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SKÁLD

il y a 6 minutes
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L'engouement autour des séries Vikings ou encore Game of Thrones a eu raison de la France qui tient depuis 2018 sa référence musicale en matière de musiques celtiques et folk. Elle s'appelle Skáld et est toujours portée de main de maître par Christophe Voisin-Boisvinet, auteur d'un nouvel opus, Ørlǫg, sorti ce jour via Napalm Records. Rencontre avec le compositeur.

Par Axl Meu

Skáld a connu une évolution particulièrement fulgurante depuis ses débuts. Vous revenez d’une tournée américaine, vous avez joué au Hellfest et, il y a ce nouvel album qui arrive. Comment vis-tu cette période particulièrement chargée ?

C’est vrai que ça va très vite. Ça a toujours été le cas, et c’est même un peu ce qui nous a été reproché. Les trois premiers albums nous ont permis d'être très vite programmés au Hellfest et de tourner intensément.

Cela dit, Skáld a toutefois évolué. Le premier line-up avait été constitué pour de mauvaises raisons, ou plutôt, devrais-je dire, certains membres n’étaient pas tous là pour les mêmes raisons. Aujourd’hui, Skáld a trouvé une certaine sérénité. Le line-up n'a plus bougé depuis la moitié de la tournée The Hull of the World et nous travaillons avec un label, Napalm Records, qui partage les mêmes ambitions que nous.


Comment expliques-tu l’engouement actuel pour les cultures nordiques et les projets qui s’en inspirent, particulièrement chez nous en France ?

On peut citer différents groupes français, oui, mais aussi d'autres projets qui existent partout en Europe, notamment en Europe du Nord et de l’Est. Ce n’est donc pas seulement un phénomène français. Je pense simplement qu’il y a un public de plus en plus demandeur de cette musique. Il y a certainement eu un phénomène de mode après Game of Thrones et la série Vikings. C’est évident.

Wardruna a posé les bases de cette musique, avec des choses plus féeriques comme Faun, puis d’autres groupes sont arrivés avec une approche davantage basée sur la transe. Des gens se sont engouffrés dans cette voie. Mais je ne pense pas que ce soit forcément du suivisme. Beaucoup de gens se sont probablement dit : « J’ai envie de faire ça depuis très longtemps, mais en fait, on peut le faire. On a le droit de le faire. » C’est un peu ce qui s’est passé pour Skáld. Cela faisait très longtemps que je proposais des choses plus celtiques, scandinaves ou même médiévales, et on me riait au nez. Cela n’intéressait personne. Jusqu’à ce que tout bascule.


Venons-en à Ørlǫg, votre quatrième album. Comment as-tu pensé ce disque et comment chacun a-t-il pu apporter sa touche au projet ?

Je vais faire une petite rétrospective. Le premier album de Skáld parlait vraiment de mythologie nordique et de légendes nordiques, en s’inspirant des textes anciens, parfois même en les citant. Nous posions les bases de cette mythologie telle qu’on pouvait l’appréhender durant la période viking. Le deuxième album parlait de périodes beaucoup plus anciennes. Il évoquait notamment les récits que pouvaient se raconter les populations nordiques, mais aussi des civilisations disparues, des peuples submergés et des migrations obligatoires. Le troisième album parlait du peuple caché, mais pas de manière gentille ou folklorique. Il y avait des elfes, des trolls et autres créatures, mais je pense qu’il s’agit surtout d’éléments de la nature qui sont toujours là et que nous ne savons simplement plus voir. Ce n’est pas qu’ils n’existent plus. C’est que nous ne savons plus les voir.

Avec le quatrième album, nous arrivons à notre époque. Ørlǫg évoque une forme de destinée sur laquelle on peut intervenir. C’est ma vision du destin, avec l’idée que tout est interconnecté. Si nous changeons quelque chose maintenant, cela aura des conséquences plus tard, mais cela peut également changer quelque chose avant. Cette réflexion est assez quantique... Mais surtout, cela nous questionne sur nos responsabilités individuelles et collectives. "Sommes-nous obligés d’accepter tout ce qui nous est présenté ou peut-on agir dessus ?" Tous les textes abordent cette question sous forme de petits contes initiatiques, sans donner de leçons. Si l’on a envie de réfléchir à ces sujets, on peut le faire.


D’où est venue cette réflexion autour de l’Ørlǫg ?

Je me suis aperçu que ma vie avait énormément changé au cours des deux ou trois dernières années. Complètement changé. Je me suis interrogé sur ces petites actions qui avaient provoqué ces grands changements. Rien n'avait été calculées : de toutes petites choses, à gauche et à droite, qui avaient finalement entraîné un grand changement personnel. J’ai proposé cette idée à tout le monde.

