SUR LES PLATINES DE LA RÉDACTION - Janvier 2026
- Axl Meu
- il y a 5 jours
- 8 min de lecture
Une fois par mois, la rédaction vous invite sur ses platines et reviendra sur quelques disques qu'elle a saignés ces derniers jours.
Par la rédaction
BADASS COMMANDER
INTENSE COMBAT EXPERIMENT
Death Metal
Crypt of Dr. Gore
Lorsque quatre anciens musiciens de Mesrine, groupe de Grindcore canadien ayant sévi entre 1997 et 2018, décident de se réunir pour créer du gros son au sein d’une formation Death Metal, alors le miracle se produit. Le premier album de Badass Commander est une bombe atomique d’à peine 24 minutes qui expérimente tous les bienfaits des riffs de barje, les conséquences d’un blast survitaminé, et le plaisir de te secouer les tympans intensément avec une perversion auditive malsaine. Rien n’est laissé au hasard, pas même les tempi qui surprennent parfois l’auditeur et fluctuent librement au fil des coups de butoir d’un Crocko en forme olympique à la batterie (“One Death, One Alive”, “Murder Witness”). Les dix titres de l’album, à peine plus long qu’un EP, se concentrent autour d’une thématique guerrière et belliqueuse que la voix de Steve se fait un plaisir de narrer de manière théâtrale (“Armed and Brainless”, “Worst Enemy”), accompagnée par la guitare de Jack, techniquement maitrisée et omniprésente sur chaque changement de mesure et sur chaque intervalle (notamment sur l’impressionnant “Shards of Metal”). Tu l’auras compris, Badass Commander n’est pas revenu après onze ans de silence pour jouer du luth et accompagner les cérémonies officielles du Vatican. Nos cousins québécois sauront te faire perdre la tête avec cet album efficace et robuste à écouter très fort jusqu’à en faire trembler les murs.
Fred VDP
CORPSEMANGLE
EATEN BACK TO LIFE
Death Metal
Indépendant
Ce n’est peut-être pas un hasard si Corpsemangle s’est imposé à moi via une réclame sur Facebook. Plateforme de boomer, pour une cible de boomer. Coïncidence ? Je ne crois pas.
Car oui, cette chose, elle est pour toi le "boomer".
Toi, le nostalgique du Morrisound Studio
Toi qui peux voir à travers ta galette de Eaten Back To Life
Toi qui aimes toujours Chris Barnes
Toi qui aimes la batterie qui fait "plaplaplapla".
Toi, le poète
Corpsemangle, c’est hommage, un plagiat, difficile à dire, mais le public visé n’est pas là pour réfléchir. On vous sert ici quelque chose qui ressemble à la Floride, qui a l’odeur de la Floride, qui a le goût de la Floride, mais c’est Bulgare ! Et plutôt qu’un yaourt Bulgare, le menu d’aujourd'hui, c’est un pot pourri, bien pourri même. Blindé de bonnes idées qu’on a déjà entendu dans les années 90 (oui, ça fait 40 ans), pas que chez Cannibal Corpse d’ailleurs - toi aussi commentes tous les "easter egg" que tu trouveras dans l’album - mais assaisonné avec une micro touche de… modernité ? Dans une production, plus audible qu’à l’époque tout en restant mal mixé (bravo!), vocalement, c’est pas très bon, mais c’est surtout niveau rythmique qu’il y a de belles fulgurances à l’image du break totalement décérébré et irrésistible de "Zombie Killings”. L’album se présente finalement comme un plaisir coupable, on sait que ce n’est pas très malin mais ça fait du bien !
