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MOONSPELL

  • Photo du rédacteur: Axl Meu
    Axl Meu
  • il y a 16 heures
  • 6 min de lecture

Le Portugal n'est pas la première nation à laquelle on pense lorsqu'il est question de metal. Pourtant, depuis plus de trente ans, Moonspell s'impose comme le porte-étendard de la scène portugaise, malgré l'émergence récente de groupes comme Gaerea. Alors, lorsque Fernando Ribeiro et ses compagnons dévoilent un nouvel album, difficile de passer à côté. Intitulé Far From God, ce treizième opus nous offre l'occasion d'échanger avec son emblématique chanteur.

Par Axl Meu

Cinq ans se sont écoulés depuis Hermitage. Pourquoi avoir pris autant de temps ?

Parce qu'on ne voulait pas sortir un disque juste pour respecter un calendrier ou je ne sais quoi. Après Hermitage, nous avons traversé une période très étrange. La pandémie nous a privés de ce qui donne un sens à notre existence de groupe : les concerts, les tournées, le contact avec le public... Cet album n'a jamais pu vivre normalement.

Nous avons commencé à écrire assez rapidement, mais il y avait toujours cette même question qui revenait : « est-ce que cela a encore du sens ? » Après plus de trente ans de carrière, nous ne voulions pas composer par automatisme. Nous avions besoin d'une vraie raison d'écrire. Nous avons préféré attendre. Attendre que l'inspiration revienne, que les chansons trouvent leur propre direction. J'aime dire que nous avons attendu que la lumière revienne. Et quand elle est revenue, tout s'est enchaîné très vite. Le titre, le concept, les chansons… Tout s'est mis en place naturellement.

 

À l'écoute de Far From God, on a l'impression d'entendre un album qui va à l'essentiel. Il est plus direct, plus organique, sans jamais perdre l'identité du groupe : ici, on est clairement dans un opus de metal gothique sobre.

C'était exactement notre objectif, même si nous ne nous l'étions pas formulé comme ça. Nous ne nous sommes jamais dit : « Faisons un album plus heavy » ou « Revenons au gothic metal ». Beaucoup de groupes cherchent à impressionner par la technique. Nous, ce n'est pas notre manière de procéder. Nous ne sommes pas Meshuggah, nous ne faisons pas du mathcore. Nous avons toujours privilégié l'émotion. Je crois que la force de Moonspell réside davantage dans sa capacité à raconter des histoires que dans la démonstration musicale. C'est aussi pour cette raison que nous avons volontairement simplifié la production. Nous avons retiré énormément de couches. Très peu de programmations, très peu d'artifices. Ce que l'on entend sur le disque a réellement été joué.

La simplicité est probablement la chose la plus difficile à atteindre. Quand il n'y a qu'une ou deux guitares, chaque détail compte. La moindre approximation devient immédiatement audible. Cela demande beaucoup plus de précision qu'on ne l'imagine.


Le titre de l'opus « Far From God » peut facilement être interprété comme une sorte de provocation. Pourtant, ce n'est pas le cas.

Parce que ce n'est pas une provocation. Je ne voulais pas écrire un album contre la religion. Ce serait beaucoup trop simple. Quand je parle d'être « loin de Dieu », je parle surtout d'être loin de nos valeurs. Loin de la compassion, loin de l'amour, loin de la fraternité. Nous vivons dans un monde où des guerres continuent d'être menées au nom de Dieu, quelle que soit la religion concernée. Je ne voulais pas faire un disque politique. Les gens sont déjà submergés par les informations en permanence. Je préfère poser des questions que donner des réponses.

Au fond, Far From God parle des grands thèmes qui ont toujours accompagné Moonspell : la foi, le doute, la perte, l'amour, la douleur. C'est un album profondément romantique, presque baudelairien dans son approche. Il ne cherche pas à dire aux gens quoi penser. Il les invite simplement à réfléchir.



"Nous vivons dans un monde où des guerres continuent d'être menées au nom de Dieu, quelle que soit la religion concernée. Au fond, Far From God parle des grands thèmes qui ont toujours accompagné Moonspell : la foi, le doute, la perte, l'amour, la douleur..."


Parmi les morceaux les plus marquants du disque, « The Great Wolf in the Sky » dégage une émotion particulière. Derrière cette chanson se cache une histoire très personnelle...

Oui… Au départ, ce n'était pas du tout une chanson hommage. Depuis toujours, le loup est une figure importante dans l'univers de Moonspell. Je voulais revenir à cette imagerie, mais d'une manière différente. Je n'avais pas envie de refaire un morceau sur les loups-garous ou de recycler des thèmes que nous avions déjà abordés. J'imaginais plutôt un « grand loup cosmique », une présence dans le ciel, presque une constellation. Musicalement, le morceau possédait déjà cette mélancolie, avec les cordes et les claviers qui lui donnent une dimension très cinématographique.

