ST. NEGUS
- Axl Meu
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Derrière le nom Saint Negus se cache Nagui Mehany, musicien aguerri que l'on connaît pour son implication au sein du groupe Dust Lovers. Passé par les scènes du Hellfest Open Air, les clubs new-yorkais et de nombreuses collaborations internationales, il dévoile aujourd'hui son projet le plus personnel. Avec son premier EP, Mumathil, sorti en mai dernier, il livre une merveilleuse œuvre intime où se croisent rock, heavy blues et influences orientales. L'occasion de découvrir un artiste qui transforme ses expériences de vie en un rock à la fois puissant et sincère.
Propos recueillis par Antoine Souchet
Pourquoi avoir choisi le nom Saint Negus pour porter ce projet solo, et que représente pour toi la figure du Negus ?
Lorsque j'étais plus jeune, et pendant longtemps, j'avais un subconscient constamment dans le jugement. J'étais très dur avec moi-même. J'étais bercé entre la religion et le rock, entre le bien et le mal, à n'en plus finir. Entre les prières et les nuits à Pigalle. Le Negus – qui signifie "roi des rois" – était un personnage juste et aimant. C'est une figure qui m'aide à m'accepter tel que je suis. Il porte ma frustration, ma culpabilité, et en fait de la musique.
Tu as passé plus de douze ans à jouer avec d'autres artistes avant de lancer ce projet. Pourquoi était-ce le bon moment pour prendre la lumière ?
Ces différents projets commençaient à laisser de la place dans mon planning : moins de concerts, moins de tournées. C'était le moment pour moi de rentrer en studio et de laisser sortir tout ça. En fait, naturellement, c'est devenu le bon moment. Ce n'était pas prémédité. J'étais simplement assez mature pour construire ce projet de A à Z.
Ton EP "Mumathil" a mis plusieurs années à voir le jour. Pourquoi avoir pris le temps nécessaire avant de sortir ce premier projet ?
La question de la légitimité me hantait beaucoup. Suis-je un accompagnateur ? Un guitariste lead ? Suis-je vraiment un chanteur ? J'en ai trop demandé à moi-même. Finalement, aujourd'hui, je suis heureux d'être l'auteur-compositeur de ma propre musique. Il y a encore quatre ans, j'avais juste peur et une boule au ventre.
Parmi les cinq titres, lequel représente le mieux l'artiste que tu es aujourd'hui ?
Selon moi, "Gold Veins" est le titre qui me représente le mieux.
L'EP évoque des sujets très personnels comme le deuil, l'amour destructeur ou la quête d'identité. Était-il difficile de transformer ces expériences en chansons ?
C'était difficile parce qu'avant de les écrire, il fallait que je les accepte totalement. Que je me pardonne, et que je pardonne aussi le monde autour de moi. Ça a demandé du temps et beaucoup de réflexion. Il m'est impossible d'écrire en mentant. Et ça ne concerne pas seulement les paroles, mais aussi la musique.
Comment ton héritage culturel nourrit-il ton identité musicale ?
De toutes les façons possibles. Je pense qu'il faut utiliser toutes ses armes au bon moment. J'ai essayé de créer une synthèse cohérente avec tout ce que je suis, toute mon expérience et tout ce que je suis capable d'entendre. Je ne voulais pas rester sur un simple EP de rock classique. Il faut savoir s'amuser parfois !
D'ailleurs, tu chantes en anglais mais aussi en arabe égyptien (ta langue maternelle). Que t'apporte chaque langue dans l'expression de tes émotions ?
Traduire et chanter en arabe apporte énormément d'images, un peu comme l'anglais peut le faire par rapport au français, ou le russe. Le processus d'écriture a été particulièrement beau parce que, pour chaque phrase que je traduisais de l'anglais vers l'arabe avec ma mère, nous avions une discussion sur ce que je voulais réellement exprimer. L'anglais me permet d'être direct, tandis que l'arabe me console énormément.

N'en déplaise aux purs consommateurs de musique, la musique, quel que soit son style, est et restera un outil politique et de contestation. Le rock porte une esthétique jeune et rebelle qui se laisse difficilement berner par le gouvernement ou les stratégies de communication.
Quelles sont les causes ou les sujets de société qui te touchent particulièrement ?
Avec Dust Lovers, nous avons sorti en avril dernier un album, Green Screens, qui dénonce la montée du fascisme, la sensation d'être complètement dépassé face à l'essor de l'IA, ainsi que le manque de retenue de nos dirigeants. Ça englobe aussi toutes les stratégies de division du peuple mises en place par un système défaillant. Les faux débats sur l'islamisation du monde, les minorités qui font constamment la une, les communautés ethniques, les cultures ou les identités de genre étouffées sous les préjugés… Le film Idiocracy et les derniers épisodes de South Park sont censés nous faire rire à la base. Aujourd'hui, ça me fait beaucoup moins rire.
On retrouve dans ta musique des influences allant de Jack White à Queens of the Stone Age en passant par Lenny Kravitz. Lesquelles sont les plus présentes aujourd'hui dans ton univers musical ?
J'aime énormément la liberté artistique de Tom Waits, qui rappelle facilement Jack White et Josh Homme. C'est difficile de m'en détacher, ça me suit un peu partout. J'aime aussi l'identité artistique sans compromis de Donald Glover (Childish Gambino), pas si éloignée de celle de Lenny Kravitz ou de Prince. En ce moment, j'ai un faible pour Reignwolf, Ho99o9 et De Staat. Et pour toujours, AC/DC.
Ton rock est à la fois puissant, mélodique et très groovy. Comment définirais-tu toi-même l'univers sonore de Saint Negus ?
Franchement, les trois premiers mots qui me viennent sont : sexy, radical et fragile.
Selon toi, le rock peut-il encore être un outil de contestation aujourd'hui ?
N'en déplaise aux purs consommateurs de musique, la musique, quel que soit son style, est et restera un outil politique et de contestation. Le rock porte une esthétique jeune et rebelle qui se laisse difficilement berner par le gouvernement ou les stratégies de communication. C'est un processus identitaire libérateur qui permet à chacun d'être entendu.
Malheureusement, trop de personnes réduisent le rock à ses clichés : les fringues, les solos de guitare, la batterie en live… L'industrie s'est accaparé ce qui fait toute la valeur du rock : sa puissance.
SAINT NEGUS :
ORIGINE : France
LINE-UP : Naguy Mehani (guitare, chantà, Jérémy Coillot (basse), Jérémy Norris (batterie)
FACEBOOK : stnegus



