MOONSPELL
- Axl Meu
- 7 juil.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 juil.
Le Portugal n'est pas la première nation à laquelle on pense lorsqu'il est question de Metal. Pourtant, depuis plus de trente ans, Moonspell s'impose comme le porte-étendard de la scène portugaise et parrain de groupes plus récents comme Gaerea. Alors, lorsque Fernando Ribeiro et ses compagnons font paraître un nouvel album, difficile de faire l'impasse. Intitulé "Far From God", il a été le principal de sujet de notre nouvelle conversation avec son emblématique chanteur !
Par Axl Meu
Cinq ans se sont écoulés depuis Hermitage. Pourquoi avoir pris autant de temps ?
Parce qu'on ne voulait pas sortir un disque juste pour respecter un calendrier déjà établi ou je ne sais quoi. À la sortie Hermitage, nous traversions une période très particulière. La pandémie nous a privés de ce qui donne un sens à notre vie : les concerts, les tournées, le contact avec le public... Cet album n'a jamais pu être défendu comme il se doit.
Nous avons commencé à écrire assez rapidement, mais une même question revenait sans cesse : « Cela a-t-il encore du sens ? » Après plus de trente ans de carrière, nous ne voulions pas composer par automatisme et avions besoin d'une vraie raison d'écrire. À la place, nous avons préféré attendre. Attendre que l'inspiration revienne et que les chansons trouvent leur propre direction. Finalement, tout s'est mis en place naturellement.
Far From God est un opus qui va à l'essentiel. Il est plus direct, plus organique. Ici, on est clairement dans un opus de metal gothique sobre.
C'était exactement notre objectif, même si nous ne nous sommes jamais dit : « Faisons un album plus heavy » ou « Revenons au gothic metal ». Beaucoup cherchent à impressionner par la technique. Nous, ce n'est pas notre cas. Nous ne sommes pas Meshuggah, nous ne faisons pas du mathcore ou du djent. Notre musique a toujours été une question d'émotion. Je crois que la force de Moonspell réside davantage dans sa capacité à raconter des histoires, surtout. C'est aussi pour cette raison que nous avons volontairement simplifié la production. Nous avons retiré énormément de couches et tout ce que l'on peut entendre sur le disque a réellement été joué.
Autre détail important : quand il n'y a qu'une ou deux guitares, chaque détail compte. La moindre approximation devient immédiatement audible. Cela demande beaucoup plus de précision qu'on ne l'imagine.
Comment interpréter le titre « Far From God » ?
Je ne voulais pas écrire un album contre la religion. Ce serait beaucoup trop simple. Quand je parle d'être « loin de Dieu », je parle surtout d'être loin des valeurs de la religion. Loin de la compassion, loin de l'amour, loin de la fraternité. Nous vivons dans un monde où des guerres continuent d'être menées au nom de Dieu, quelle que soit la religion concernée. Je ne voulais pas faire un disque politique. Les gens sont déjà submergés par les informations en permanence. De moin côté, je préfère poser des questions que donner des réponses. Je ne sais pas !
Au fond, Far From God parle des grands thèmes qui ont toujours accompagné Moonspell : la foi, le doute, la perte, l'amour, la douleur. C'est un album profondément romantique, presque baudelairien dans son approche. Il ne cherche pas à dire aux gens quoi penser. Il les invite simplement à réfléchir.

"Nous vivons dans un monde où des guerres continuent d'être menées au nom de Dieu, quelle que soit la religion concernée. Au fond, Far From God parle des grands thèmes qui ont toujours accompagné Moonspell : la foi, le doute, la perte, l'amour, la douleur..."
Parmi les morceaux les plus marquants du disque, « The Great Wolf in the Sky » dégage une émotion particulière. Derrière cette chanson se cache une histoire très personnelle...
