TAGADA JONES
Tagada Jones a-t-il encore besoin d'une présentation ? Porte-parole de la scène Punk / Hardcore alternative depuis plus de trente ans, la formation a dernièrement sorti un nouvel album, A Fleur de Peau (A(h)ome), album qu'il défendra demain à l'Olympia de Paris. En amont, nous avons rencontré son leader, Niko Jones.
Par Axl Meu
Six ans se sont écoulés depuis À feu et à sang. C’est une période assez longue pour un groupe comme Tagada Jones, qui nous a habitués de sortir un album tous les deux ans...
La particularité, c’est que nous avons sorti À feu et à sang en plein second confinement. Nous ne pouvions pas jouer, ce qui a entraîné un décalage d’un an, voire un an et demi, dans la vie de cet album. Au moment où nous aurions normalement dû en enregistrer un nouveau, nous préparions notre tournée anniversaire des trente ans. Nous avions déjà composé beaucoup de morceaux et nous avons longuement hésité entre sortir un nouvel album ou revisiter notre répertoire. Finalement, nous avons choisi de réenregistrer, réinterpréter et revisiter nos titres les plus emblématiques. Cela nous semblait plus pertinent pour célébrer l’anniversaire du groupe. Le nouvel album arrive donc environ deux ans après ce projet. Au fond, nous avons conservé notre rythme habituel, si l’on met de côté les conséquences du Covid...
Vous aviez également composé deux morceaux inédits à l’époque à l’occasion de la sortie de votre best-of, TRNT. Est-ce que ces titres ont influencé la direction artistique d’À fleur de peau ?
Nous avions même composé un peu plus de morceaux. Nous avons enregistré deux titres inédits, mais un seul a finalement été publié sur le best-of. D’autres existaient déjà sous forme de maquettes, et une partie d’entre eux a nourri À fleur de peau. Cela fait longtemps que nous le disons : « nous n’avons pas envie de refaire le même album ! ». Certains groupes sortent dix disques plus ou moins identiques, mais ce n’est pas notre volonté. Nous voulons continuer à changer, à innover et à essayer de nouvelles choses.
On a employé le terme « moderne » pour qualifier notre approche, et cela nous fait plaisir. Nous n’avons pas envie de passer pour un vieux groupe ! Le jour où nous serons trop vieux pour monter sur scène, nous arrêterons. Tant que nous aurons la même énergie qu’au premier jour, nous continuerons à jouer et à explorer de nouvelles pistes. Nous avons aujourd’hui environ 130 morceaux dans notre discographie. Nous n’avons pas envie d’en ajouter un 131e ou un 132e qui ressemble aux précédents. Pour cet album, nous avons composé une petite vingtaine de titres, mais nous n’avons évidemment pas tout gardé. Nous avons sélectionné ceux qui nous semblaient les plus réussis, ceux qui nous touchaient le plus. Peu importait leur couleur musicale : si un morceau nous plaisait vraiment, nous le conservions. Nous n’avons pas cherché à tout uniformiser pour obtenir un album parfaitement homogène. Nous avons privilégié les titres qui nous marquaient le plus.
La pochette illustre bien cette volonté de changement. Elle est très colorée et semble faire référence à plusieurs morceaux, notamment « Wake Up » ou « Les Flammes de la Fêtes ». Votre logo a également fait peau neuve. Pourquoi avoir décidé de faire évoluer votre identité visuelle ?
C’est une période importante dans la carrière du groupe, et nous avons voulu faire évoluer notre logo. C’est assez courant dans la vie d’un groupe de changer d’identité visuelle au bout d’une dizaine d’années. Nous avons estimé que, si nous voulions faire bouger les lignes musicalement, nous devions aussi amorcer ce changement sur le plan visuel. Nous souhaitions créer un véritable logo, quelque chose que nous n’avions jamais vraiment fait auparavant. Notre graphiste nous a proposé de nombreuses pistes et nous avons finalement retenu celle-ci. Nous avons envie de la décliner sur scène, sur les pochettes et sur différents supports, afin de donner davantage de place au logo du groupe. Là encore, il s’agit de ne pas repartir sur des chemins déjà explorés.
Musicalement, cette évolution se traduit notamment par l’utilisation de claviers et de sonorités électroniques. Certains passages évoquent une approche plus moderne, parfois proche de groupes comme Sidilarsen. Comment avez-vous travaillé ces nouvelles textures ?
En composant, nous avons commencé à créer nous-mêmes des lignes de claviers. C’est surtout Waner et moi qui nous en sommes occupés, chacun de notre côté. Nous avons exploré différentes possibilités. Certaines idées n’ont finalement pas été conservées parce qu’elles ne nous semblaient pas utiles. D’autres, au contraire, apportaient vraiment quelque chose au morceau : elles pouvaient le faire décoller ou même en devenir la ligne directrice.
Il y a toujours eu une part d’électronique chez Tagada Jones, même si elle a été plus ou moins présente selon les périodes. Cette fois, nous avions envie d’expérimenter davantage, tout simplement parce que cela nous plaisait. Nous n’en avons pas mis partout, mais les claviers sont présents sur presque la moitié de l’album, parfois de manière assez importante dans les arrangements. Ils participent pleinement à cette nouvelle direction.

"Cela fait longtemps que nous le disons : « nous n’avons pas envie de refaire le même album ! ». Certains groupes sortent dix disques plus ou moins identiques, mais ce n’est pas notre volonté. Nous voulons continuer à changer, à innover et à essayer de nouvelles choses."
Parlons maintenant des textes. « La Marionnette » m’a particulièrement interpellé à la première écoute. Le morceau aborde la manipulation et les abus. Quelle histoire t’a inspiré ces paroles ?
