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ITW - Nature Morte

Depuis plus de dix ans, le trio francilien Nature Morte transcende par une musique d’une douce violence. Le 3 avril dernier, le groupe a sorti son quatrième album — eh oui, déjà ! — chez Frozen Records, label nantais qui compte notamment dans ses rangs Black Bile, Aetheria Conscientia ou encore Gravekvlt dans ses rangs. Still Life (traduction de “nature morte”, ça ne s’invente pas) dévoile un visage plus brut et direct que son prédécesseur. Heretik Magazine s’est entretenu avec Chris Richard (chant, basse) et Stevan Vasiljevic (guitare).

Par Flavien Minne

Vous venez de sortir Still Life. Comment a évolué Nature Morte depuis Oddity jusqu’à aujourd’hui ?

Stevan : Je pense — ou plutôt, j’espère — que nous avons progressé, autant techniquement qu’artistiquement. On a beaucoup travaillé sur ce disque. On espère qu’il plaira.


On a le sentiment d’une transformation constante d’un album à l’autre. Cette évolution est-elle consciente ou instinctive ?

Stevan : Un peu des deux, je dirais. On voulait revenir à quelque chose de plus direct, moins contemplatif que sur Oddity, tout en gardant l’ADN de Nature Morte dans l’écriture et les sonorités.


Comment définiriez-vous votre musique aujourd’hui ? Les étiquettes comme post-black, blackgaze ou indie rock vous parlent-elles ?

Stevan : On a besoin de ce genre d’appellations pour situer un groupe. Le problème, c’est l’enfermement. Par exemple, j’adore Full of Hell : je n’écoute pas forcément de grind, mais leur singularité me touche énormément. J’aimerais qu’on puisse définir Nature Morte de la même manière.


Comment s’est déroulé le processus de création de Still Life, de l’écriture jusqu’au mastering ?

Stevan : Il s’est passé moins d’un an entre le moment où l’on a décidé, avec le label, de faire Still Life et sa sortie. C’est assez court pour nous. On avait déjà quelques morceaux en chantier, mais rien de concret. Il y a eu une forme d’urgence, ce qui explique sans doute le côté plus brut de l’album.


Oddity explorait la complexité de l’âme. Quels thèmes traversent ce nouvel album ?

Chris : Les thèmes sont malheureusement beaucoup plus sombres. Je n’ai jamais écrit quelque chose d’aussi noir, défaitiste, triste et personnel.


Certains titres intriguent particulièrement : que signifient “66F” et le T.G.I.F. de “Liberty” ?

Chris : C’est amusant, car je trouve que ce sont les titres les moins intrigants. Les titres simples le sont souvent plus, parce qu’ils sont tellement généralistes qu’on se demande ce qu’ils abordent.

“66F”, c’est un peu mon numéro de chambre d’hôtel actuel, avec l’ouverture de ma “boîte de Pandore” et ce que cela engendre, ainsi que la rencontre avec “le grand monsieur”.

Quant à “Liberty (T.G.I.F.)”, c’est un clin d’œil à des artistes que j’aime, comme j’en glisse souvent dans mes textes. J’aime semer des easter eggs. Malheureusement, c’est l’un des morceaux les plus difficiles à aborder aujourd’hui — et pas évident à jouer suite à un événement récent. Ici, cela signifie : “Thank God It’s Finished, Thank God I’m Free”.



"Les thèmes sont malheureusement beaucoup plus sombres. Je n’ai jamais écrit quelque chose d’aussi noir, défaitiste, triste et personnel"


Entre la douceur presque charnelle des compositions et la violence du chant, cette dualité semble centrale dans votre musique…

Stevan : Oui, mais ce n’est finalement qu’un aspect visible. C’est le point d’entrée le plus évident, mais on essaie d’intégrer beaucoup plus d’influences autour de ça.


Une nouvelle nuance apparaît avec la voix d’Amaya Lopez-Carromero. Comment est née cette collaboration ?

Stevan : Nous partageons le même ingénieur du son live. C’est lui qui nous a mis en relation. On est très heureux d’avoir travaillé avec elle, c’est une grande artiste.


Vous avez également travaillé avec le studio Førtifem pour l’artwork. Comment cela s’est-il fait ?

Chris : On suivait leur travail depuis longtemps. Travailler avec eux était important pour nous. Quand l’opportunité d’une édition limitée s’est présentée, on a foncé. On se croisait déjà, il fallait juste oser franchir le pas. Et sans entrer dans les détails, ils ont même contribué au-delà de l’aspect graphique pour faire avancer l’album.


La photographie semble prolonger cette tension entre douceur et trouble. Est-ce une démarche réfléchie ?

Chris : Habituellement, je m’occupe beaucoup de l’identité visuelle, et j’ai du mal à lâcher tant que je n’ai pas une idée précise. Mais cette fois, je manquais de temps.

L’idée d’une “nature morte” était évidente, mais nous étions tous tombés amoureux d’un portrait réalisé par Alex Le Mouroux, avec qui nous avions déjà travaillé. Cette image résumait parfaitement l’atmosphère que nous voulions pour Still Life.


Quelles sont vos principales influences musicales ou artistiques ?

Stevan : Il y a du bon dans tous les courants artistiques. J’essaie de m’inspirer de ce que je considère comme le meilleur.

Chris : Je reste très influencé par le cinéma, même si la littérature a pris plus de place ces dernières années. Mais pour cet album, c’est surtout la vie qui a influencé mon écriture.


À quoi ressembleront les prochaines semaines pour Nature Morte ?

Stevan : Une tournée française avec Aetheria Conscientia du 23 au 30 avril, puis quelques dates supplémentaires en mai, et une release party à Le Petit Bain le 29 mai avec Deliverance et Aetheria Conscientia.

Chris : En attendant la fin du monde…

NATURE MORTE

Origine : Île-de-France

Line-up : Chris Richard (chant, basse), Stevan Vasiljević (guitare) ,Vincent Bemer (batterie) 

FB : ntrmrt



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