Oui… Au départ, ce n'était pas censé être une chanson "hommage". Depuis toujours, le loup est une figure importante dans l'univers de Moonspell. Je voulais revenir à cette imagerie, mais d'une manière différente. Je n'avais pas envie de recycler des thèmes que nous avions déjà abordés. Pour ce morceau, j'avais en tête un « grand loup cosmique », une présence dans le ciel, presque une constellation. Musicalement, le morceau était déjà fort d'une forme de mélancolie, portée par les cordes et les claviers qui lui donnent une dimension très cinématographique.
Puis, pendant l'enregistrement, j'ai reçu un appel de mon frère. Un de nos amis venait de mourir brutalement. C'était quelqu'un que nous connaissions depuis toujours, un des tout premiers fans de Moonspell à Porto... Sa famille était très proche de nous. En discutant avec sa sœur et sa fille, j'ai appris qu'elles le surnommaient « le Loup ». À ce moment-là, tout a pris un autre sens. J'ai demandé leur autorisation pour lui dédier la chanson. Je trouvais important qu'elles soient d'accord avant de prendre cette décision. Finalement, "The Great Wolf in the Sky" s'est transformé en hommage...
Pour la deuxième fois consécutive, vous avez fait confiance à Jaime Gomez Arellano pour la production.
Oui, et cette fois, nous nous connaissions beaucoup mieux. Sur Hermitage, nous étions encore en train d'apprendre à travailler ensemble. Avec Far From God, nous avions une vision très claire de ce que nous voulions. Je lui ai simplement dit : « Nous ne cherchons pas à enregistrer un album de death metal, de metal industriel ou de metal progressif. Nous voulons faire un grand album de gothic metal. Un disque qui sonne immédiatement comme Moonspell. » Il a directement compris cette idée.
Jaime est un producteur à l'ancienne. Il est capable d'entendre des détails qui échappent à tout le monde. S'il estime qu'une guitare ou une ligne de chant n'est pas parfaitement juste, il préfère refaire la prise plutôt que de la corriger artificiellement. C'est une philosophie qui me sied à merveille ! Au fil de l'enregistrement, il est devenu bien plus qu'un producteur : c'était le sixième membre du groupe. Nous avons travaillé avec beaucoup de grands producteurs au cours de notre carrière, mais Jaime possède quelque chose de particulier. Il s'implique émotionnellement dans le projet. Il ne se contente pas d'enregistrer un album ; il cherche à comprendre ce que Moonspell veut raconter...
L'artwork est lui aussi particulièrement réussi. Vous avez travaillé avec Eliran Kantor, dont le style est immédiatement reconnaissable !
J'admire son travail depuis très longtemps ! Il m'est même arrivé d'acheter certains albums uniquement parce qu'il en avait réalisé la pochette. Je l'ai contacté bien avant l'enregistrement de l'album : nous n'avions même pas encore arrêté le titre de l'album. Je savais qu'il était très demandé, alors je voulais être sûr qu'il puisse travailler avec nous !
Et il a fait preuve d'une patience incroyable, parce que pendant plusieurs mois, je n'ai cessé de changer d'avis. Le titre évoluait, les textes aussi et, parfois même, le concept prenait une autre direction. À chaque fois, il m'écoutait, sans jamais perdre patience. Lorsque je lui ai enfin envoyé les démos de Far From God, la situation s'est débloquée. Je lui avais soumis quelques idées de départ : un loup, une croix, plusieurs symboles qui me semblaient liés à l'album… Et il m'a répondu : « Oublie tout ça. » (Rires.)
Après avoir écouté Far From God et lu les paroles, il nous a directement proposé cet idée d'artwork. Quand j'ai découvert son premier croquis, j'ai vite compris qu'il trouverait la pochette qui correspondrait le mieux à l'album et à son concept !
MOONSPELL
ORIGINE : Portugal (Lisbonne)
LINE-UP : Fernando Ribeiro (chant), Ricardo Amorim (guitare), Pedro Paixão (claviers, guitare), Aires Pereira (basse), Hugo Ribeiro (batterie)
FACEBOOK : MoonspellOfficial



