GALIBOT
- Axl Meu
- 24 juin
- 7 min de lecture
Auteur d'un deuxième album, Catabase, paru chez Les Acteurs de l'Ombre Productions, Galibot devient l’un des fleurons de la scène Metal des Hauts-de-France et ne s’arrête plus. Entre stakhanovisme et taylorisme musicaux, ces gamins des fosses agitent continuellement leurs pics pour remplir leur berline de musique, d’expériences et de concerts. Diffamie a la langue bien pendue lorsqu’elle revient sur le parcours de Galibot, des galeries de l’underground à la remontée à la surface.
Propos recueillis par Flavien Minne
Depuis Wallers-Arenberg, il y a eu une très belle évolution… Pouvez-vous nous raconter cette aventure ?
C’est certain, depuis la sortie de notre démo en 2022, nous avons enregistré notre premier album, Euch’Mau Noir, et, à peine trois mois après sa sortie, nous sommes passés d’un line-up de trois personnes à cinq afin de débuter l’activité live. Depuis mars 2025, nous avons pu réaliser une bonne dizaine de concerts, deux tournées, une signature chez Les Acteurs de l’Ombre Productions, ainsi que la sortie d’Euch’Mau Noir bis (réédition du premier album) et de notre deuxième album, Catabase, en mai dernier.
Justement, votre nouvel album, Catabase, est sorti le 8 mai. Comment s’est déroulée sa création ? D’ailleurs, « catabase » est un terme issu de la mythologie désignant la descente aux Enfers des héros. Considérez-vous les mineurs de fond comme des figures héroïques modernes ?
Sa création a débuté il y a un peu plus d’un an, par la composition des guitares par Julian (Baquero – NDLR) et Thomas (Deffrasnes – NDLR). Que ce soit pour la composition, les pré-productions, l’écriture ou encore les enregistrements finaux, tout s’est déroulé aux Minotaure Studios. Thomas a écrit une grande partie des textes, accompagné par moi-même, textes que Julian et moi avons également remaniés et placés sur les morceaux. Enfin, Clément et Rob (Robin, l’ancien batteur, qui a dû laisser le groupe suite à un emploi du temps incompatible – NDLR) ont respectivement géré la basse et la batterie. Pour cet album, nous nous sommes beaucoup inspirés de la littérature et nous cherchions à apporter plus de variété musicale que sur nos sorties précédentes. Le tout a été mixé et masterisé chez Francis Caste, au Studio Sainte-Marthe.
On trouvait cela intéressant de faire ce parallèle entre le travail du mineur de fond et les récits mythologiques : effectivement, les Enfers ont toujours été représentés comme souterrains, sombres, chauds, étouffants et inquiétants. C’est tout ce que sont les galeries de l’exploitation minière. Le mineur peut être considéré comme un héros dans le sens où il s’enfonce dans la terre chaque jour au péril de sa vie, affrontant les monstres (allégoriques) de la mine.
Sur cet album, on remarque une évolution musicale, notamment avec l’apparition de parties en chant clair. Peut-on encore définir Galibot comme un groupe de 100 % Raw Black Metal ?
Hormis pour notre démo Wallers-Arenberg, très roots, je crois que Galibot n’a jamais vraiment été considéré comme un groupe de raw black. Nous sommes plutôt catégorisés comme un groupe de la troisième vague, ou encore de Black Metal mélodique. Il est très difficile de se coller une étiquette tant nos influences varient.
Julian Baquero (ex-Virgil), puis plus récemment Christopher Cansier, ont rejoint les rangs de Galibot. Comment ces rencontres se sont-elles faites ?
Début 2025, Julian et Rob ont rejoint Galibot pour monter le line-up live et mettre en place, en un temps record, notre prestation scénique. Julian est, depuis le début, l’ingénieur du son et même le producteur de Galibot, en plus d’être évidemment un ami. Ce dernier a contacté Rob, notre premier batteur, qui a assuré la première année de concerts ainsi que la batterie sur toutes nos sorties. Aujourd’hui, c’est bien Christopher qui est derrière les fûts.
En parlant de concerts, on a l’impression que la scène est le véritable charbon qui alimente votre chaudière. Quel est le rôle du « live » dans l’identité de Galibot ?
Le live est primordial pour Galibot. Nous avons la volonté de faire vivre nos morceaux, mais surtout de proposer une expérience complète aux spectateurs. Pour nous, il est primordial d’apporter une hargne et une énergie abrasives sur scène. Galibot, c’est du Black qui bouge, qui mêle ambiances cérémonielles et punk sur scène.
L’univers minier parle forcément beaucoup au public du Nord. Mais comment votre thématique est-elle accueillie dans les autres régions ? Faites-vous parfois face à certains clichés ?
Étonnamment, ça arrive très souvent de croiser des Nordistes « expatriés » ou encore des personnes très touchées par l’histoire minière, que ce soit celle du Nord ou même d’autres régions. À côté de ça, la thématique attise la curiosité de pas mal de personnes qui découvrent le sujet, et c’est toujours un plaisir pour nous d’échanger au merchandising.
Nous ne sommes pas tellement victimes de clichés, en dehors de quelques blagues bienveillantes habituelles !
Des clips ont été réalisés pour "Pénitent" et "Bleu, Noir, Rouge". Comment est née l’envie de mettre vos morceaux en images ? Et surtout, racontez-nous les tournages : on veut tout savoir !