J’ai écrit les textes avec Anna, comme sur l’album précédent, et à partir de là, chacun est venu apporter sa contribution. Certaines personnes se sont beaucoup plus impliquées, notamment Marti, qui est percussionniste sur cet album et qui nous accompagne également en tournée depuis 2018. C’est la personne qui est là depuis le plus longtemps. Nous avons alors décidé d’aller enregistrer dans des endroits où nous voulions travailler depuis des années, mais que nous n’avions jamais pris le temps ou les moyens d’explorer. Nous sommes donc partis enregistrer en forêt.



"Pour cet album, nous avons utilisé les arbres, les souches, les insectes, le lichen comme matière sonore… Nous avons également amené nos tambours et joué en forêt. Nous avons frappé dans l’eau des étangs. Nous avons ramené tout cela en studio et mélangé ces sons avec de véritables prises. Nous avons passé beaucoup de temps dans la forêt de la Flotte. Cela a donné au disque une structure beaucoup plus organique que sur les albums précédents."


Vous avez donc réellement utilisé la forêt comme matière sonore ?

Oui. Pour cet album, nous avons utilisé les arbres, les souches, les insectes, le lichen comme matière sonore… Nous avons également amené nos tambours et joué en forêt. Nous avons frappé dans l’eau des étangs. Nous avons ramené tout cela en studio et mélangé ces sons avec de véritables prises. Nous avons passé beaucoup de temps dans la forêt de la Flotte. Cela a donné au disque une structure beaucoup plus organique que sur les albums précédents. Marti s’intéresse énormément aux musiques préhistoriques et à tout ce que l’on peut faire avec de l’eau, des pierres, des coquillages… Nous avons donc expérimenté énormément de choses, en retrouvant de vieilles pierres ou en frappant sur des objets modernes.


Quelles contraintes cela représente-t-il concrètement ?

Nous avons utilisé une paire de micros russes Octava et un enregistreur numérique. C’était très rudimentaire. Il fallait surtout trouver une forêt très silencieuse : il ne fallait surtout pas entendre un bûcheron, un chasseur ou même trop de faune. Et donc choisir certains horaires. Tous ces sons ont ensuite été réutilisés en studio. La réverbération d’une forêt est quasiment impossible à reproduire artificiellement. Donc finalement, il n’y avait pas tellement de contraintes. C’était surtout du plaisir. Du plaisir très zen !


Vous allez prochainement jouer à l’Olympia et le concert est complet. À quoi peut-on s’attendre sur cette tournée ?

Il faut préciser qu’il s’agit d’une tournée où nous ouvrons pour The Hu. Nous sommes très heureux de partir sur cette tournée européenne avec eux. Nous adorons leur musique et leur spectacle de l’année dernière au Hellfest était juste incroyable. Notre prestation sera donc différente de celle que nous avons présentée aux États-Unis ou dans les festivals d’Europe de l’Est. Nous aurons un show resserré de quarante à quarante-cinq minutes, devant un public forcément plus mélangé.

Certains viendront pour Skáld, mais la majorité sera là pour The Hu. Comme nous ouvrons la soirée, toutes les choses qui demandent beaucoup de temps à installer et qui sont un peu plus poétiques ne seront pas forcément mises en avant. Nous allons proposer quelque chose d’un peu plus mordant. La scénographie sera également différente, avec moins de projections. Les textes ne seront pas les mêmes non plus. On peut donc s’attendre à un show un peu plus énergique que d’habitude, avec les titres les plus forts que nous jouons depuis huit ou neuf ans, mélangés à une bonne partie de Ørlǫg. Il devrait y avoir environ six morceaux du nouvel album.


Une tournée française va également être annoncée. Peut-on espérer vous revoir dans le Nord, par exemple à Lille ?

Je ne peux pas encore te le dire. Je peux toutefois te donner une fourchette : je pense que ce sera autour d’octobre 2027.


Et pour finir, tu te souviens de votre dernier passage à Lille ?

Oui, très bien. C’était à la fin de la tournée européenne de 2023, avec l’ancien line-up. Et pour la petite histoire, c’est à Lille que nous avons décidé de travailler avec The Hu. Nous étions déjà en contact avec eux depuis un moment. Lors de la première édition, The Hu était là pour la première fois en France. Nous les avions rencontrés ce jour-là et commencé à tisser des liens.

SKÁLD

ORIGINE : France

LINE-UP : Christophe Voisin-Boisvinet (chant, percussions, vielle nordique, harpe, cor, programmation), Steeve Petit (chant, percussions), Marti Ilmar Uibo (chant, percussions, lyre, kannel, flûtes, guimbarde), Marie Potosniak (chant, violon), Guillaume Levy (bouzouki irlandais, citole, gudok)



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