Theophile Dumont
DANKO JONES
LEO RISING
Hard Rock
Reigning Phoenix Music
C'est toujours une joie pour moi quand Danko Jones annonce la sortie d'un nouvel album et j'attends cet opus, ensuite, avec impatience. Vous l'aurez compris, je suis fan du power trio canadien et ce depuis ses débuts, ça fait donc quelques années (30 ans) et quelques albums (12). Alors, que nous réserve ce Leo Rising ? Autant vous le dire tout de suite, du bon, du très bon même. Album à placer parmi les meilleurs de leur discographie. Dès le 1er titre, « What you need » donne le ton : un Hard Rock carré, doté d’une énergie brute et puissante, ça dépote sévère comme sait si bien le faire le groupe. Ensuite, vient « Diamond in the Rough » avec Marty Friedman en feat., dont le solo magistral fera de ce titre super entraînant, un des meilleurs de Leo Rising. Puis, c’est au tour de « Everyday is Saturday Night », morceau tout aussi jouissif, avec un refrain entêtant dont vous ne pourrez vous défaire. Je ne vous ferai pas une chronique titre par titre, car cela serait trop long, tant je pourrais en dire. Mais la suite continue de plus bel, les titres s'enchaînent, sans vous laisser le temps de respirer. Il y a les titres les plus entraînants, comme « It's a Celebration », « Gotta Let it Go », « Too Slick For Love » ou encore « I Love it Louder » et sa petite touche de Punk (Generation X), et les titres plus lourds, plus bruts, lorgnant vers un Hard Rock Old School : « Hot Fox », « Pretty Stuff », « I Can't Stop », voire Rock Old School pour « I'm Going Blind ». Leo Rising est vraiment un très bon opus des Danko. Bien sûr, ici pas de révolution dans leur style, pas de surprise, on sait à quoi s'attendre. Danko Jones fait du Danko Jones et c’est aussi pour cela qu’on l’aime et que l’on en redemande. Un Hard Rock sincère, efficace et sans fioriture. Une musique faite pour les clubs, la sueur, la proximité et l'échange avec le public. C’est l’éclate totale et ça fait un bien fou. Amateur du groupe, allez-y les yeux fermés, vous ne serez pas déçus. Pour les autres, si tu aimes les riffs acérés d’un Hard Rock couillu comme on en fait plus beaucoup, jettes-y une oreille ; tu verras, l’écouter c’est l’adopter.
Chris
ELLENDE
ZERFALL
Post-Black Metal
AOP Records
Évoquer le temps qui s’écoule en laissant une douce mélancolie s’installer au plus profond de chaque être est une thématique récurrente dans le Black Metal Atmosphérique, plus communément appelé Shoegaze. Ellende l’utilise à bon escient et s’en fait un promontoire afin d’avancer vers les écumes d’une musique sombre, intense et lourde de sens. Avec Zerfall, sixième opus de la formation autrichienne, on entre dans une musique qui prend aux tripes dès les premières mesures, avec des titres hypnotiques et violents à la fois. Lukas Gosch, aka L.G., joue habilement des nuances proposées par les instruments utilisés (et ils sont nombreux), ainsi que des contrastes de timbres, comme ce dialogue improbable entre la guitare saturée et l’accordéon sur “Wahrheit Teil I”. Zerfall est construit comme une narration à la lexicologie finement choisie : d’abord le titre de l’album que l’on peut traduire par “décomposition” et qui décortique les méandres de l’âme humaine, mais aussi la vérité (“Wahrheit”), le passé (“Zeitenwende”) ou le voyage (“Reise”). A noter également la présence de Firtan et Norikum, deux formations montantes, pour deux featurings de qualité sur “Zeitenwende I et II”, sur lesquels le violoncelle laisse exprimer ses émotions aux côtés de la rudesse des riffs Black Metal. Le nouvel album de Ellende est vraiment la bonne surprise de ce début 2026, et malgré une sortie le 2 janvier, il est fort à parier qu’il ne soit pas oublié et qu’il se classe dans les hautes sphères des traditionnels tops de fin d’année.
Fred VDP
GROS ENFANT MORT
LE SANG DES PIERRES
Screamo / Post-Hardcore
Fireflies Records
Difficile de passer à côté du phénomène Gros Enfant Mort qui lance ce millésime 2026 avec un nouvel opus, Le Sang Des Pierres, son deuxième, visiblement l’un des premiers faits marquant de ce début d’année. Déjà ! « One-man band » devenu par la suite une formation à part entière, Gros Enfant Mort a toujours revendiqué un idéal musical Screamo / Post-Hardcore francophone se rapprochant des idées musicales évoquées par des formations modernes telles que Birds In Row ou même Converge. Et donc à comprendre que Le Sang Des Pierres - fruit d’un travail d’introspection - mêle l’énergie brute du Hardcore - claque en « live » à venir - et une forme sensibilité exacerbée (traduisant un certain mal-être, une forme de spleen et de dépression)… Et ce, dans la langue de Molière (le véritable + de l’album, et du projet). De surcroit, on remarquera également lors de la traversée du Sang Des Pierres une réelle volonté d’homogénéité jusqu’au final touchant de « Le Sand des Pierres ». Entre mélancolie et de vraies passages faussement bruts et mélodiques, ce deuxième méfait se place alors là. Un véritable disque fort, que l’on cessera de redécouvrir à chaque écoute. De passage en juillet dernier à La Brat Cave (Lille) en compagnie de Tromblon, Gros Enfant Mort devrait sans doute revenir sur les territoires des Hauts-de-France tôt ou tard. C’est tout le mal que nous souhaitons à Alexis Sebastian, tête pensante du projet.
