Dissolution prend le temps de remercier tout le monde, avec une pensée pour les organisateurs, en précisant qu’il s’agissait de leur première prestation en France. Les Belges finissent leur set par « Open Heart », pour un départ tout en douceur.


Chemises noires de rigueur, l’élégance des Parisiens de Monolithe entre en piste. À six sur scène, l’espace paraît minuscule. Qu’il a dû être difficile de choisir des morceaux, puisque depuis 2018 et l’album Nebula Septem, le groupe adopte ce qu’il appelle la temporalité conceptuelle, avec des titres au timing millimétré. De plus, le dernier opus, Black Hole District, est un concept-album. Ainsi, pour quarante minutes, Monolithe pioche dans sa discographie, en commençant par « Sentience Amidst the Lights » avec le son du CS-80, puis « Soyuz » de Kosmodrom, chacun durant dix minutes pile. Étonnamment, la voix de Quentin Verdier est plus caverneuse en concert qu’en studio. « Bonsoir, nous sommes Monolithe, et nous allons remonter dans notre histoire avec Monolithe III »… enfin, un tout petit bout, car ce titre-album dure cinquante-deux minutes.


La musique de Monolithe s’écoute presque religieusement ; le public slamme en douceur. Ce titre présente des moments planants mais aussi intenses. « Nous repartons 23 ans en arrière avec notre tout premier chapitre, Monolithe I. » Les arpèges s’entremêlent, s’entrechoquent avec la voix. I est la rencontre entre la douceur du marbre poli et la rugosité du granit. Tout est calibré, jusqu’au light bleu éclairant la cymbale au moment précis où elle est frappée. Quarante minutes de Monolithe, c’est court, trop court même… On en aurait bien repris un peu.


La transition se fait par le Doom/Death d’Officium Triste. Les Hollandais de Rotterdam sont de vieux briscards : le groupe a sorti un EP et sept albums depuis sa création en 1994. Le combo se concentre plutôt sur ses deux dernières créations, parues en 2019 et 2024, tout en incluant « The Inner Twist » de 2004. Si Pim reste bien derrière son micro, les guitaristes sont extrêmement mobiles. Le chanteur parle beaucoup au public, rappelant que ce soir n’était que leur deuxième passage en France. La particularité de la musique d’Officium Triste est le clivage entre une musique douce, appuyée par des claviers, et une voix des plus profondes, assistée d’une batterie très puissante. Ainsi, le son vient peser sur nos épaules, comme pendant le dernier morceau « Like a Flower in the Desert ». « Merci beaucoup ! Vive la France ! »


Pour la seconde fois du week-end, l’équipe organisatrice monte sur scène. La bande de James Spar, Alkhemia, est désormais en roue libre, le show étant bien rodé, mais le groupe annonce une seconde réalisation pour ce printemps. Comme à leur habitude, A.S.A. et Le Prince sont en ligne, tandis que le chanteur aux dreadlocks jusqu’aux pieds arpente la scène, torches à la main, manquant de peu le rideau sur le côté, hurlant et vociférant. Le chant symbolise l’horreur, l’ambiance est délétère et les lights rouges font des protagonistes des ombres. Un show somme toute classique d’Alkhemia, mais bougrement efficace.


Puis vient le tour de Marche Funèbre. Les Flamands remplacent au pied levé leurs compatriotes de On Heil suite à la blessure de leur batteur. Présents lors de la deuxième édition en 2025, Arne Vandenhoeck s’en amuse : « Qui était là l’année dernière ? », et finit son concert par un « À l’année prochaine ». Sur scène, ils assurent toujours autant avec des titres percutants de Doom/Death tels que « Palace of Broken Dreams ». Bon, bah… à bientôt, alors !


Décidément, le Benelux est à l’honneur ce week-end. Antzaat, combo belge de Black Metal avec seulement un EP et un album sortis en 2020, et n’ayant pas grande actualité, est propulsé en quasi tête d’affiche. Visages masqués sous des capuches floquées de leurs sigils personnels, le groupe joue fort, vite et très bien. Cependant, il est à regretter qu’il n’y ait aucune innovation si vous connaissez Mgła. Bref, du Black à capuche, quoi !


Le festival s’achève avec Besatt. Les Polonais déboulent avec tout leur décorum sataniste : pentagrammes, torches, crânes… Représentants du True Black de la journée, Beldaroh et sa bande ont le choix dans leur discographie puisque, depuis 1991, ils ont sorti onze albums, des EP, des compilations et des splits. On peut dire que ce sont des pionniers du style. Après une courte intro, le quatuor entame « Master of Ceremonies » de l’album Demonicon (2010), puis enchaîne sur « Final War » (2006), puisant jusqu’en 2002 avec « Ave Master Lucifer » et finissant par « Mad Minds », issu de l’EP de 2010.


Ainsi s’achève la troisième édition de Battle In The Nord, devant un parterre plutôt clairsemé. Il faut dire que le deuxième jour a vu une affluence moindre que la veille, que l’organisation a pris beaucoup de retard (presque une heure), que la programmation était ambitieuse — trop, peut-être ? — avec dix-huit groupes, et que la fatigue se fait sentir. Bien sûr, on pourrait retenir les couacs, mais on se concentrera sur les belles choses : de très belles découvertes comme Antrisch et Skaphos, le plaisir de revoir Gorgon et Merrimack, ainsi que de superbes prestations de Monolithe et d’Ost, le tout ponctué de belles rencontres. À l’année prochaine !


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