SUR LES PLATINES DE LA RÉDACTION - Décembre 2025
- Axl Meu
- 31 déc. 2025
- 8 min de lecture
Une fois par mois, la rédaction vous invite sur ses platines et reviendra sur quelques disques qu'elle a saignés ces dernières semaines.
Par la rédaction
AFSKY
FÆLLESSKAD
Black Metal
Eisenwald
Black Metal
Vous l’avez peut-être vu passer, ce visuel sur la galette discutable, ou l’insta de notre Asterix danois qui met ses parties dans un pot de M&Ms sur Insta... Nous étions en droit de nous demander si le talent avait laissé place à la folie. Et au premier abord, on doute. On doute oui, car une impression d’un black bien plus rentre-dedans nous submerge, mais non, ne rangez pas vos mouchoirs trop vite. Côté mélodies, on joue toujours ici avec nos tripes et vocalement, c’est encore plus maîtrisé que sur les opus précédents. Poignant, mais rageur. Peut-être pas au niveau du chef d'œuvre Ofte jeg drømmer mig død, mais la formule est ultra maîtrisée mais rendue plus rêche et si vous persistez plus de trois écoutes vous prendrez vos repères tout en comprenant que vous n’avez pas fait le tour. Dans le mood pour frissonner entre deux headbangs ? Ne cherchez plus.
Théophile Dumont
BIOHAZARD
DIVIDED WE FALL
Hardcore
BLKIIBLK Records
Et dire qu’on a failli oublier de parler du nouvel album de Biohazard. Le combo hardcore new-yorkais, mené par Billy Graziadei (guitare, chant) et Evan Seinfeld (chant, basse), que l’on avait pris plaisir à revoir sur les planches à partir de 2023, notamment à l’Alcatraz Festival, a consolidé son retour sur le devant de la scène hardcore avec un album au titre hautement symbolique Divided We Fall, sorti sur la nouvelle branche du label Frontiers BLKIIBLK Records. Alors, oubliez ici toutes les dernières sorties Hardcore : Divided We Fall est un appel à la résilience et un véritable uppercut du droit « made in New York » qui nous évoque l’époque de State of the World Address (1994) avec sa signature « Crossover Hardcore » (qui lui est propre, avec ce côté Rapcore). Certes, l’ensemble paraît simple d’emblée (« Fuck The System ») mais, rassurez-vous, reste porté par l’urgence (« Word to the Wise », « Fight to be Free » ou même « War Inside Me » qui nous a étrangement fait penser à « War Inside My Head » d’un certain Suicidal Tendencies »). Bref, Biohazard nous a tout simplement sorti un opus qui lui ressemble fortement, ce qui est plutôt rassurant. Presque 40 ans après ses débuts, Biohazard – malgré ses up & down – est toujours concerné par sa scène.
Axl Meu
DAWN OF A DARK AGE
VER SACRUM
Black Metal Atmosphérique/Expérimental
My Kingdom Music
Après avoir exploré en long et en large les éléments de la nature sous toutes ses formes, le combo italien Dawn of a Dark Age s’attaque, depuis quelques albums, à l’histoire de son pays. L’album retrace l’histoire des Samnites, une communauté établie dans la région montagneuse d’Italie centrale entre le VIIème et le Ier siècle avant JC. Le Ver Sacrum est une dédicace faite, par les êtres vivants, à la divinité Mars. Autant dire que l’œuvre de Dawn of a Dark Age est profondément ancrée dans les traditions ancestrales et que, indéniablement, leur musique s’intègre totalement à cet univers. Et pour rendre les choses encore plus crédibles, Vittorio Sabelli, le compositeur et créateur du projet, utilise des instruments classiques et traditionnels qui collent parfaitement aux sonorités rudes et abruptes du Black Metal. Il faut dire que le frontman du groupe est avant tout un musicien classique, et qui plus est clarinettiste (quelle bonne idée !). Les chansons prennent alors une tournure folk et épique, alternant de gros riffs infernaux joués par les guitares et des mélodies nostalgiques interprétées simultanément par la clarinette, la clarinette basse, ou, encore plus surprenant, l’accordéon ! Une merveilleuse façon de se plonger dans l’histoire de nos voisins transalpins, et un beau cadeau de fin d’année pour les fans de BM et d’instruments classiques.
Fred VDP
KADAVAR
K.A.D.A.V.A.R.
