DANS TON ART - Megadeth & Vic Rattlehead
- Axl Meu
- il y a 2 jours
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Chaque premier du mois, Flavien Minne vous raconte la petite histoire des artworks qui ont fait les grands albums. Avec la sortie en janvier du dernier album de Megadeth qui marque la fin de la discographie du groupe, notre rédacteur s’est penché sur la pochette sur laquelle est réellement représenté pour la première fois Vic Rattlehead créée par un jeune dessinateur qui deviendra un des plus grands illustrateurs du Metal : Monsieur Ed Repka.
Par Flavien Minne
En 1986, les Américains de Megadeth sortent leur deuxième opus, Peace Sells… But Who’s Buying ?, l’album qui les fera passer du statut d’anecdote à la postérité. En signant dans la grande maison de disques Capitol Records, les Californiens se retrouvent aux côtés d’Iron Maiden, Deep Purple, Queensrÿche, Samson et W.A.S.P. Le groupe propose 8 titres de pur Thrash, déclarant vouloir jouer toujours plus vite… Plus vite que Metallica en tout cas. En effet, Dave Mustaine s’est fait virer de Metallica quelques semaines avant la sortie de Kill ’Em All, dont quelques compositions portent sa patte. La vente et la forte consommation de produits stupéfiants associées à un caractère bien trempé ont eu raison de la cohésion des premiers Four Horsemen. Alors, notre rouquin l’a mauvaise et a une revanche à prendre.


Il monte son propre groupe, dont il est le principal compositeur et le seul cerveau. Il imagine donc une mascotte. Rappelons que nous sommes en 1983, qu’Eddie d’Iron Maiden a fait son apparition deux ans auparavant. Il crée ainsi Vic Rattlehead ; Vic - un prénom diminutif de “Victim” - et Rattlehead - une référence au reproche de sa mère quand il headbangait (“tu vas te décrocher la tête”). Vic, que tout métalleux reconnaît désormais immédiatement, est affublé d’une visière de métal rivée sur les yeux, de capuchons sur les oreilles, et de crochets lui empêchant d’ouvrir la bouche. Un concept violent et Metal tiré des trois petits singes : ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire.
Vic Rattlehead, ou plutôt sa boîte crânienne, apparaît sur la pochette du premier album de Megadeth Killing Is My Business… And Business Is Good. Une photo pas des plus réussies, mais le ton est donné. Pour la petite histoire, Dave Mustaine avait fourni un croquis de ce qu’il voulait, mais la petite maison de disques Combat Records avait déjà alloué 8000 dollars pour la production, dont la moitié avait été consommée en alcool et drogues diverses. Les producteurs ont déclaré avoir perdu ce dessin et ont opté pour une solution low cost avec ce crâne en plastique et ce sang ketchup. Plus tard, les exigences du musicien seront écoutées lors de la réédition de l’album.

Le succès de ce premier opus et la signature avec un plus gros label (Capitol Records) permettent de leur attribuer un agent, du nom d’Andy Summers. Lors d’une réunion préparatoire, celui-ci, Dave Mustaine et d’autres personnes se retrouvent à Manhattan, juste en face du bâtiment des Nations Unies. Il y avait également un jeune artiste qui était en passe d’être en vogue. Le frontman a alors un déclic : le temple de la diplomatie bombardé. D’autres collaborateurs évoquent des avions et un panneau “À vendre”. La trame de l’artwork est faite. Ed Repka se met au boulot.
Edward J. Repka voit le jour en 1960. Doué dans le dessin, il obtient un Bachelor en beaux-arts, option illustration, à la prestigieuse Parsons Design School. Pour notre pochette, l’artiste dépeint le bombardement du bâtiment dans un nuage “orange nucléaire”, dans un paysage post-apocalyptique. Vic, dans son petit costume d’agent immobilier du monde, semblant être l’instigateur de l’assaut, attend patiemment le client, appuyé sur le fameux panneau “For Sale”. Le dessin se veut régulier, réaliste et pur. Le nom du groupe et le titre de l’album se trouvent parfaitement intégrés dans la gamme chromatique. Des couleurs faites pour attirer l’œil.
Et ça marche… De jeune illustrateur à monstre sacré, il n’y a qu’un pas : Ed Repka resignera avec Megadeth pour Rust in Peace et donnera au Metal ses plus célèbres pochettes : Death et son Scream Bloody Gore, Dead Again de Suicidal Angels, Savage Land de Gruesome et malheureusement From Beyond de Massacre… Oui je sais, tous les mauvais goûts sont dans la nature, surtout le mien… Depuis 2002, Ed Repka est en plus le directeur artistique de Neca, marque qui propose des action figures dans le monde entier.
Quant à Vic Rattlehead, il apparaîtra en guerrier futuriste pour Dystopia, dévêtu pour The World Needs A Hero, en militaire pour So Far, So Good… So What !, ou encore en psychomachie pour l’ultime opus du groupe, apparaissant toujours sur scène, haranguant le public aux côtés du frontman, mais absent sur les pochettes de plusieurs albums, dont Countdown to Extinction et Youthanasia.


Aujourd’hui, entre l’Europe, l’Ukraine, la Russie, les États-Unis en ingérence dans le monde, le conflit israélo-palestinien, et bien d’autres, Peace Sells… n’a jamais été autant d’actualité. Gageons que Dave Mustaine et Ed Repka ne sont que des put**** d’artistes et non des visionnaires. Allez, on ne va pas se miner le moral, écoutons plutôt le titre « Peace Sells », histoire de se filer la pêche.