« La Marionnette » m’a été inspirée par l’affaire de Gisèle Pelicot. C’est une histoire complètement folle, abracadabrante, qui m’a donné envie d’écrire sur ce sujet.
Quand tu écris des textes depuis trente ans, tu n’as pas envie de répéter sans cesse les mêmes choses. C’est la même démarche que musicalement : je veux renouveler mon écriture.
Certains sujets peuvent revenir, comme l’écologie, mais on peut toujours les aborder sous un angle différent. Ici, il s’agissait d’une histoire particulière, sordide et révoltante.
Il m’arrive d’écrire les paroles avant la musique, mais ce n’était pas le cas cette fois. La musique existait déjà et je la trouvais assez lourde, assez glauque. J’avais donc envie d’aborder un sujet à la hauteur de cette atmosphère. C’est ce qui m’a conduit vers cette thématique.
Le champ lexical du feu semble traverser tout l’album. Vous commencez avec les flammes et vous terminez également sur cette image. Au milieu, « Wake Up » aborde notamment les incendies de forêt et l’écologie. Peux-tu nous parler de ce morceau ?
C’est bien que tu l’aies remarqué ! Lorsque nous avons établi l’ordre des morceaux, nous avons justement trouvé intéressant de commencer et de terminer sur cette image des flammes. Au milieu, il y a « Wake Up », qui parle d’écologie et de forêts qui brûlent. C’est malheureusement un sujet en lien direct avec l’actualité. Nous avons prévu de réaliser un clip pour ce titre. Comme pour d’autres morceaux de l’album, nous avons exploré une piste qui peut sembler assez éloignée de l’univers traditionnel de Tagada Jones. Pourtant, c’est un morceau que nous aimons beaucoup. Lorsque nous avons fait écouter l’album à notre entourage, il figurait régulièrement dans le top cinq des titres préférés.
Musicalement, il est assez éloigné de ce que nous faisons habituellement, mais le thème aurait pu être traité de manière plus classique. Nous avons voulu trouver une autre approche, aussi bien dans les paroles que dans la musique, pour éviter de retomber dans les mêmes schémas. L’idée était de parler d’un sujet grave, l’écologie, sans pour autant plomber l’ambiance. Nous voulions utiliser quelque chose de positif pour aborder cette question, entraîner les gens avec nous et essayer de faire évoluer les choses dans le bon sens.
Tagada Jones a désormais plus de trente ans de carrière. Le public des festivals semble vieillir, et certains professionnels évoquent une hausse de l’âge médian des festivaliers. De votre côté, constatez-vous une évolution de votre public ?
C’est justement l’une de nos chances : nous avons beaucoup de jeunes à nos concerts. Je pense même que, parmi les groupes de notre génération, nous sommes de ceux qui en attirent le plus. Notre public est multigénérationnel. Certaines personnes nous suivent depuis le début et continuent de venir nous voir. Une partie d’entre elles est désormais accompagnée de ses enfants. Mais il y a également beaucoup de jeunes qui nous découvrent aujourd’hui et se reconnaissent dans notre musique et dans les valeurs que nous défendons depuis toutes ces années.
Nous n’avons jamais changé notre fusil d’épaule. Ces valeurs trouvent peut-être aujourd’hui un écho particulier auprès de la jeunesse. Il y a aussi des morceaux qui constituent de véritables portes d’entrée dans notre univers. Je pense notamment à « Mort aux cons », qui est devenu un véritable tube pour nous. Il cumule des dizaines de millions de vues et affiche des statistiques comparables à celles de certains groupes de variété. Ce titre permet encore à des jeunes de découvrir Tagada Jones en 2026. Il est en train de devenir intemporel et continue d'attirer de nouveaux auditeurs. Nous sommes évidemment très heureux que les gens qui nous suivent depuis le début continuent de venir à nos concerts. Mais nous sommes encore plus fiers de voir de nouvelles générations rejoindre l’aventure.
Vous vous produirez prochainement à l’Olympia, le 20 octobre prochain. Est-ce que vous envisagez d’en profiter pour enregistrer un album live ?
Pour l’instant, ce n’est pas au programme. Ce serait peut-être un peu tôt, puisque nous jouerons à l’Olympia seulement un mois et demi après la sortie de l’album. Cela dit, aujourd’hui, beaucoup de concerts sont enregistrés. Comme de nombreux groupes, nous nous déplaçons avec nos propres consoles, qui permettent d’enregistrer les prestations en multipiste. Nous pourrions donc potentiellement sortir un album live à partir de nombreux concerts, si nous le décidions un jour. Pour l’instant, nous avons plutôt envie d’insister sur l’aspect spectaculaire de nos prestations. Cet été, par exemple, nous avons joué avec des performeurs sur scène. Auparavant, nous utilisions des machines pour lancer des flammes, mais c’est quand même beaucoup plus sympa d’avoir des personnes qui participent au spectacle avec nous. Nous allons essayer de construire quelque chose d’unique pour l’Olympia. C’est une date exceptionnelle, donc nous aimerions proposer un concert qui le soit également, avec des éléments supplémentaires et quelques exclusivités. Le show restera néanmoins très axé sur le nouvel album. Nous serons dans la période de sa sortie, donc nous jouerons beaucoup de nouveaux morceaux.
TAGADA JONES
ORIGINE : Rennes, Bretagne (France)
LINE-UP : Niko (chant, guitare), Stef (guitare), Waner (basse), Job (batterie)
MERCH : https://www.tagadajones.com/
FACEBOOK : https://www.facebook.com/tagadajonesofficiel