Rock Psyché
Cloud Hills
Difficile à croire, et pourtant, à peine remis de I Just Want To Be A Sound sorti plus tôt dans l'année, Kadavar est revenu avec un nouvel opus, son deuxième cette année : c'est K.A.D.A.V.A.R. (comprendre Kids Abandoning Destiny Amond Vanity And Ruins), un disque produit par Tiger Bartelt (batterie) qui voit le groupe renouer avec la fougue de ses débuts et qui, donc, se détache du côté un peu trop expérimental de son prédécesseur. Cela s'entend d'emblée sur "Lies" et "Hearache". Mais pour autant, Kadavar n'a pas délaissé son esthétique Rock 60' / 70's avec des sonorités fuzz ("Children" !) assez paisibles & "feel good" ("Explosions In The Sky", "You Me Apocalypse") qui régulièrement évoquent les Beatles de Revolver et tout le psychédélisme qui leur est attribué. En bref, ceux qui avaient boudés I Just Want To Be A Sound trouveront sans doute une pointe de réconfort dans ces nouveaux morceaux bien fort sympathiques !
Axl Meu
MÜTIILATION
PANDEMONIUM OF EGREGORES
Black Metal
Osmose Productions
Il ne se passait plus grand chose depuis quelques années du côté de chez Mütiilation, et puis, depuis 2024, Meyhna’ch est réapparu des Enfers pour nous offrir deux nouveaux méfaits, dont ce dernier Pandemonium of Egregores sorti le 26 décembre. La recette du fer de lance des Légions Noires est toujours bien présente, avec une lexicologie ancrée à la fois sur la démonologie, sur le vampirisme et sur le satanisme (mais ça n’est plus une surprise !), mais aussi et surtout avec des gimmicks Black Metal qui fonctionnent parfaitement et qui mettent en valeur la puissance des riffs créés par le frontman. C’est Kham, également membre de Detoxed et anciennement de Suicide Circle avec Meyhna’ch, qui assure la partie de batterie depuis l’an dernier, posant ici les bases d’une solide structure rythmique en phase avec la lourdeur des séquences harmoniques, notamment sur les titres les plus marquants de l’album que sont “Fifty Winters” et le titre éponyme. A noter la voix de Meyhna’ch d’une profondeur vocale caverneuse, mise en avant par une production soignée et bien loin du son Lo-Fi des premiers albums. Certes il ne s’agit pas ici du meilleur cru de la formation occitane, mais il faut avouer que Pandemonium of Egregores fait le taff, et c’est là tout ce qui nous réjouit.
Fred VDP
THE LADYBOYS
LIVIN’ ON A DAYDREAM (EP)
Glam Rock / Hard Rock
Autoproduction
Livin’ on a Daydream est le premier EP du groupe The Ladyboys, des p’tits jeunes qui ont déjà une belle expérience de la scène et des enregistrements derrière eux. Le groupe est composé de Léonard (batteur chez Adam Bomb, ex-Sharx, ex-Cobra Spell) à la guitare et au chant, de Tommy et Alice (Vedette, ex-Krymson) à la basse et à la batterie et de Vic (ex-Sharx) à la guitare. Il y a un petit changement, il y a quelques mois, avec la venue de Sam, qui a pris le poste de bassiste en lieu et place de Tommy. Dès les premiers accords du titre « Livin’ on a Daydream », c’est un plongeon dans le Glam Rock des 70’s et Glam Metal des 80’s des plus jouissifs qui nous attend, un pur bonheur. Remember Hanoi Rocks, New York Dolls, Sweet, The Dictators, ou encore Poison et Adam Bomb. Même si l’EP nous renvoie un peu en arrière, The Ladyboys amène un petit vent de fraîcheur, d’insouciance. Une chose est sûre, les musiciens maîtrisent parfaitement leur sujet, on sent bien qu’ils ont le Rock’n’Roll dans les tripes, les riffs de « Livin’ on a Daydream », « Die Nasty », « Sam Evolution » sont là pour nous le prouver. La musique de The Ladyboys est joyeuse, entraînante, elle vous donne le sourire, vous fait taper du pied, vous conforte dans le fait que le Rock n’est pas mort ; elle est, comme dans les années 80, synonyme de fête. Alors attention, je vous vois venir avec vos : "Holà du Glam Rock ! Ses costumes flashy, ses brushings et sa musique mou du genou". Bon, déjà si vous pensez ça, c’est que, premièrement, vous n’avez jamais écouté All Those Wasted Years d’Hanoi Rocks, les Slade Alive Vol. 1 et 2 de Slade ou encore le Live at the Marquee de Sweet (par exemple, car il y en a beaucoup d’autres) ; deuxièmement, vous vous trompez totalement sur la marchandise, car ici ça déménage sévère, ça boost, c’est un bon gros coup de pied au cul. Cet EP, j'espère, en appellera d'autres, ainsi que des albums, car cet EP est une vraie réussite, un de mes coups de cœur 2025 sans aucun doute. Ces petits ont un sacré talent. Même la pochette est réussie et colle parfaitement avec leur musique.