Puis, pendant l'enregistrement, j'ai reçu un appel de mon frère. Un de nos amis venait de mourir brutalement. C'était quelqu'un que nous connaissions depuis toujours, un des tout premiers fans de Moonspell à Porto. Sa famille était très proche de nous. En discutant avec sa sœur et sa fille, j'ai appris qu'elles le surnommaient « le Loup ». À ce moment-là, tout a pris un autre sens. J'ai demandé leur autorisation pour lui dédier la chanson. Je trouvais important qu'elles soient d'accord avant de prendre cette décision. Finalement, "The Great Wolf in the Sky" est devenue un hommage à cet ami. Malheureusement, ce n'est pas la première fois que nous perdons quelqu'un qui a compté dans notre histoire. Mais je crois profondément que la musique peut aussi apporter du réconfort. Elle permet de célébrer une vie autant que de pleurer une absence.


Pour la deuxième fois consécutive, vous avez fait confiance à Jaime Gomez Arellano derrière la console.

Oui, et cette fois, nous nous connaissions beaucoup mieux. Sur Hermitage, nous étions encore en train d'apprendre à travailler ensemble. Avec Far From God, nous avions une vision très claire de ce que nous voulions. Je lui ai simplement dit : « Nous ne cherchons pas à enregistrer un album de death metal, de metal industriel ou de metal progressif. Nous voulons faire un grand album de gothic metal. Un disque qui sonne immédiatement comme Moonspell. » Il a parfaitement compris cette idée. Jaime est un producteur à l'ancienne. Il est capable d'entendre des détails qui échappent à tout le monde. S'il estime qu'une guitare ou une ligne de chant n'est pas parfaitement juste, il préfère refaire la prise plutôt que de la corriger artificiellement. J'aime énormément cette philosophie. Au fil de l'enregistrement, il est devenu bien plus qu'un producteur. Honnêtement, j'ai parfois eu l'impression qu'il était le sixième membre du groupe. Nous avons travaillé avec beaucoup de grands producteurs au cours de notre carrière, mais Jaime possède quelque chose de particulier. Il s'implique émotionnellement dans le projet. Il ne se contente pas d'enregistrer un album ; il cherche à comprendre ce que Moonspell veut raconter. Je pense que nous avons enfin trouvé la personne capable de nous accompagner sur le long terme.


L'artwork est lui aussi particulièrement réussi. Vous avez travaillé avec Eliran Kantor, dont le style est immédiatement reconnaissable. Comment cette collaboration est-elle née ?

J'admire son travail depuis très longtemps ! Il m'est même arrivé d'acheter certains albums uniquement parce qu'il en avait réalisé la pochette. Je l'ai contacté très tôt, alors que nous n'avions même pas encore arrêté le titre de l'album. Je savais qu'il était très demandé, alors je voulais être sûr qu'il puisse travailler avec nous.

Et il a fait preuve d'une patience incroyable, parce que pendant plusieurs mois, je n'ai cessé de changer d'avis. Le titre évoluait, les textes aussi, parfois même le concept prenait une autre direction. À chaque fois, il m'écoutait, sans jamais perdre patience. Lorsque je lui ai enfin envoyé les démos de Far From God, tout s'est débloqué. Je lui avais soumis quelques idées de départ : un loup, une croix, plusieurs symboles qui me semblaient liés à l'album… Et il m'a répondu : « Oublie tout ça. » (Rires.)

Il m'a expliqué qu'il travaillait depuis plusieurs années sur une peinture très personnelle, sans jamais avoir trouvé le bon groupe ou le bon album pour l'utiliser. Après avoir écouté Far From God et lu les paroles, il a immédiatement compris que cette œuvre leur appartenait. Quand j'ai découvert son premier croquis, j'ai su qu'il avait trouvé quelque chose que je n'aurais jamais été capable d'imaginer moi-même. Pour moi, cette illustration dépasse largement le cadre d'une pochette de disque. C'est une véritable peinture !


L'album est désormais disponible. Quid de la scène désormais ?

Nous avons déjà joué quelques nouveaux morceaux et les réactions sont très encourageantes. Les retours sur le disque sont excellents, les précommandes aussi, mais rien ne remplacera jamais la scène... C'est là que nos chansons prennent tout leur sens. Nous allons reprendre la route cet été, puis une grande tournée européenne suivra en 2027, avec plusieurs dates en France. Tout cela sera annoncé en temps et en heure.

MOONSPELL

ORIGINE : Portugal (Lisbonne)  

LINE-UP : Fernando Ribeiro (chant),  Ricardo Amorim (guitare),  Pedro Paixão (claviers, guitare), Aires Pereira (basse), Hugo Ribeiro (batterie) 

MERCH : Moonspell Official Store

FACEBOOK : Moonspell Official



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