DANS TON ART ! Celtic Frost - Into the Pandemonium
- Fred Vdp
- il y a 5 heures
- 3 min de lecture

À l’occasion du 666ème numéro de la rubrique Un Matin, Un Réveil, Un Album, toute l’équipe d’Heretik Magazine tenait à célébrer Fred Vdp, qui, depuis presque deux ans, se lève en décortiquant pour nous un album, dès le matin, stylo dans une main, tasse de café dans l’autre, parfois cassant les oreilles de la maisonnée. Alors, si 666 évoque forcément la Bête, Dans Ton Art ! évoque son antre à travers un album mythique.
Par Flavien Minne

En 1987, les Suisses de Celtic Frost sortent leur deuxième album Into The Pandemonium, un opus novateur. Sortant des sentiers battus et de sa bulle de tranquillité, le groupe de Tom G. Warrior intègre de nouvelles sonorités, associant riffs Heavy à des éléments Indus et Doom ainsi que des sons classiques. Ce melting-pot acoustique choque à l’époque la sphère Metal et les critiques ne sont pas tendres. Cependant, Into The Pandemonium deviendra un album de référence et donnera un bon coup de pied dans la porte, laissant ainsi le passage libre au Metal Indus, Gothique et Symphonique. Si l’on sait que Pandemonium désigne la capitale des Enfers où Satan invoque le Conseil des Démons, la ville médiévale embrasée dans l’obscurité de l’artwork n’a pas été choisie au hasard. Et cette pochette fait partie d’un grand ensemble archi-connu et énigmatique signé d’un grand maître : Jérôme Bosch.

Jheronimus Van Aken voit le jour vers 1430 à Bois-le-Duc, ’s-Hertogenbosch en flamand, régulièrement raccourci en Den Bosch. À l’époque, les artistes empruntent le nom de leur lieu de résidence pour se localiser, comme par exemple le Maître De Flémalle et bien sûr Léonard De Vinci. Issu d’une famille de peintres, après son compagnonnage, il retourne s’installer dans l’atelier paternel, aux côtés de ses frères et d’apprentis qu’il dirigera plus tard, travaillant essentiellement pour la riche bourgeoisie locale. Puis la reconnaissance arrive avec les grands d’Europe tels les doges de Venise et la cour d’Espagne. Le style de Jérôme Bosch est immédiatement reconnaissable, marqué par des personnages caricaturaux et grotesques, ses paysages envahis par un bestiaire extraordinaire. Il a influencé de nombreux peintres, dont bien sûr Brueghel, quelques années plus tard. On lui attribue aujourd’hui une quarantaine d’œuvres ; parmi celles-ci, on retiendra La Nef Des Fous, La Tentation De Saint Antoine et… Le Jardin Des Délices.

L’œuvre est un triptyque peint sur panneau de chêne entre 1490 et 1510 et est désormais exposée au Musée Du Prado à Madrid. Fermé, il présente une énorme sphère en grisaille montrant la création d’un monde paisible. Alors qu’ouvert, le peintre utilise des couleurs chatoyantes avec de nombreux détails très précis grâce à la technique de la peinture à l’huile. Sur le panneau à notre gauche, on y voit Dieu présentant Ève à Adam dans le jardin d’Éden, entourés d’animaux réels ou fantastiques. Sur le panneau central, Le Jardin Des Délices à proprement parler. De nombreux personnages s’adonnent à des plaisirs et à des jeux étranges, autour de fruits et d’animaux l’étant tout autant. Cet épisode décrit l’humanité après le Péché originel et avant le Déluge. À droite, Le Jugement Dernier, un thème inspirant le monde du Metal. Les humains sont torturés par des démons animaliers et les péchés capitaux sont punis de manière grotesque, voire humoristique. Ce panneau est également appelé L’Enfer Musical, les instruments deviennent des outils de torture, avec au centre, un homme « architectural » étant, en réalité, un autoportrait de l’artiste.
Et nos maisons en flammes d’Into The Pandemonium dans tout ça ? Observez bien le coin supérieur droit. Ça y est ? Vous les avez trouvées ? Un groupe de Black Metal utilisant une des plus grandes œuvres d’un maître en grotesque, ayant pour thème la fin du monde par la musique… Quoi de plus logique ! Joyeux diabolique non-anniversaire, Fred, et longue vie à Un Matin, Un Réveil, Un Album !!!