Chris Kilmister
SAINTE OBYANA DU FROID
THE PUREST ENDING
Black Metal
Transcendance
Sainte Obyana Du Froid. Derrière cet étrange nom se cache un illustre acteur de la scène Black Metal : Hylgaryss, que l’on a pu entendre notamment dans Kristallnacht, Dark Sanctuary et plus récemment dans Le Prochain Hiver. The Purest Ending, premier album de cette nouvelle formation, plonge l’auditeur dans des atmosphères dérangeantes et glaciales, à travers trois titres composés comme de longues litanies alternant passages corrosifs et moments méditatifs. Les vocaux sont assurés par la mystérieuse Obyana, deuxième membre du groupe, qui interprète les textes comme si elle déclamait des prières à l’encontre d’une entité qui ne daigne jamais lui répondre. Les couleurs harmoniques qui se dégagent des morceaux ne sont pas sans rappeler d’autres formations hébergées par le label Transcendance, qui a cette incroyable talent d’extraire du tréfonds des enfers des groupes aux œuvres mélancoliques et féériques. L’auditeur aura la chance, en explorant les yeux fermés The Purest Ending, d’entendre des plages de Dungeon Synth, de rêver avec du chant grégorien, de vibrer face aux substitutions tritoniques orchestrées de main de maitre par Hylgaryss. Un album certes angoissant et malsain, mais avec une beauté dans l’élaboration de ses compositions qui en font une pièce majeure à posséder absolument en cette fin d’année.
Fred VDP
THIN VEIL
UNVEILED
Hard Rock
Autoproduction
Thin Veil, groupe nordiste de Hard Rock, vient de nous balancer, fin octobre, son 1er EP répondant au nom de Unveiled. Le groupe nous avait déjà proposé, il y a un an de cela, un live session de 5 titres intitulé Live from the Basement, histoire d’avoir une carte de visite. On retrouve d’ailleurs 3 de ces titres sur Unveiled. Les versions 2025 nous permettent de mieux les apprécier, d’abord parce que le son est bien meilleur, les morceaux sont parfaitement maîtrisés et le chanteur semble plus à l'aise. C’est « Drive to Survive » qui lance la machine, le ton est donné avec un Hard Rock épicé de Glam / Rock’n’Roll qui faisait les beaux jours de la fin des années 80. Premier constat, le son est plutôt pas mal pour du fait maison et le groupe semble bien s’éclater. « Leave Me Tonight », avec son côté Junkyard / Roxx Gang / Guns, ralentit un peu le tempo, mais n’en est pas moins excellent et efficace. Avec « Bad Karma », on redémarre pied au plancher, bottage de fesses garanti. « Welcome to the Machine » avec son intro à la basse, ce rythme sinueux, nonchalant, est parfait pour la bande son d’un numéro de pole dance. On finit en beauté avec « Under the Gun ». Pour ma part, le meilleur titre de cet EP, avec ses passages voix graves, me faisant un peu penser à Iggy Pop, et les chœurs scandant « Under the Gun » sur les refrains, nous donnant envie de crier à notre tour. À savoir que la version CD contiendra « Heart Healer », titre bonus, enregistré live lors du Carninfest et bien dans l’esprit des titres studio. Un premier EP réussi, qui plaira aux amoureux de Hard Rock / Glam Rock, sans temps faible et avec lequel on passe un très bon moment.
Chris
WINDSWEPT
THE DEVIL’S VERTEP
Black Metal
Season Of Mist
Si, pour vous, Drudkh est un poil trop atmosphérique et Hate Forest trop “raw”, Roman Sayenko, alias R, vous propose Windswept. En compagnie de ses deux comparses, T et V, il sort le troisième album du groupe, The Devil’s Vertep, “le sommet du Diable”. Celui-ci désignant la colline où était planté le château de Kremenets, à l’ouest de l’Ukraine, bâti au XIIIème siècle. Un registre du XVIIIème y a été retrouvé, dans lequel il est notifié les accusations sur des femmes liées à la sorcellerie, leurs interrogatoires et les sentences prononcées. Ainsi, le trio de Kharkiv nous délivre ici un album très documenté avec six titres en anglais retraçant cette chasse aux sorcières, commençant par un constat (“Infanticide”) aux “Verdicts” en passant par l’enquête (“Investigation”) et les séances de torture. Chaque morceau a une ambiance bien à lui, passant d’un rythme rapide à un mid-tempo, tout en faisant ressentir la barbarie, l’horreur et la souffrance. Le chant de Roman est, comme à son accoutumé, torturé et ses cordes graves. L’Ukraine est particulièrement mise en valeur avec cet artwork signé Maxim Obsidian Bane, spécialiste du dessin blasphématoire, militaire, morbide et médiéval. Le Black Metal de Windswept se veut glacial comme le vent de décembre, âpre comme l’odeur du sang caillé, et lourd comme le joug porté par ses femmes.The Devil’s Vertep est un excellent album qui fera fumer votre platine.
Flavien Minne