Pour nous, ces morceaux ont une narration et un message importants ; il nous était cher de les mettre en images. Nous avons eu la chance de tourner ces deux clips en une journée, en grande partie sur le site minier de Wallers-Arenberg, finalement l’une des racines de Galibot. Nous avons tourné avec David Stan, qui s’occupe du scénario, du cadrage et du montage de presque tous nos clips à ce jour et qui fait un travail absolument exceptionnel.
Pour "Bleu, Noir, Rouge", qui évoque le poids de l’industrie minière sur notre région, nous avons tourné sous un des chevalements du site, notamment sur des rails qui permettaient le tri des berlines. Certains l’auront reconnu : c’est la pochette de Catabase. Le plan final nous illustre en haut du chevalement que l’on retrouve sur nos pochettes précédentes.
Quant au clip de Pénitent, il a été tourné dans une reconstitution de galerie utilisée pour le cinéma ainsi que sur un terril d’Hénin-Beaumont, sur lequel l’acheminement du matériel a été sportif ! En somme, une journée éprouvante, mais nous sommes plus que fiers du résultat. C’était un honneur et un plaisir pour nous de tourner sur ce site.

De notre côté, nous n’avons pas choisi ce sujet en nous disant : « Faisons un groupe à thème, qu’allons-nous choisir ? ». Au contraire, c’est une thématique qui s’est imposée à nous, qui est apparue comme une évidence. L’histoire minière du Nord nous intéresse, elle fait partie de notre identité et est sublimée par le genre musical qu’est le black metal.
Question un peu délicate : dans le Black et le Post-Black Metal, certains groupes comme Skaphos, Houle ou Antrisch explorent des thématiques très vastes. À l’inverse, l’exploitation minière semble être une niche plus spécifique. Une fois « la dernière gaillette extraite », ne craignez-vous pas un jour un manque d’inspiration ?
Effectivement, on retrouve quelques groupes à thème ces dernières années. De notre côté, nous n’avons pas choisi ce sujet en nous disant : « Faisons un groupe à thème, qu’allons-nous choisir ? ». Au contraire, c’est une thématique qui s’est imposée à nous, qui est apparue comme une évidence. L’histoire minière du Nord nous intéresse, elle fait partie de notre identité et est sublimée par le genre musical qu’est le black metal. Galibot évoluera en conservant ses racines, nous n’avons aucun doute à ce sujet. Si vous vous penchez sur les textes de Catabase, vous remarquerez l’importance que prennent la littérature et la mythologie en comparaison des sorties précédentes.
Dans vos textes, vous évoquez également le Tour du Saint-Cordon, procession religieuse liée à l’histoire de Valenciennes. Ce n’est pas forcément l’imaginaire le plus associé au Black Metal… Pourquoi avoir choisi cette référence historique ? Et pourquoi ne pas aborder davantage le communisme ou le syndicalisme révolutionnaire, très présents dans l’histoire des corons ?
Galibot évoque l’histoire minière, la condition ouvrière, mais aussi la culture régionale plus généralement. Je trouve justement que cette légende est plutôt « black metal » ! En 1008, la peste ravage le Valenciennois et les habitants prient la Sainte Vierge pour qu’elle les sauve. On dit que celle-ci aurait entouré Valenciennes de son Saint-Cordon, qui aurait épargné les Valenciennois de l’épidémie. Dans notre morceau, on parle de la peur qu’une malédiction s’abatte et du désespoir qu’il existe un Dieu pour craindre de telles catastrophes. Ces thématiques de condition ouvrière et de syndicalisme ont été beaucoup abordées dans Euch’Mau Noir et Euch’Mau Noir bis (notamment avec le titre "Courrières", par exemple). Dans Catabase, on retrouve encore cette dynamique de révolte ouvrière et de contestation dans le titre Estaminet Pt. 1, qui narre la colère des galibots contre leurs supérieurs, les porions et les grands patrons qui se gavent sur le dos de leur travail.
Vous revenez d’une série de concerts en compagnie de Mephorash. Quels furent les moments forts de cette mini-tournée ?
Tout à fait ! Beaucoup de moments nous ont marqués, mais je pense que nous serions tous d’accord pour citer le concert à Paris, au Backstage by the Mill. La salle était géniale, le public nombreux et a apporté une énergie sans précédent. Nous avons également échangé avec beaucoup de monde ce soir-là ; c’était un réel plaisir. De plus, Chris s’étant cassé le bras six jours avant le premier concert de la tournée, Stéphane l’a remplacé au pied levé. Il a appris le set en quelques jours seulement et a sauvé la tournée ! Enfin, c’était un plaisir et une fierté de rencontrer Mephorash et de les accompagner sur ces dates. C’est un groupe que nous écoutons depuis plusieurs années et que nous apprécions beaucoup.
Quels sont vos projets pour la suite ?
Nous jouerons deux concerts au début de l’été : le 28 juin au MCP Apache en compagnie de nos amis Les Bâtards du Roi, puis le 4 juillet à Arras. Ensuite, nous enchaînerons les festivals dès l’automne (Muscadeath, Tyrant Fest, Night Fest…), et d’autres dates sont encore à venir. En résumé, nous allons beaucoup nous concentrer sur la promotion de Catabase en live jusqu’en 2027. D’autres clips sortiront encore, et le travail de composition reprend tout doucement… Je n’en dis pas plus !
GALIBOT
ORIGINE : Valenciennes (59)
LINE-UP : Diffamie (chant), Thomas Deffrasnes (guitare), Julian Baquero (guitare), Clément Joly (basse), Chris (batterie)
FACEBOOK : GalibotBand