Axl Meu
HEADKEYZ
THE CAGE AND THE CROWN : CHAPTER II
Rock Alternatif / Metal Alternatif
NB Records
Avec The Cage and the Crown : Chapter II, Headkeyz poursuit le chemin entamé sur le premier volet. L’album se présente comme une suite logique, où le groupe y affine son identité tout en élargissant son spectre sonore. On retrouve ce mélange de Rock et de Metal alternatif, nourri de groove, d’énergie brute et d’une écriture très ancrée dans le vécu. L’album impose un rythme soutenu, porté par des guitares épaisses et une section rythmique efficace. Les morceaux sont construits pour rester en tête, mais laissent aussi de la place à des variations, des respirations, parfois sombres ou introspectives. Ici, le chant occupe une place centrale. Tantôt percutant, tantôt mesuré, il accompagne des textes qui évoquent l’enfermement, la pression sociale, la quête de pouvoir ou l’émancipation. L’image de la cage et de la couronne traverse l’album comme un fil conducteur, sans être martelée, laissant à l’auditeur la liberté de s’approprier le propos. L’album alterne entre morceaux très directs et titres plus nuancés, où le groove et les ambiances prennent le dessus. Cette alternance donne du relief et évite toute sensation de répétition. La production, moderne et bien équilibrée, met en valeur l’énergie du groupe sans lisser son caractère. The Cage and the Crown : Chapter II est un album solide et sincère. Headkeyz y affirme une personnalité claire et une capacité à fédérer, tout en laissant entrevoir un potentiel d’évolution encore large. Un disque qui fonctionne autant à l’écoute qu’en live, et qui confirme la progression du groupe montpellierain.
Antoine Souchet
NUIT D’ORAGE
AUTOMNE
Black Metal atmosphérique
Indépendant
Projet du douaisien Thomas Dubois (ex-Lappalainen) expatrié du côté du Pays de la Loire depuis quelques années maintenant, Nuit d’Orage nous a dernièrement présenté son premier opus, Automne, fruit de plusieurs années de gestation. Sur ce dernier - qui s’ouvre des nappes de claviers atmosphériques -, on y retrouve donc Thomas au chant et à la guitare ainsi que Florian Lacascade à la batterie et aux claviers. En quelques mots, l’opus - scindé en deux parties distinctes - rappelle ce que la scène Black Metal suédoise nous a offert de mieux dans les années 90 avec en tête de liste un certain Dissection et la nouvelle garde moderne (UADA, Ellende, Harakiri For The Sky, Der Weg Einer Freiheit…), à savoir un Black Metal riche, régulièrement agrémenté de passages mélodiques (parfois Death Metal à la Insomnium dans l’âme) et ambient (« Scorching Darkness »).
À noter également la volonté du groupe de mêler les approches de sa musique et de varier les intentions en s’exprimant à la fois en français (« Nuit de Rage », « Automne »…) et en anglais (« Waves », « Scorching Darkness ») pour un ensemble pourtant très bien organisé, très cohérent et - de surcroît - très bien enregistré. Encore trop discret sur les réseaux sociaux (bien que l’album ait déjà cumulé les 3000 écoutes sur la chaîne Atmospheric Black Metal Albums et ce, sans campagne promotionnelle !), Nuit d’Orage pourrait séduire un certain label nantais dans les mois à venir après avoir fait ses preuves sur scène.
Axl Meu
SOUTH OF HELL
HELLFERNUM
Death Metal
Great Dane Records
Les Rhodaniens de South Of Hell commencent l’année 2026 comme ils ont fini 2025 : en trombe. Dix ans après son premier album, Rising Of Hate, le quintet annonce son retour sur la scène du Muscadeath de Vallet avec un nouveau line-up. Le 31 janvier, Hellfernum, leur second opus sortira chez Great dane Records, un label bien de chez nous. Le combo vomit littéralement onze titres de Death Metal massif, bien lourd, avec des passages nuancés de Black et de Doom pesant. Le nouveau vocaliste, Heruforod, s’exprime dans un growl viscéral, portant l’album à un niveau de brutalité extrême. Les riffs de Fargio, seul rescapé des débuts, et de Nicolas Lacroix alternent entre lenteur et rapidité avec une touche parfois mélodique. L’ensemble rend l’atmosphère d’Hellfernum poisseuse… L’album n’est pas une suite de titres, mais une réelle descente aux Enfers. S.O.H est en fait un soc qui va vous labourer les oreilles et nous n’aurons aucun regret à avoir usé son saphir de notre platine après avoir placé cette galette.
Flavien Minne


