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ITW - Exodus

Peut-on parler de Thrash Metal sans évoquer Exodus ? Difficilement. Entre une actualité marquée par le retour de Rob Dukes, la sortie d’un nouvel album et une tournée d’envergure, le groupe américain continue d’écrire son histoire. Pour beaucoup, Exodus reste aussi celui qui a livré en 1985 l’un des albums les plus violents du genre avec Bonded By Blood, véritable pierre angulaire du Thrash. Entre histoire de famille, fidélité sans faille et énergie brute, le groupe n’a jamais cessé d’avancer. À l’occasion de la sortie de Goliath chez Napalm Records, nous avons rencontré Gary Holt pour revenir sur cette nouvelle étape.

Propos de Gary Holt recueillis par Axl Meu

Le départ de Steve « Zetro » Souza et le retour de Rob Dukes ont surpris pas mal de monde. Que s’est-il passé exactement ?

C’est toujours délicat d’expliquer ce genre de situation, mais au fond, c’est assez simple. Être dans un groupe, c’est comme être dans une relation à plusieurs. Parfois, ça ne fonctionne plus, sans qu’il y ait de conflit ou de haine. Il faut juste que chacun trouve sa place pour être heureux. Dans notre cas, on ne voulait absolument pas intégrer un inconnu. On ne voulait pas d’un “nouveau gars” sorti de nulle part. On voulait quelqu’un qu’on connaît, quelqu’un qui fait partie de notre histoire. Rob est un ami proche, quelqu’un avec qui on a déjà vécu énormément de choses. Son retour s’est fait très naturellement, et en studio, il a été incroyable. Honnêtement, je pense qu’il n’a jamais chanté aussi bien. Aujourd’hui, il y a une vraie harmonie dans le groupe, et ça se ressent dans la musique.


Ensemble, vous vous êtes directement mis à travailler sur Goliath

Ça a été une expérience vraiment intense et très positive. On a enregistré beaucoup de matériel, environ 18 morceaux, ce qui est énorme. Et ce qui est encore plus intéressant, c’est qu’on a déjà une bonne partie du prochain album en préparation. Notre façon de travailler est assez particulière : on vit ensemble pendant l’enregistrement. On ne se contente pas d’arriver en studio avec des morceaux finis. On compose en permanence. C’est un processus très organique. On passe nos journées à enregistrer, puis on mange ensemble, on discute, et souvent, de nouvelles idées arrivent. Le lendemain, on les teste. C’est un peu comme une colonie de vacances, mais avec des amplis et des guitares. Cette immersion totale renforce énormément la créativité.


Y avait-il une direction artistique précise pour cet album ?

Pas du tout, et c’est justement ça qui fait notre identité. On ne suit jamais de formule. On ne se dit pas : “Il nous faut un morceau rapide, un morceau mid-tempo, un morceau sombre.” On ne réfléchit pas comme ça. On part d’un riff, d’une idée, et on la suit. La musique nous guide. Si un morceau doit être lent, il sera lent. S’il doit être brutal, il le sera. C’est totalement instinctif. C’est comme ça qu’on reste authentiques, même après autant d’années.


Pourquoi avez-vous décidé d’appeler cet album Goliath ?

Parce que ça s’est imposé comme une évidence. L’album est massif, puissant, presque écrasant. Le mot “Goliath” reflète parfaitement ça. Et puis, c’est aussi la première fois qu’on choisit un titre en un seul mot, ce qui change un peu pour nous. Parfois, il ne faut pas trop intellectualiser les choses : ça sonne bien, ça représente l’album, donc c’était le bon choix.



"Paul était un personnage unique. Pour moi, c’était le meilleur frontman de Thrash Metal. Je pense à lui très souvent. D’une certaine manière, il fait toujours partie du groupe… Chaque morceau qu’on écrit doit passer le “test Baloff” : « Est-ce qu’il aurait aimé ? ». C’est important pour moi"


Peux-tu nous parler du son de l’album ?

On voulait quelque chose de plus organique, de plus vivant. Aujourd’hui, beaucoup d’albums de Metal ont un son très “propre”, très traité, avec des batteries souvent samplées. Nous, on voulait retrouver une sensation plus réelle, plus brute. On a travaillé sur un son plus lourd, avec plus de basse, des grosses caisses, quelque chose qui respire. L’idée, c’était que l’album sonne comme un groupe qui joue vraiment, pas comme une machine.


Peter Tägtgren (Hypocrisy, Pain) intervient sur le morceau « The Changing Me ». Parle-nous de cette collaboration !

Peter est un ami de longue date. On a déjà travaillé ensemble, et il fait un travail incroyable avec ses groupes. Sur ce morceau, c’était vraiment la vision de Lee Altus (guitares). Il savait exactement ce qu’il voulait, et Peter a compris immédiatement. Il a été ultra efficace, très professionnel, et le résultat est parfait. C’est le genre de collaboration naturelle, sans effort.


Les paroles de l’album sont assez sombres et violentes…

Le monde dans lequel on vit l’est aussi. On ne fait que refléter la réalité. Ce qui est frappant aujourd’hui, c’est que la violence est devenue une réponse immédiate. Avant, c’était censé être le dernier recours, après le dialogue. Maintenant, les gens commencent directement par ça. On vit dans une époque où la communication est cassée. Nos textes parlent de ça, mais parfois avec une touche d’ironie ou de second degré.


Que penses-tu de la nouvelle génération de groupes Thrash, elle qui a énormément été influencée par Paul Baloff, chanteur emblématique du groupe.

Il y a vraiment des groupes impressionnants. J’ai récemment produit un jeune groupe, et j’ai été bluffé par son niveau. Ils ont une énergie et une technique incroyables. La scène est loin d’être morte, au contraire. Elle continue d’évoluer. Quant à Paul, c’était un personnage unique. Pour moi, c’était le meilleur frontman de Thrash Metal. Je pense à lui très souvent. D’une certaine manière, il fait toujours partie du groupe… Chaque morceau qu’on écrit doit passer le “test Baloff” : « Est-ce qu’il aurait aimé ? ». C’est important pour moi.


À 61 ans, comment vis-tu physiquement les tournées aujourd’hui ?

C’est clairement plus difficile qu’avant. Le corps encaisse moins bien. J’ai eu des injections dans les épaules récemment, par exemple. Et paradoxalement, les nouveaux morceaux sont plus exigeants techniquement que les anciens… Donc ça demande encore plus d’efforts. Mais tant que la passion est là, tu continues. Tu sais que ça ne durera pas éternellement, donc tu profites à fond.

EXODUS

ORIGINE : San Francisco Bay Area (US)

LINE-UP : Gary Holt (guitare), Tom Hunting (batterie), Rob Dukes (chant), Lee Altus (guitare), Jack Gibson (basse)

FACEBOOK : exodusattack



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